Lune Rouge

A l’infini

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A l’infini

M. LENG

 

A l’amour infini que se
portent deux personnes.
M.L.

 

Ca avait vraiment été une journée très éprouvante : surtout moralement.

Je suis rentré chez moi à pieds, voulant réfléchir un peu à la condition humaine et à la place de l’homme dans le monde.

Après une heure de marche, je suis arrivé chez moi. J’ai ouvert la porte, gravis les escaliers d’un pas nonchalant et je suis arrivé devant la porte de ma chambre.

Alors que je poussais la porte, quelque chose m’intrigua : la lumière.

Je levais la tête et vis, assise en tailleur dans mon lit, une jeune femme, éclairée par la lueur vacillante de dizaines de bougies disposées partout dans la pièce.

La jeune femme n’avait pour seul vêtement qu’un soutien-gorge de dentelles blanches qui retenait pudiquement ses seins. Cependant, comme elle avait ramené les couvertures jusqu’à sa taille, il était fort probable qu’elle portât également une culotte.

Cette femme était très belle et ses cheveux noirs ramenés en arrière laissaient apparaître un visage de sainte.

Et justement, ce visage-là m’était familier. Cependant, je ne pouvais me souvenir de la personne à qui il appartenait.

En ce qui me concerne, cette femme incarnait la beauté à l’état pur ; la femme parfaite.

Alors que j’étais plongé dans mes pensées, elle dégrafa son soutien-gorge et le laissa tomber avec grâce sur les draps.

Elle laissa ainsi apparaître ses seins, petits mais fermes, qui n’attendaient qu’une seule chose : moi.

Je compris alors, en regardant ce corps de déesse que cette fille n’était autre que la fille de mes rêves, celle que je rejoignais au pays de l’imaginaire où les fantasmes le plus secrets prennent forme.

Sortant alors de l’état de contemplation dans lequel je m’étais enfermé depuis quelques minutes, je m’approchais du lit, tout en regardant ce visage mille fois rêvé qui avait pris forme.

J’ai pris son visage dans mes mains et j’ai posé mes lèvres sur celles de la fille et alors que j’embrassais mon adorée, une voix que j’avais mille fois entendue cria mon nom ; ma femme était rentrée.

Ca n’allait pas être facile d’expliquer la situation qui n’allait pas tarder à s’enliser.

Ma femme commença à monter les escaliers, et au fur et à mesure que les marches grinçaient, je paniquais de plus en plus, ne sachant comment justifier à ma femme, qui cela dit au passage est une merveilleuse épouse : très belle et intentionnée, la présence dans notre lit conjugal de la file de mes rêves, à moitié dénudée.

Ma femme frappa à la porte :

" Chéri, tu es là ?

- Oui...

- Ca va bien ? Je peux enter ?

Je balbutiais alors un mensonge qui, j’espérais, me débarrasserais de ma femme : -Excuses-moi, mais je suis au téléphone, c’est très important.

- Bon, je te laisse... "

Elle s’éloigna de la porte et à chaque marche que ma femme descendait, c’était un autre de mes vêtements qui allait par terre.

Nu comme un ver, je me glissais alors dans le lit, au côté de " ma fille " qui vint s’accroupir sur moi.

A contact de sa chair nue, je sentis quelques frissons ma gagner et je remarquais alors au toucher qu’une culotte réfractaire me barrait le passage vers le sacro-saint sanctuaire.

En y réfléchissant bien, ce n’était pas une culotte mais un string. Un petit string noir tout en dentelle d’où s’échappaient quelques poils, eux aussi noirs.

La fille arqua alors le dos en arrière et je m’empressais de pétrir des deux mains ses seins qui n’attendaient que cela.

Je perçus des petits pas feutrés qui se rapprochaient, mais leur apparent silence était trahis par le grincement des marches d’escalier.

Soudain la porte s’ouvrit et ma femme entra dans la chambre.

La fille se recoucha sur moi.

Je tournais un regard horrifié vers ma femme tout en balbutiant des mots inintelligibles, ce à quoi ma femme répondit :

" Qu’est-ce que tu fais... "

Mais je n’entendis pas la suite, trop occupé à racler de mes ongles la peau, puis la chair du corps jadis parfait de la fille, alors que des gouttes de sang de plus en plus grosses tombaient sur mon torse.

Soudain, je me réveillai : je n’étais pas nu mais habillé d’un beau smoking noir ; je n’étais pas dans mes draps mais dans un linceul ; je n’étais pas dans mon lit mais dans une boîte en bois ; je n’étais pas dans ma chambre mais dans de la terre ; je n’étais pas dans ma maison mais dans un cimetière ; je n’étais pas en train de labourer un corps mais un panneau de bois qui me retenait prisonnier ; je n’étais pas en train de recevoir des gouttes de sang mais des bouts de bois ; je n’étais pas en train de rêver mais de cauchemarder ; je n’étais pas mort mais vivant.

J’étais enterré vivant alors que ma femme devait être en train de pleurer ma disparition à quelques mètres au-dessus de moi.

Sachant que s’énerver ne servirait à rien, je pris une profonde inspiration et frappai le dessus de mon cercueil de toutes mes forces.

Mes poings passèrent au travers du bois, et c’est à la fois un soupir de soulagement et une envie de réprimander quelqu’un que j’avalais goulûment une bouffée d’air frais.

Le soupir de soulagement pour deux raison : premièrement, le fait que le bois ne soit pas de bonne qualité, sans quoi je serais encore en train de taper dessus ; deuxièmement, le fait que les fossoyeurs soient flemmards et aient des syndicats leurs interdisant de travailler après 17 heures, sans quoi j’aurais encore eut deux-trois mètres de terre à creuser.

Et enfin l’envie de réprimande à l’égard de ma femme qui aurait tout de même pu oublier son avarice et m’acheter un cercueil de qualité.

Enfin bon, j’avais réussi à sortir de mon cercueil puis de la fosse sans trop de problèmes.

Ma femme devait être en train de pleurer ma mort chez nous, entourée de souvenirs d’un autre âge. Je décidais que la première chose à faire serait de la rassurer que j’allais bien et que la meilleure chose à faire serait d’arrêter de pleurer, suivit d’un petit câlin...

Je rentrais donc à pieds et m’empressait de retrouver ma femme.

J’ouvris la porte de ma maison, montai les escaliers et criai le nom de ma femme. Je continuais de gravir les marches pour finalement arriver devant la porte de ma chambre : close.

Je frappai et demandai :

" Chérie, tu es là ?

- Oui...

- Ca va bien ? Je peux entrer ?

- Excuses-moi, mais je suis au téléphone, c’est très important.

- Bon... Je te laisse... "

Je m’éloignais donc de la porte et redescendais l’escalier tout en réfléchissant à ce que ma femme m’avait dit.

J’avais de plus en plus la désagréable impression qu’elle m’avait menti.

Je pris alors la décision de vérifier par moi-même et je me remis à gravir les marches d’un pas feutré, malheureusement trahis par les craquements du bois des marches.

Je suis arrivé devant la porte de ma chambre. Je l’ouvris et vis dans le lit : ma femme, le dos arqué en arrière, avec son visage de sainte et son corps de déesse et un homme qui malaxait les seins petits e fermes de ma femme.

Et cet homme n’était autre que moi.

Ma femme tourna le regard vers moi et parut horrifiée. Elle balbutia quelques mots :

" Tu étais mort...

A quoi je répondis :

- Qu’est-ce que tu fais avec moi au lit ? "

Sur ce, elle s’effondra ; mon autre moi se pencha sur elle et il me sembla que quelques gouttes de sang coulèrent du torse de mon moi sur ma femme.

Et alors que je m’approchais du lit, je prenais conscience, peu à peu, que ma femme était morte.

Mon moi s’évapora, se volatilisa devant mou sans laisser aucune trace...

J’ai ensuite appelé les secours, et quelques jours plus tard, nous avons mis ma femme en terre, aux environs de 16 H 50...

Ca avait vraiment été une journée très éprouvante : surtout moralement.

Je suis rentré chez moi à pieds, voulant réfléchir un peu à la condition humaine et à la place de l’homme dans le monde.

Après une heure de marche, je suis arrivé chez moi. J’ai ouvert la porte, gravis les escaliers d’un pas nonchalant et je suis arrivé devant la porte de ma chambre.

Alors que je poussais la porte, quelque chose m’intrigua : la lumière.

 

Texte © 2000 : M. LENG.


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