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Entretien avec Jean Luc Blondel |
Jean Luc Blondel est responsable d’un atelier vidéo dans hôpital psychatrique où il fait participer ses patients à la réalisation.
Lionel Allorge : Peux-tu te présenter ?
Jean Luc Blondel : En 1972 je passe un CAP de Photographe, puis (1978) un diplôme
d’infirmier de secteur en psychiatrie. A ce jour (depuis 1999) je suis responsable d’un
atelier thérapeutique dans un hôpital public du Loir et Cher, où je fais pratiquer la
vidéo aux patients.
L A : Pourquoi la vidéo ?
JL B :En 1980, en même temps que mon cousin qui est aussi un collègue de travail,
nous achetons, pour notre usage personnel, une caméra vidéo chacun, matériel tout
nouveau sur le marché et nous commençons également à filmer, avec l’autorisation de
nos supérieurs, dans nos services respectifs à l’hôpital, en secteur psychiatrique, qui
est, bien sûr un lieu de soin mais aussi à cette époque un lieu de vie pour les
patients. Notre démarche, à cette époque, est de filmer la vie courante des patients,
les fêtes organisées ou les rencontres sportives pour faire des souvenirs, pour garder
une trace, comme on le faisait chez nous, en famille. Les films ne sont pas montés et
reste la propriété de l’établissement. Ils ne sont diffusés qu’aux patients et ensuite
archivés.
Les patients ont un rôle passif, ils se laissent filmer (avec leurs autorisations) et ne
se servent pas du matériel.
Après quelques années de ce fonctionnement mon collègue (et cousin) a eu la
possibilité de développer un atelier vidéo dans le service de sociothérapie de
l’hôpital, toujours sur la même méthode mais essayant d’impliquer plus les patients
dans le choix des sujets à filmer. C’est toujours le personnel encadrant qui filme.
Parallèlement, dans mon service j’arrive à créer et à développer un atelier vidéo
d’un autre genre :
je fais participer activement les patients aussi bien techniquement, qu’à la réalisation
et à et la créativité. C’est en 1994 que la première fiction écrite, jouée et
réalisée par les patients a vu le jour.
Cela me permet d’avoir une prise en charge différente, je trouve quelque chose de nouveau
car je n’ai plus la même relation avec le patient. Nous créons ensemble et je leur
apporte des connaissances techniques qui leur semblaient inabordables dans un premier
temps, et visiblement cela leur plaît bien . Je me dis alors qu’il faut aller plus loin
dans cette démarche, Je demande donc à faire des stages pour me former et me
spécialiser aussi bien à la technique vidéo et surtout à la pratique de la vidéo en
psychiatrie.
Parallèlement à cette démarche je suis un des responsables d’une cellule d’information
sur le SIDA au centre hospitalier et lors d’une réunion avec les patients où la question
était « comment informer au mieux les patients hospitalisés en milieu protégé ? »
les patients proposent de tourner un film. Décision est prise : cela sera une fiction.
Le projet est lancé, déposé à la DASS du Loir et Cher, accepté, nous obtenons des
subventions qui nous permettent d’acheter deux caméras Digital 8 et une table de montage
« Casablanca ».
Le scénario est écrit, filmé, joué et réalisé à 80 pour cent par les patients
eux-mêmes.
Le projet a duré 18 mois. Le film s’appelle "Se protéger en milieu protégé".
Il a été présenté au festival international Ciné-vidéo-psy de Lorquin, au festival
international du film de santé d’Aurillac et aux rencontres nationales de vidéo en
santé mentale de Paris.
Le film a eu un petit succès et on a distribué gratuitement des cassettes aux
établissements demandeurs leur permettant d’avoir ce support d’aide à l’information sur
la protection du sida.
En psychiatrie, deux facettes se dégagent de la pratique de la vidéo, celle que je
pratique qui consiste à faire participer le patient à un projet créatif et ludique,
tout en conservant son aspect thérapeutique en respectant bien sûr l’image de la
personne.
L’autre facette étant de filmer les patients pour permettre au psychologue ou au
psychiatre de travailler sur ces images avec lui. Pratique non employée dans
l’établissement ou je travaille.
L A : Pourquoi avoir fait venir des patients sur le tournage de notre film Terminal
Damage ?
JL B :Participant personnellement à ce projet, c’était une opportunité pour moi
de proposer aux patients qui font de la vidéo d’aller voir un tournage ailleurs que dans
le milieu hospitalier où nous évoluons, la façon dont cela se passe. Le but étant de
faire voir que notre méthode est la même que pour des projets se réalisant hors
hôpital.
L A : Est-ce que cela les intéresserait de venir voir ?
JL B :Evidement, cela les intéressait, mais il a fallu une préparation, des
explications pour que le groupe reste discret et ne perturbe pas le tournage.
Les patients ont un souvenir formidable de ce moment et reste la référence lors de leurs
propres tournages.
C’était très intéressant et revalorisant pour eux. Cela leur a fait voir qu’ils peuvent
faire la même chose qu’à l’extérieur.
L A : Et actuellement, que faites-vous à l’atelier ?
JL B :On essaye de faire un peu de tout, des pubs, des petites fictions, des
animations,...
Tous les ans, l’hôpital organise une randonnée en Sologne sur une semaine, y participent
des hôpitaux de la France entière. Ainsi, l’année dernière, il y a eu participation de
20 hôpitaux.
Le challenge que l’on s’était fixé avec les patients, c’était de faire un film de cette
randonnée, du mardi au vendredi, et de projeter le film monté le vendredi soir.
Depuis 2 ans, lors de ces journées de rando, des patients partent donc chacun avec une
caméra et ramènent des images que je monte le soir même avec leurs aides.
Le challenge a été gagné et le film a beaucoup de succès à chaque fois.
L A : Peux-tu présenter l’association Making Of 41 ?
JL B :C’est par une petite annonce dans un journal local que j’ai fait la
connaissance de Florent qui cherchait à constituer une équipe technique pour tourner un
court-métrage.
Grâce à mon expérience et mes quelques connaissances dans le domaine de la
réalisation, j’ai pu aider Florent à mener jusqu’au bout son « projet jeune » : la
réalisation de « Dernière balle »
Ayant sympathisé avec Florent, il a pu à son tour m’aider dans la réalisation de mon
court-métrage « la scène ACTE II ».
C’est au court de ce projet, et vu la difficulté de réunir une équipe, que nous avons
pensé à créer une association qui aurait pour but de venir en aide aux réalisateurs à
trouver une équipe grâce à un carnet d’adresses de personnes motivées pour participer
bénévolement à des réalisations de films en vidéo.
L’association Making Of 41 est donc née en
novembre 2000.
Notre premier gros projet fut de participer au tournage du long métrage « Terminal
Damage ». Cela représente ce que nous voulions faire grâce à l’association, trouver et
mettre à disposition du réalisateur les personnes et les lieux dont il a besoin. En
l’occurrence pour ce projet nous avons pu mobiliser une quarantaine de personnes et des
lieux aussi différents qu’ une usine désaffectée et un village entier pour une
journée.
Deux courts métrage viennent d’être tournés et nous préparons l’organisation du 1er
festival de Making of de film qui aura lieu le 20 septembre 2003.
L A : Merci et bonne continuation.
Site Web : Lune Rouge : http://www.lunerouge.org/
Membre fondateur de l’association Lune Rouge, président et webmestre du site. Auteur du livre Vidéo numérique - Trucs de pro. J’ai écris quelques nouvelles de fantastique que vous trouverez ici : ALLORGE Lionel. Je suis également secrétaire de l’association April et je participe a Wikipédia
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