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Les épouvantails

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"Les épouvantails"

Gilles SAINT-LAURENT

 

- Tu es certaine que c’est la bonne route ? demanda l’homme.

- Je suis sûre à cent pour cent. C’est indiqué sur la carte ! répondit la femme.

L’homme se racla la gorge et toussa.

- Hé bien, elle doit dater d’il y a longtemps, ta carte ! Regardes le panneau sur ta droite.

Le conducteur ralentit et la femme put constater que le panneau n’indiquait pas la ville où ils auraient normalement dû se trouver. De plus, le nom mentionné ne figurait pas sur le plan.

- On doit tout bêtement se trouver dans un village qui n’a pas été repris, voilà tout ! Oh dis donc ! Tu as vu dans le champ ?

- Quoi ?

- Les épouvantails. C’est la première fois que j’en vois avec des masques en latex !

- Oui, tu as raison. C’est bizarre, leur tête ne me dit rien... Si encore il s’agissait de vedettes ou d’hommes politiques, j’aurais pu comprendre, mais là...

Le véhicule poursuivit sa route et commença sa traversée du village. Quelques voitures étaient tantôt garées dans des entrées de garages, tantôt le long de la chaussée.

Rien ne semblait distinguer ce village d’un autre et pourtant...

L’engin se mit soudainement à hoqueter et à tressauter. Finalement, il s’arrêta. L’homme tenta de remettre le moteur en marche, mais rien n’y fit : le véhicule refusait d’aller plus loin. L’homme soupira, ouvrit la portière et descendit. Il souleva le capot et jeta un coup d’œil. La femme sortit à son tour et rejoignit son mari.

- Alors, tu vois où se trouve le problème ?

- Non, j’ai tout vérifié et tout semble en ordre. C’était peut-être une saleté dans l’essence...

L’homme se remit derrière le volant et tenta de faire redémarrer le véhicule, mais ce dernier ne voulut rien entendre. Il ressortit et se tourna vers sa femme.

- Ecoutes, le plus simple c’est d’essayer de trouver un garagiste. Il doit sûrement y en avoir un dans ce patelin. Restes ici, je vais aller voir un peu plus loin afin d’en savoir plus...

La femme se mit au volant et l’homme poussa la voiture jusqu’à ce que celle-ci soit garée le long de la chaussée. L’homme se dirigea ensuite vers sa femme et l’embrassa.

- Allez, je n’en ai pas pour longtemps. Repose-toi en attendant.

La femme regarda son mari s’éloigner, abaissa le siège du convoyeur et s’y installa. Elle commença par fermer les yeux et tenta de s’endormir, mais une sensation bizarre l’en empêcha : la sensation d’être observée. Elle ouvrit les yeux et cria. Elle se trouvait toujours dans la voiture, mais le décor autour d’elle avait considérablement changé : les voitures garées étaient couvertes de rouille et de toiles d’araignées ; de plus, leurs pneus étaient à plat. Quant aux maisons, elles n’étaient plus que des ruines. Mais il y avait autre chose...

Elle put distinguer, dans le rétroviseur arrière, des personnes se diriger vers le véhicule. Elle verrouilla toutes les portes et tenta de se dissimuler sur la banquette arrière, sous une couverture. Elle les entendit se rapprocher de plus en plus. Ils étaient maintenant tout près...

Elle tremblait de plus en plus, se demandant si elle était en train de faire un cauchemar ou si c’était la réalité.

Tout à coup, un bruit de vitre brisée se fit entendre. La femme sentit une main la saisir au niveau des chevilles. Elle hurla et quitta la couverture...

La vision qui s’offrit à ses yeux la glaça d’horreur et d’effroi : les épouvantails qui se trouvaient auparavant dans le champ entouraient maintenant la voiture. L’un d’entre eux avait réussi à briser une vitre. C’était lui qui l’avait touchée et qui ouvrait maintenant la portière. Il s’engouffra à l’intérieur du véhicule. La femme cria une dernière fois...

Pendant ce temps, l’homme avait réussi à trouver un garage. Il pénétra dans celui-ci et tenta de trouver quelqu’un. Mais personne ne lui répondit. Il entendit du bruit à l’intérieur de l’atelier et se dirigea vers celui-ci. Le garagiste était penché sur le moteur d’une voiture, le dos tourné...

- Monsieur ? Pourriez-vous m’aider ? Je suis tombé en panne non loin d’ici et...

Le garagiste se redressa et se tourna vers l’homme. Celui-ci hurla. La créature qui lui faisait face n’avait plus grand chose d’humain. Seul le visage, inexpressif, permettait de savoir qu’il s’agissait d’un homme. Le reste du corps était celui d’un épouvantail.

L’homme sortit en courant du garage, tentant d’échapper à la créature. Mais, malheureusement pour lui, des dizaines d’autres l’attendaient à l’extérieur. Parmi ceux qui se jetèrent sur lui, il reconnut son épouse, ayant le même visage inexpressif.

Il sentit ses membres s’engourdir et finit par perdre conscience...

Dans le champ, à l’entrée du village maudit, deux nouveaux épouvantails attendent patiemment l’arrivée de nouveaux voyageurs égarés...

Texte © Gilles SAINT-LAURENT.


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