Lune Rouge

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Nouvelles courtes

Franck LEFEVRE

 

 

Mission interne

- 1 -

Le président me fit signe de la main.

— " Installez-vous, je vous en prie... "

Pendant que je m’asseyais dans le confortable fauteuil en cuir qui faisait face à son bureau, il rangea un dossier resté ouvert devant lui.

— " Qu’est-ce qui me vaut votre visite... "

Il m’interrogea du regard.

— " ...agent Thomson, monsieur. Le F.B.I. m’a envoyé à votre rencontre pour... une mission particulière, si je puis dire. "

A le voir ainsi, personne n’aurait pu croire que sous son apparence humaine se cachait un Korgon. Cette race avait un don tout particulier pour se fondre au sein d’une espèce, pour mieux la réduire à néant.

J’avais été informé que les ordres des instances supérieures Korgonnes étaient les plus clairs qui soient : infiltrer la race terrienne aux niveaux les plus élevés de la société, puis la détruire.

 

- 2 -

La mission qui m’avait été confiée était, elle aussi, tout à fait explicite. Le Président eut tout juste le temps de la comprendre avant que je lui tire une balle dans la tête.

Comme je le savais déjà, le Korgon qui habitait l’humain n’en fut pas incommodé le moins du monde ; il dut cependant s’extirper du corps sous sa forme extraterrestre (un compromis entre la pieuvre et le scarabée), ce qui lui fut fatal : mon tube désintégrateur le réduisit en un petit tas de cendres.

 

- 3 -

Comment cet être, d’esprit pourtant infiniment supérieur, avait-il pu s’éprendre d’une race aussi primaire ? Cette constatation avait tout d’abord stupéfié le Haut Conseil. Et puis la confirmation était arrivée des espions qui avaient été mis en place dès la première alerte : le " Président " Korgon caressait le rêve incompréhensible de parvenir à harmoniser l’existence terrienne avec celle de sa race.

Face à de tels desseins pacifistes, la réaction du Haut Conseil avait été immédiate.

 

- 4 -

M’approchant du cadavre de l’enveloppe humaine du Président, je penchai la tête de la mienne en avant, ouvrant largement la bouche. Cette méthode de transfert d’un corps à un autre était encore bien trop repérable. Il faudrait que je demande au Conseil d’en trouver une plus discrète à l’avenir. Qui savait quels problèmes cela pourrait nous apporter dans le futur ?

En quelques secondes, je réparai le trou laissé par la balle du .38 dans son front.

Après quoi, je désintégrai mon ancienne enveloppe, en prenant bien soin de ramasser toutes les cendres avec mon mini-aspirateur.

 

Du bon travail

- 1 -

Les types étaient jeunes et inexpérimentés. A les voir paniquer de la sorte, ça n’était pas difficile à comprendre.

La pauvre fille avait atteint le stade de la terreur absolue, qui la paralysait dans une soumission totale. Elle ne chercha même pas à se défendre lorsque l’un des deux agresseurs retroussa sa robe jusqu’à la taille.

 

- 2 -

Ça se passait au bord de l’autoroute. Elle était sans doute tombée en panne, car le capot d’une des deux voitures était relevé. Une trop belle occasion pour deux jeunes loups de la route, qui avaient trouvé là une occupation plus intéressante que le casse d’un resto-route.

J’avais eu le temps d’enregistrer tous ces éléments, car voyez-vous, du fait de mes attributions je ne roule jamais bien vite.

 

- 3 -

Je mis en route le gyrophare, mais pas la sirène, et me garai à une dizaine de mètres de la voiture des deux loubards. Ils étaient tellement excités que ni l’un ni l’autre ne m’entendit arriver.

Je déboutonnai l’étui de mon pistolet, que je laissai cependant dans son logement. Je devais pouvoir m’en sortir sans son aide.

Je commençai par celui qui essayait maladroitement de démontrer sa virilité à la jeune femme. Un uppercut le remit debout, exposant à tous l’échec de sa vigueur. Après avoir reçu mon genou entre les jambes, il ne parut d’ailleurs plus insister et s’étala par terre avec fracas mais, par bonheur pour lui, sans connaissance.

Entre-temps, le deuxième avait tenté de me sauter dessus, mais on n’ébranle pas si facilement cent douze kilos de muscles entretenus par les exercices hebdomadaires menés par un sergent intransigeant. Il essayait encore de me décoller du sol quand je décidai que le divertissement avait assez duré : son envolée majestueuse dans les airs n’eut pas l’atterrissage qu’elle aurait mérité, car il ne daigna pas se relever.

 

- 4 -

— " Je ne sais pas ce qui serait arrivé sans votre intervention, monsieur... "

— " Vous pouvez m’appeler lieutenant : je suis de la Police. Une chose est sûre en tous cas : vous ne seriez pas en si bon état maintenant. A l’avenir, vous devriez vous méfier des personnes qui prétendent venir à votre aide, mais ont en fait bien autre chose en tête... "

Compte tenu de la situation, je souriais intérieurement. Intérieurement seulement, car je ne voulais pas la mettre mal à l’aise.

 

- 5 -

Quand j’arrêtai la voiture au bord de la route, après que celle-ci se soit engagée dans une forêt assombrie par le crépuscule, elle eut une expression de stupeur que je trouvai charmante.

— " Je... pourquoi vous êtes-vous arrêté ici, dans cette forêt ? "

Je passai mon bras entre nos deux sièges pour attraper ma mallette, qui était posée sur la

banquette arrière. Sans cesser de la regarder en souriant.

— " Nous avons des choses à régler, tous les deux... "

Le claquement des serrures la fit sursauter. Mais je n’oublierais jamais son regard éperdu, quand elle découvrit les instruments effilés qui luisaient doucement sous le clair de Lune, impeccablement alignés sur le velours rouge de leur écrin.

— " Oh mon Dieu... "

Elle se tourna désespérément vers sa portière, secouant la poignée dans un sursaut pathétique. Mais j’avais pris soin de condamner toutes les serrures. Quand elle réalisa qu’elle était prise au piège, elle se retourna finalement vers moi.

— " Mais... vous m’avez sauvé la vie, tout à l’heure, quand ces salauds m’attaquaient... "

— " En effet. Je ne supporte pas la médiocrité. Ne vous inquiétez pas : avec moi, vous ne sentirez rien... "

Elle avait les larmes aux yeux, et son expression était proche de l’hystérie. Mais contre ces désagréments, je ne pouvais rien. Si ce n’est d’en finir au plus vite.

— " ...ça se passera sans douleur, je vous assure. J’aime trop le travail bien fait. "

 

Gentil farceur

- 1 -

Quand j’ai expliqué aux policiers que la fin du monde était pour demain, je ne pensais pas qu’ils manqueraient autant de sérieux dans leurs réactions. Le premier (celui qui m’avait accueilli) se contenta de regarder son collègue le plus proche, avec l’air de celui qui vient d’entendre la dernière blague à la mode.

Au bout d’une demi-heure, dégoûté par leurs mimiques compatissantes et amusées, j’ai quitté le commissariat avec une envie folle de hurler. Mais je me suis retenu, malgré tout, parce que ces choses ne se font pas, même si l’on a plus que quelques heures à vivre.

La grande horloge numérique du magasin Tiffany’s marquait 19h30. Un rapide calcul me fit constater qu’un peu plus de dix heures séparaient l’espèce humaine de son extinction...

 

- 2 -

Comment les scientifiques avaient-ils pu passer à côté d’un tel cataclysme ? Cette question me laissait perplexe. Ils avaient pourtant bien annoncé que le gros météore " frôlerait la Terre ", à quelques milliers de kilomètres. Je les soupçonnais d’avoir tellement craint l’impact direct, que le soulagement apporté par les résultats les avait arrêtés dans leurs calculs. Il n’était pourtant pas bien difficile de se rendre compte, en prolongeant quelque peu ces calculs, que compte tenu des trajectoires respectives du météore et de la Terre, l’énorme masse serait détournée dans sa course d’un angle d’exactement dix sept degrés et vingt neuf dixièmes. Une nouvelle trajectoire qui le mènerait tout droit vers le Soleil.

Ma seule extrapolation concernait l’amplitude de l’explosion qui en résulterait, mais dans le meilleur des cas, la Terre, épargnée par les retombées physiques de l’explosion, verrait de toutes façons la température de son atmosphère, initialement montée à un seuil extrême de plusieurs milliers de degrés, retomber tout aussi rapidement à plus de cent degrés au dessous de zéro.

Quelle que soit l’hypothèse choisie, aucune espèce (humaine ou autre) ne pourrait survivre à un tel phénomène.

 

- 3 -

L’employé de la NASA, protégé dans sa guérite par des vitres d’au moins cinq centimètres d’épaisseur, ouvrit des yeux immenses quand il me vit arriver.

— " L’accès de ces bâtiments est strictement interdit aux visiteurs ", fut la formule apprise par cœur qu’il me servit d’un ton qui n’attendait aucune réponse. Il me tourna d’ailleurs aussitôt le dos, considérant que sa mission d’information était remplie, et qu’il pouvait retourner à des occupations plus importantes - la réussite étalée sur sa table et le magazine Playboy posé près de la cafetière, entre autres.

— " Attendez, monsieur... c’est vraiment très important. Il faut que je rencontre un de vos supérieurs. "

Il parut ennuyé par cette interruption intempestive, qui l’obligeait par ailleurs à se retourner vers moi - et donc à délaisser ses tâches de la plus haute importance.

— " Il vous faut un laissez-passer pour ça. Vous en avez un ? "

Il semblait appliquer à la lettre le manuel des procédures. Le problème, c’est que je n’avais plus le temps (ni l’envie) de supporter ces contraintes.

— " Non, je n’ai rien de tel... mais si vous les appelez et que vous leur dites qu’il s’agit d’une question de vie ou de mort pour l’humanité... "

Il se fendit d’un énorme sourire.

— " Mais bien sur, monsieur... dois-je les informer que la Terre est sur le point d’être envahie par les extraterrestres ? Ou alors, qu’ils ont déjà envahi la planète ?... "

Bien que mon expression coupe court à son humeur badine, il ne prenait pas le moins du monde un quelconque de mes mots au sérieux.

Comme je le faisais de plus en plus souvent, je consultai ma montre : cet imbécile m’avait fait perdre encore une heure.

Avant de partir, par acquis de conscience, je lui tendis les copies de mon dossier que j’avais faites quelques heures auparavant.

— " Remettez au moins ce dossier à vos supérieurs... "

Il se saisit du bloc de feuilles, mais ne broncha pas outre mesure.

De toutes façons, je commençais à douter d’une quelconque possibilité pour que mes informations leur soient du moindre secours.

 

- 4 -

Quand j’ai rouvert les yeux, j’ai réalisé que je m’étais endormi.

Bon sang... quatre heures du matin à ma montre. Dans une heure et demie, tout serait fini.

Intérieurement, je maudis le Ciel qui m’avait réveillé avant que ça n’arrive. J’aurais pourtant mille fois préféré mourir pendant mon sommeil.

Je regardai le Soleil, qui se levait au dehors, en imaginant l’astre explosant, libérant une boule de feu dont le diamètre grandirait à une vitesse exponentielle et phénoménale. Je savais même (d’après mes calculs), que l’explosion aurait sans doute déjà fini de ravager la Terre avant que le son de la collision ne lui parvienne.

Scrutant le ciel, je cherchai instinctivement la traînée du météore, que je ne pouvais pourtant pas voir puisqu’il n’apparaîtrait qu’une dizaine de minutes avant le choc.

 

- 5 -

Malgré tout, les cerveaux de la NASA ont fini par venir me voir. A regarder leur tête quand je leur ai ouvert, j’ai tout de suite su qu’ils avaient enfin compris le problème.

C’est le professeur MacEnzie qui a pris la parole au nom des autres. Au bout de quelques secondes, je l’ai coupé au beau milieu d’une phrase pour lui expliquer que, maintenant, il était bien trop tard pour envisager quoi que ce soit contre le météore.

Avec un regard angoissé, il a répliqué que les mesures d’intervention décrites dans mon dossier étaient déjà opérationnelles.

Alors, comme un papa faisant réviser son garçon, j’ai repris les dossiers, et refait les calculs avec lui, afin qu’il constate de lui-même que ces mesures, qui auraient été efficaces deux heures plus tôt seulement, ne valaient plus rien dorénavant.

Ils repartirent la tête dans les épaules, courbés sous le poids de cette tragédie, mais je ne trouvai rien à leur dire pour leur redonner un quelconque espoir.

 

- 6 -

L’heure approche.

Bizarrement, je me sens étrangement calme, et pas particulièrement angoissé à la perspective de ce qui va arriver. Je regrette seulement qu’ils n’aient pas cru en moi.

La vie est comme ça, vous savez. Les adultes vous croient rarement quand vous venez tout juste d’avoir quatorze ans.

 

Cauchemar

- 1 -

Mon Dieu, quel cauchemar... terrible, vraiment. Et le pire, c’est que je n’arrive pas à me réveiller. De plus, tout cela me semble tellement réel...

Le rêve a commencé par la sonnerie de la porte. J’ai ouvert sur un type à moitié chauve en costume cravate, encadré par deux valises volumineuses. Un démarcheur. Franchement, je n’avais pas envie (même dans un rêve) de me coltiner une demi-heure de palabres avec cet homme, tout ça pour lui dire, finalement, que rien ne m’intéressait. Mais, je ne sais pas pourquoi, celui-là était particulièrement retors, et je me retrouvai donc assis dans le séjour avec lui, le regardant sortir de ses valises des ustensiles, comme un magicien sortirait des lapins de son chapeau.

 

- 2 -

Au bout d’une heure, il n’avait toujours pas fini. Le plus drôle (si l’on peut dire), c’est qu’il semblait véritablement enthousiasmé par les objets qu’il me présentait, et qu’il n’avait même pas l’air de vouloir me vendre quoi que ce soit.

— " Regardez-moi cette planche à découper ", me dit-il, " notre société est la seule qui ait pris l’initiative de tailler ces planches dans un seul morceau, sans collage. Je vous garantis que quand vous en avez une, c’est pour la vie... "

J’avais l’impression qu’il pourrait parler comme ça pendant des jours. Quand il a sorti un immense couteau de cuisine, je ne sais pas pourquoi, je n’ai pas pu m’empêcher de lui saisir le poignet.

— " Montrez-moi voir ça ", ai-je murmuré.

Ses yeux se sont légèrement écarquillés quand son regard a croisé le mien. Peut-être a-t’il senti, pendant ce court instant, que quelque chose était en train de se passer. La surprise lui a ouvert la bouche, quand j’ai attrapé le couteau en le levant au dessus de ma tête.

Cette bouche bée, qu’il oubliait de refermer, a fini par emplir tout mon esprit. Alors, d’un mouvement rapide j’ai enfoncé le couteau le plus fort possible dans ce trou qui m’hypnotisait, et qui allait finir par m’engloutir.

 

- 3 -

Bizarrement, bien que sachant que tout ceci n’était qu’un vilain cauchemar (dans lequel, au demeurant, je commençais à bien m’amuser), je me suis senti obligé de cacher le cadavre de ce pauvre type dans le grand placard du couloir. Après ça, j’ai soigneusement nettoyé les traces de sang qui tachaient le carrelage de mon séjour.

J’avais tout juste terminé quand on a sonné à l’entrée. C’était mon voisin.

— " Vous avez vu ce type qui vend des ustensiles de cuisine et je ne sais quoi ?... un vrai pot de colle, ce mec ! J’ai bien failli lui acheter tout son fourbis rien que pour m’en débarrasser. "

Prudence... Méfiance... Je me doutais qu’il avait vu ou entendu le type sonner à ma porte, alors pas question de lui mentir - sur ce point uniquement, bien sur.

— " Oui, vous avez raison : il était redoutable ! Mais il a fini par s’en aller, quand il s’est rendu compte qu’il n’arriverait pas à me vendre son bazar... "

Mais il ne m’écoutait déjà plus : il jetait des regards à droite et à gauche dans l’appartement.

— " Hé... vous avez réaménagé, ici... ce meuble est nouveau, non ? "

Il désignait le vaisselier que j’avais trouvé le mois précédent, dans une brocante.

— " En effet, un boutiquier me l’a vendu à moins de la moitié de son prix dernièrement. ", lui répondis-je.

 

- 4 -

Je n’avais pas particulièrement envie de le voir rester, et fureter un peu partout comme ça. Mais il ne semblait pas décidé à partir, et bien entendu il s’approcha du placard.

— " C’est très pratique, ces rangements ", me dit-il alors qu’il paraissait sur le point de l’ouvrir.

" Je devrais en faire chez moi, on manque sérieusement de place... "

Je l’interrompis promptement, bloquant la main qu’il avait déjà posée sur la poignée.

— " Heu... pardonnez-moi de vous arrêter comme ça, mais je dois vous avouer qu’il y a un fouillis terrible, là-dedans. C’est bien simple : à chaque fois que je l’ouvre, tout s’écroule. "

Je fus soulagé de constater que le mensonge prenait avec lui.

— " Ah, oui. Je comprends ça. Désolé. ", me dit-il en baissant légèrement la tête. Machinalement, je fis de même, et nous écarquillâmes les yeux avec un parfait synchronisme.

Une flaque de sang s’étalait depuis la porte du placard jusque sous nos pieds.

 

- 5 -

Après ça, j’ai bien été obligé de m’occuper de lui, parce qu’il commençait à crier sérieusement. De toutes façons, il n’a rien senti, car je l’ai assommé auparavant avec une vieille statue en bronze.

Je l’ai installé dans le cagibi de ma chambre, avec le démarcheur que j’avais finalement retiré du placard. Ensuite, j’ai à nouveau nettoyé le sang dans l’entrée. Tout ça était vraiment amusant, mais bizarre aussi. D’ordinaire, les cauchemars ne vont pas aussi loin dans le détail...

Un quart d’heure après, on sonnait à l’entrée. C’était la femme du voisin qui venait aux nouvelles. Je lui ai expliqué que son mari était bien venu me voir, mais qu’il était parti au bout de cinq minutes sans me préciser où il allait. Une belle erreur de ma part.

Comme dans un rêve (c’est le cas de le dire), elle m’a regardé droit dans les yeux et m’a déclaré qu’elle avait surveillé le palier depuis le début par son judas, car son mari avait tendance à fréquenter les bars dès qu’il pouvait sortir. " Donc ", m’a-t-elle lancé d’un air féroce, " vous mentez. ".

C’est dommage, cette femme n’était vraiment pas mal du tout. Bref, elle eut par conséquent l’occasion de rejoindre son mari au premier.

 

- 6 -

Après ça, le défilé a commencé : d’abord le facteur, ensuite un type qui s’était trompé d’étage (pas de chance pour lui)... encore une fois, c’est quand on veut être tranquille qu’on est constamment dérangé.

Au bout de deux heures, je suais sang et eau et je n’avais presque plus de place dans la cagibi. J’ai même du les ressortir pour les arranger autrement.

Comme par hasard, la sonnette a retenti à ce moment-là, et j’ai ouvert avant de réaliser que je ne m’étais pas lavé les mains.

Je ne sais pas ce que voulait la fillette que j’ai découverte devant la porte, car elle a crié en voyant tout ce sang, et a filé sans demander son reste.

 

- 7 -

Ce cauchemar n’en finira donc jamais. Je commence un peu à me fatiguer de ces péripéties. Comme un idiot, j’ai essayé de me pincer, mais ce genre de trucs ne marche pas dans la réalité, ça n’est bon que pour les mauvais films.

Je cherche désespérément un moyen de me réveiller, mais rien à faire : je colle.

Un jeune homme est venu pour me faire signer une pétition. J’en ai profité pour lui expliquer la situation et lui demander son opinion sur le moyen de quitter ce rêve. Au début, il ne m’a pas cru, mais quand je lui ai montré le cagibi il m’a compris. Pour être précis, il est aussi devenu tout blanc et est parti en courant dans la salle de bains (là encore, l’ayant suivi jusque là, je suis surpris de constater que tous les détails de ces séquences oniriques sont d’un réalisme incroyable).

Je l’ai laissé un moment, le temps qu’il puisse se nettoyer un peu, puis il est ressorti et a sursauté en me voyant.

— " Mon Dieu, vous êtes fou ... ", m’a-t-il sifflé au visage d’un air dégoûté.

Je lui ai expliqué que les rêves et les cauchemars pouvaient être complètement délirants, comme celui que nous vivions à ce moment. Il a eu une expression éperdue, puis a tenté de s’échapper. Malheureusement pour lui, j’avais prévu la manœuvre et pensé à bien refermer la porte d’entrée à clef.

Bon sang... je ne savais même plus où j’allais le mettre, celui-là !

 

- 8 -

Ça y est, je sais comment me réveiller !

Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt, voilà le vrai mystère...

Les bouteilles de gaz sont toutes là, à mes pieds, et j’ai ouvert leurs robinets à fond. Dans les mains, j’ai une boite d’allumettes prête à servir. C’est enfantin, non ? Un petit grattage et boum, je me réveille !

Ah, encore dérangé par cette foutue sonnette ! J’aurais du l’arracher, celle-là...

C’est la Police, à ce que j’entends... et on dirait qu’ils savent que je suis là . Pas grave, on va fêter mon départ ensemble.

Même pas la peine de me déplacer, d’après les bruits je crois qu’ils enfoncent la porte. Tant mieux, car j’ai hâte de retrouver le réel.

— " Bienvenue, messieurs les policiers... mais entrez donc, je vous en prie ! "

Je compte jusqu’à trois.

1... 2...

 

Tous droits réservés par Franck Lefèvre © 02/09/1999


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