Lune Rouge

La déesse noire

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La déesse noire

M. LENG

 

A Mylène qui, par son exceptionnelle beauté, m’a fait découvrir l’amour.

M.L.

 

Je tiens à remercier les personnes suivantes : Venom pour m’avoir donner l’occasion d’écrire cette histoire, Mr John Lang alias Pen of Chaos, et Elric Warrior (c’est un pseudonyme...) pour leurs recherches sur Lilith (disponibles sur le site : http://www.penofchaos.com) ainsi que Mr Pierre Tanguy pour son avis éclairé.

 

 

Antoine était un jeune homme de 25 ans tout à fait normal.

A une exception près : jamais, de toute sa vie, il n’avait été attiré ni par les hommes ni par les femmes.

Et ce n’est pas faute de ne pas les intéresser car il faut bien avouer que ses grands yeux d’un marron profond et son sourire éblouissant en avaient rarement laissé une indifférente...

Jamais il n’avait été attiré par le beau sexe, si bien que la plupart de ses amis étaient déjà mariés alors qu’il restait célibataire.

Bien souvent, quand il sortait avec des amis, ces-derniers lui montraient et lui faisaient découvrir tel ou tel charme de telle ou telle femme.

Des brunes, des vraies blondes, des fausses blondes, des rousses... Rien n’à y faire, et pourtant de nombreuses femmes toutes plus belles les unes que les autres s’accrochaient à lui, espérant ses faveurs alors qu’il les regardait sans les voir...

Pour lui, elles n’étaient rien. Ne représentaient rien. N’étaient qu’un assemblage grossier de chairs et de tissus sans beauté.

Un jour cependant, alors qu’il traînait dans la rue, absorbé son problème d’insensibilité aux femmes, il la croisa.

Ce fut comme s’il s’éveillait d’un long sommeil et en un instant, il s’éprit d’elle.

Il la trouvait vraiment sublime avec ses cheveux anthracite retombant doucement sur ses épaules, ses yeux d’un noir insondable, une bouche fine et pourtant pulpeuse, le teint légèrement mat...

Un corps à la hauteur de ce visage avec des bras fins et musclés, une poitrine orgueilleuse, un ventre plat et des jambes merveilleusement ciselées.

Pour lui, c’était Hélène de Troie...

Leur rencontre ne dura que le temps d’un bref échange de regard, mais ses yeux ténébreux enflammèrent les siens et il crut enfin à l’amour.

Le temps qu’il reprenne ses esprits, elle avait disparue, littéralement.

Trouver l’amour pour le perdre aussitôt, c’est trop injuste pensa-t-il.

Mais était-ce une coïncidence ou non, il la retrouva dans un café en train de siroter un cocktail.

Il la regarda quelques instants comme pour s’assurer que c’était bien elle, puis il s’approcha :

« Excusez-moi...

- Oui ? dit-elle en levant ses sombres yeux vers lui.

- Croyez-vous aux coïncidences ?

- Pourquoi ?

- Nous nous sommes croisés tout à l’heure dans la rue et nous nous retrouvons ici...

- Les voies du destin sont impénétrables...

- D’habitude, ce sont plutôt « les voies de Dieu »...

- Pas pour tout le monde... dit-elle à voix basse, presque uniquement pour elle.

- Quoi qu’il en soit, j’ai l’impression que nous nous connaissons...

- Peut-être étions-nous amants dans une autre vie.

- Amants ? demanda Antoine, tout en s’asseyant, quelques peu étourdis du tour que prenait la conversation.

- Oui...

Antoine posa sa main sur la banquette, entre eux deux, et sa main tomba sur la cuisse de la femme qui, il l’aurait juré, ne se trouvait pas là quelques secondes plus tôt...

- Ca a l’air de vous revenir... fit-elle en le regardant avec un sourire l’invitant à aller plus loin.

Mais elle l’arrêta dans son geste et lui dit :

- Allons chez-toi... On sera plus tranquille... Je m’appelle Lyly. Et toi ?

- Antoine.

- Alors, allons-y Antoine...

Ils sortirent du café et allèrent chez lui.

A peine eurent-ils passés la porte de son appartement que Lyly se mit à l’embrasser farouchement. Bien que novice, Antoine comprit vite et leurs langues se joignirent et s’explorèrent mutuellement.

Elle se colla à lui et il put sentir ses seins durcir alors qu’il glissait la main sous le pull de Lyly pour caresser sa poitrine.

Alors qu’ils s’embrassaient toujours, il fit rouler l’un de ses téton entre deux doigts et le sentit se durcir sous ses caresses...

Lyly glissa sa main dans le jean d’Antoine et entreprit de masser son sexe lentement, caresse torturante qui l’amena à une excitation maximale. S’arrêtant avant qu’il ne soit submergé par le plaisir, elle retira sa main et le déshabilla avant d’enlever ses vêtements dans une danse lascive et provocante.

Jamais il n’aurait pu penser que le corps féminin puisse être aussi beau. Pour la première fois, il ne le vit plus comme des chairs et des tissus grossiers mais comme un ensemble unique, parfait.

Lyly s’approcha de lui, uniquement vêtue d’une petit culotte, ses mains simulant celles d’un amant caressant son corps avec insistance et douceur.

Elle prit une des mains d’Antoine dans la sienne et la guida dans sa culotte pour la faire glisser lentement...

Puis elle guida la main pour qu’elle frôle sa vulve humide. Elle eut un frisson de plaisir et allongea Antoine par terre, sur la moquette, avant qu’elle ne le chevauche. Sa sève brûlante coula sur le bas-ventre d’Antoine qui sentit le plaisir monter comme de petites vaguelettes annonçant le rouleau final.

Soudain, il n’y tint plus et se libéra dans Lyly en émettant des râles de plaisir.

Lyly ne s’arrêta pas et continua son mouvement de va-et-vient de plus en plus vite et de plus en plus fort, jusqu’à ce que son amant en ait mal...

Ils changèrent de positions, firent l’amour debout, assis, couchés. Ils essayèrent des positions que personne n’aurait pu rêver...

Antoine eut encore cinq orgasmes, mais, il lui sembla curieusement que Lyly n’avait pas joui une seule fois...

Ils s’endormirent à même le sol et Antoine rêva de ses ébats avec cette superbe créature qui lui avait ouvert l’esprit à la beauté, au plaisir...

Mais alors que dans son rêve il allait jouir, mené par les mains expertes de Lyly, le décor changea soudainement, les murs de son appartement semblèrent fondre, se dissoudre et il se retrouva au bord d’une rivière, dans une clairière déserte bordée d’arbres aux feuilles d’un vert éclatant.

Lyly était à coté de lui et d’un mouvement de va-et-vient de la main, elle l’amena à la libération, recueillant avec soin chaque goutte de la précieuse semence dans sa main.

Elle replia les doigts, gardant son contenu. Antoine se réveilla.

Il faisait nuit noire et la présence de Lyly à son coté le rassura. Il aurait juré avoir joui dans son sommeil, mais en tâtant son entre-jambe, il ne trouva aucune trace de sperme.

S’il y avait eut de la lumière, il aurait vu Lyly sourire dans son sommeil...

Le lendemain matin, il trouva Lyly dans la cuisine, nue, entrain de boire un café. Elle semblait pensive mais il ne s’en préoccupa pas et s’intéressa plutôt à la nudité de la femme qui l’excita. Il sentit le désir monter en lui. Lyly lui céda, avec cependant moins de fougue que la nuit précédente.

Leurs ébats se prolongèrent une petite heure, puis Antoine, malgré l’envie très forte de rester, dut partir travailler. Il laissa son appartement à Lyly qui l’embrassa sans entrain avant qu’Antoine ne s’engouffre dans les ténèbres du couloir...

Toute la journée, il ne fit que penser à elle, attendant impatiemment le moment de rentrer pour pouvoir encore profiter de l’humidité de Lyly et boire sa sève.

Lorsque enfin il rentra chez lui, il trouva Lyly nue, allongée sur le canapé, avec l’air impatient de quelqu’un qui attend quelque chose.

Il l’embrassa et promena les mains sur son corps de rêve, mais elle l’arrêta dans son élan, et prétextant une migraine, elle alla se coucher...

Antoine en resta sans voix. Elle qui s’était donnée à lui sans retenue des heures durant, refuser un petit câlin...

Il ne sut quoi faire... Il avait attendu toute la journée pour se voir repousser de la plus méprisante des façons. Par dépit, il se dirigea vers la cuisine, grignota un sandwich et alla rejoindre Lyly dans son lit.

Elle semblait dormir, aussi fit-il en sorte de ne pas la réveiller...

Au bout d’une heure, il finit par s’endormir...

... Il se trouvait dans la même clairière que la nuit précédente, mais le soleil était maintenant rouge sang alors que les feuilles des arbres étaient noires.

La lueur rougeâtre du soleil éclairait une scène d’une obscénité qui effraya Antoine.

Devant lui, près d’une rivière de ténèbres, s’ébattaient des démons... Il vit des membres turgescents recouverts d’écailles luisantes de sang pénétrer les chairs de jeunes vierges innocentes qui criaient de douleur et de ce plaisir forcé.

Il vit alors Lyly, à l’écart avec un démon. Elle avait la main toujours fermée sur son butin. Elle desserra alors les doigts et étala la semence d’Antoine sur sa vulve en prenant soin d’en faire rentrer la majorité dans son vagin. Le démon qui se tenait près d’elle leva un membre particulièrement impressionnant et prit Lyly en levrette...

En quelques minutes, elle avait atteint la jouissance et la puissance de ses cris réveilla Antoine...

... Lyly, allongée à coté de lui respirait par saccades, mais il ne s’en aperçut pas, trop occupé qu’il était à faire décroître sa tension.

Il sentit que quelque chose lui manquait, mais il ne trouva pas quoi et se rendormit peu après, toujours perplexe sur ses rêves et impressions.

Le lendemain, il ne trouva pas Lyly dans son lit, mais un mot où elle disait qu’elle reviendrait bientôt.

Les jours passèrent... Un, puis deux et ainsi de suite...

A chaque fois qu’il rentrait chez lui, Antoine souhaitait la trouver là, puis ce ne fut plus qu’un espoir de plus en plus vague...

Au bout de deux semaines qui lui avaient semblées durer des mois, Lyly fut de retour.

Antoine rentrait chez lui, avec l’air maussade qui s’était emparé de lui à la disparition de Lyly, quand il la vit, l’attendant sur le pas de sa porte. Il n’en crut tout d’abord pas ses yeux puis il courut vers elle et l’embrassa avec toute la passion dont il était capable.

Elle lui rendit son baiser avec la même fougue, puis il la fit entrer. Alors qu’il refermait la porte derrière elle et se préparait à lui demander où était-elle passée, elle prit la parole pour lui annoncer :

« Je suis enceinte...

- Pardon ?

- Nous allons avoir un bébé...

- C’est une blague ?

- Je suis allé voir le gynéco et je le suis.

- Moi...

- Oui.

- Oh putain... et il s’effondra.

Les mois passèrent peu à peu, Lyly prit du poids et devint de plus en plus distante, s’occupant seule de l’accouchement, de tous les détails de la naissance... Antoine se vit presque exclu de la vie de Lyly. Ce n’était d’ailleurs pas pour lui déplaire car elle avait, en plus d’être distante, adopté un étrange comportement, lui parlant des âmes, de la mort...

De plus, les rêves qu’il faisait à son sujet lui déplaisait de plus en plus : il la voyait de plus en plus souvent entourée de démons de tous genres, à ses ordres, la vénérant comme une déesse...

Au fur et à mesure que l’échéance approchait, sa peur de l’inconnu croissait.

Puis vint le moment où...

En pleine nuit, Lyly se leva et réveilla Antoine, le sortant d’un sommeil agité.

Il comprit immédiatement en la voyant, ses mains posées sur son pubis. Il se dépêcha de s’habiller et l’emmena à la clinique où elle avait l’habitude d’aller pendant sa grossesse. Durant le trajet, il la trouva étrangement calme et détendue...

A peine eurent-ils pénétré dans le hall que le personnel de la clinique s’occupa de Lyly, n’ayant d’yeux que pour elle, comme s’ils étaient ses servants.

Antoine, au contraire, n’eut droit à aucune parole ni même à un regard. Seul un étrange malaise s’insinua en lui ; il sentait qu’il n’avait pas sa place ici, que personne de normal n’avait sa place ici...

Il n’y avait d’ailleurs personne, lui seul restait dans ce hall aux murs couverts de peinture bleuâtre écaillé et à la lumière blafarde...

On vint finalement le chercher pour l’emmener dans la salle d’accouchement. Le court trajet dans les couloirs déserts renforcèrent l’impression qu’il avait eut dans le hall.

Mais quand il vit sur le mur de la salle d’accouchement un panneau de bois sur lequel était gravé : « Lilith ici ; Adam et Eve, dehors ! », il comprit que quelque chose n’allait pas.

Il tourna un regard interrogateur vers Lyly et fut surpris de ne pas voir trace de douleur dans ses traits. Uniquement de l’amusement.

« Oui, pauvre mortel ! Dieu n’a pas prise ici... Toutes mes servantes, toutes mes succubes, au fils des ans n’ont pas su t’intéresser, te dévier du droit chemin. Mais moi, Lilith, si ! En m’engrossant, tu as perdu ton âme...

- Les rêves...

- Tes rêves sont réalité et mes servants mettent au monde notre fils, ton fils ; fruit de notre accouplement ! »

Un cri de nourrisson tira Antoine de l’était de stupeur dans lequel la déclaration de Lyly l’avait plongé.

Il poussa l’un des soi-disant médecin et aperçut une corne ainsi qu’un bout de chair sanguinolente : son fils.

Son fils, fruit de l’accouplement avec Lilith, la Déesse noire, reine des succubes.

 

 

Texte © 2001 : M. LENG.


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