Lune Rouge

Jardel le Vampire

Sommaire => Français => Fantastique et S.F. => Textes

 

smiley Attention : ce texte peut choquer les personnes sensibles ! smiley

Jardel le Vampire

Damien Frenzel

 

Quand les derniers rayons du soleil disparurent à l’horizon, Jardel émergea de son cercueil, dont il referma soigneusement le couvercle en bois de chêne. Il sortit de la cave et monta les escaliers menant au salon de la maison qu’il occupait, dans un village de la banlieue de Paris. Il pénétra dans sa chambre et choisit dans sa penderie sa tenue préférée. Etant un fan de musique métal, Jardel portait souvent un jeans large retenu à la taille par une ceinture de tissu. Il enfila son pantalon puis revêtit un sweat-shirt à capuche. Il se regarda dans la glace. Parfait ! Son physique musclé semblait fait pour de tels vêtements. Il avait vingt deux ans au moment de sa transformation en vampire, il y avait vingt ans de cela. C’était un novice, mais il avait été transfiguré par un vampire très ancien, qui lui avait donné beaucoup de sang afin de le rendre fort. Il s’examina sous tous les angles. Il avait des cheveux bruns lui arrivant au menton. Il mesurait un mètre soixante quinze, une taille passe-partout. Ses yeux étaient d’un brun scintillant aux reflets gris. De beaux yeux de vampires. Comme il était assez jeune, pour un buveur de sang, il n’avait pas besoin de se maquiller ou de porter des gants, comme le faisaient les plus vieux pour masquer la teinte blanche de leur peau.

Jardel alla ensuite dans le salon, où il inséra l’album de son groupe préféré dans sa chaîne hi fi. Il monta le son. Il écouta durant une heure les chansons s’enchaîner. Il aimait la furie du chanteur, déblatérant ses paroles d’une voix grave et forte. Il s’imprégna du jeu formidable du batteur, alliant ses doubles pédales au bruit sec des tambours. Le son des guitares était saturé à souhait, les cordes des instruments déversant une avalanche de notes entraînantes ou tout simplement violentes.

Sepultura in our hearts
Can’t take away
These roots
Will always remain

La chanson tonitruante s’écrasait dans ses oreilles tel un bulldozer.

Quand il fut rassasié de musique, il sortit afin de se rassasier de sang. Il avait terriblement soif ce soir. Il sortit de sa petite maison et s’installa confortablement au volant de sa voiture. Il mit le contact et fit ronfler de moteur de sa Porsche noire. Il démarra et fonça à toute vitesse en direction de la capitale de la France, son terrain de chasse préféré. Arrivé à Paris, il gara sa voiture dans une rue sombre. Il alla à pied se promener sur les Champs Elysées. Comme d’habitude, les jeunes femmes lui lançaient des sourires séducteurs. Normal, le vampire à l’origine de sa transformation l’avait choisi sa beauté. Après s’être baladé quelques heures au milieu des humains pour simplement être parmis eux, les observer et lire dans leurs esprits, il s’enfonça dans des rues plus sombres. Il avait soif, il fallait qu’il se mette en quête d’une victime. Son choix se portait toujours sur les criminels, les gens mauvais, à l’instar de beaucoup de vampires. A Paris, les malfrats étaient légion, ce qui lui permettait de tuer chaque nuit au moins trois fois. Il repéra sa première proie en même temps qu’elle. C’était un grand homme d’une trentaine d’années. Jardel lut dans son esprit trois vols à main armée et quelques viols. Excellent pour commencer la soirée. Il continua à marcher tranquillement, attendant que son repas l’interpelle. Ce qu’il fit. Il n’eut même pas le temps de parler. A peine Jardel sentit une main sur son épaule qu’il fit volte face, acculant sa victime contre le mur et plongeant ses crocs dans sa gorge, là où la grosse artère battait. Le mortel essaya de se débattre, mais il ne pouvait écarter les bras durs comme de la pierre qui l’enserraient en une étreinte passionnelle. La première giclée de sang arriva dans la bouche de l’immortel. Humm. Il savoura le goût du sang, délicieusement chaud. Gardel but à petites gorgées, afin de faire durer au maximum le plaisir.

Quand enfin il eut vidé sa proie de tout son sang, il jeta le corps dans une benne à ordure. Le vampire fit tomber quelques gouttes de son sang sur la gorge du criminel, là où il avait planté ses crocs. Au contact du sang surnaturel, les traces de morsures disparurent.

Jardel rejoignit ensuite sa voiture. Il utilisa ses pouvoirs surnaturels afin de courir si vite qu’un œil humain n’eu put voir qu’une ombre en mouvement. Il détestait être dépendant d’un engin pour se déplacer, mais il n’était pas encore assez vieux pour pouvoir voler. Il décida d’aller faire un tour au bois de Boulogne. Il y avait toujours une prostituée dont il pouvait se repaître sans remords. Il en trouva une, justement, qui volait constamment ses clients, leur soutirant toujours jusqu’à leur moindre sou et bijou.

Il arrêta sa voiture à côté d’elle.

"- Je peux t’aider, chéri ? lui demanda-t-elle.

- Bien sûr que tu le peux, monte "

La prostituée, une grande blonde à la poitrine avantageuse à peine masquée, contourna la Porsche et s’assit à côté de Jardel. Celui-ci démarra prestement, conduisant la voleuse là où il connaîtrait l’extase et elle la mord.

Il se gara devant un petit hôtel qui lui parut charmant. Il paya à la réception pour une nuit dans une chambre " couple . Le vampire prit la clé et se dirigea vers le numéro de la porte indiqué sur sa clé. Arrivés dans la chambre, Jardel s’assit sur le lit.

"- Bon, qu’est ce que je te fais, mon ange ? demanda la prostituée.

- Fais-moi le plus cher.

- Si tu veux la totale, payes d’abord. "

Jardel sortit de sa poche une liasse de billets de cent euros qu’il posa à côté de lui sur le lit

" Viens ici " ordonna le vampire à la mortelle. 

La jeune femme, qui devait avoir une vingtaine d’années, allongea Jardel sur le lit et vint se coucher sur lui. L’odeur de son sang lui monta aux narines. Il l’embrassa dans le cou. Il pressa ses lèvres sur la gorge de la prostituée, puis enfonça ses crocs dans sa chair. La femme eut un petit cri de surprise et chercha à s’enlever. Mais c’était trop tard. Jardel la retourna et se coucha sur elle, scellant ainsi son destin. Il but avidement cette fois ci, les images de la vie de sa victime défilant rapidement dans sa tête. En quelques secondes, il sut tout de sa proie. Les longues gorgées de sang qui descendaient dans sa trachée emportaient avec elles toute la vie de cette jeune mortelle.

Quand il lui eut soutiré sa dernière parcelle de vie, il se releva, et chancela quelques peu sous l’effet du sang se répandant dans tout son corps. Cette fois-ci, pas question d’abandonner le corps dans une poubelle, l’hôtel où il se trouvait étant trop proche du centre ville. Jardel prit la prostitué morte dans ses bras, ouvrit la porte-fenêtre de la chambre et sortit sur le petit balcon. L’hôtel comportait quatre étages et le vampire se trouvait au deuxième.

Il plia les jambes, puis, grâce à sa force vampirique, réalisa un bond de vingt mètres pour atterrir sur le toit de l’hôtel. Il cacha le corps sous une toile de plastique bleu, puis redescendit dans sa chambre. Il récupéra son argent, ressortit sur le balcon, puis se laissa tomber jusqu’à terre. Il n’était pas repassé par le hall de l’hôtel. Le réceptionniste aurait sûrement trouvé étrange que Jardel arrive en compagnie d’une jeune femme, puis ressorte seul au bout de quelques minutes alors qu’il avait réservé la chambre pour une nuit.

Il était deux heures du matin. Rassasié pour ce soir, Jardel décida d’aller se défouler un peu. Une de ses occupations favorites était d’aller dans les bars les plus mal famés afin de provoquer une bagarre. Il aimait les bonnes bagarres. Cela lui permettait d’apprécier au maximum sa force surnaturelle.

Il remonta dans sa voiture puis se dirigea vers un endroit qu’il avait repéré quelques nuits auparavant.

Il entra dans le bar Au Bon Coin sans que personne ne le remarque. La lumière était tamisée, l’atmosphère enfumée aux senteurs de cigare et de bière. Il alla s’asseoir au comptoir et commanda un café chaud.

Jardel se retourna et observa attentivement la salle. Au fond se jouait une partie de billard. Le buveur de sang se dit que c’était un bon moyen de déclencher une rixe. Laissant son café, il se dirigea vers les joueurs de billard au fond de la salle. Il s’approcha des hommes et demanda s’il pouvait jouer avec eux.

"- T’es fort ? lui demanda un grand brun mal rasé.

- Je sais un peu jouer, mentit Jardel, qui était excellent au billard.

- Mais on joue pour de l’argent, ça te va ?

- Pas de problème, quelle est la mise de départ ?

- Vingt euros la partie, lui annonça un autre homme, assez petit et enveloppé.

- D’accord, lui répondit le vampire en sortant un billet de vingt euros pour le poser sur le coin de la table de billard. "

Jardel prit une queue de billard et écouta attentivement les règles, qu’il connaissait déjà pour une partie à quatre.

Les trois autres joueurs se débrouillaient bien, cependant, il aurait pu les battre haut la main. Mais il fit exprès de perdre la première partie, puis la deuxième, se faisant soutirer quarante euros.

Il proposa d’augmenter la mise des paris.

"-Eh, tu veux qu’on te plume ou quoi ? Lui lança l’homme mal rasé.

- Je viens de perdre, alors j’aimerais bien me refaire.

- Qu’est-ce que tu dis de cinquante euros la partie ?

- Et pourquoi pas cent euros la partie ? répondit le vampire, le plus innocemment du monde.

- Tu veux vraiment te faire plumer, toi. Si tu veux mon avis, t’arrivera à rien avec tes deux mains gauches. "

Les deux autres joueurs et trois hommes qui observaient la partie pouffèrent de rire.

" -De quoi tu te plains, t’as pas envie de ramasser mon argent ?

- Comme tu voudras, mon poussin, c’est toi qui vois. "

Jardel gagna les quatre parties suivantes, ramassant mille deux cent euros. A sa cinquième victoire, l’homme barbu cassa en deux sa queue de billard et colla le vampire au mur, qui se laissa faire alors qu’il aurait pu lui briser les deux bras.

" -T’as menti, enfoiré ! Viens dehors avec moi, on verra si tu garde ton sourire ! 

- Quoi ? J’ai gagné dans les règles. Maintenant, si tu crois que tu te débrouilles mieux avec tes poings... "

Jardel précéda le perdant et ses cinq acolytes jusqu’à l’extérieur du bar. Il les suivit ensuite dans une petite ruelle sombre, à quelques pas de là.

Parfait ! Se dit-il, Un contre six, ça devient intéressant.

Celui qui avait collé Jardel au mur retroussa ses manches et se mit dans une position de boxeur. Le vampire l’étudia attentivement. Il était grand, très musclé, et transpirait abondamment. Au lieu de se mettre dans une posture de combat similaire, le buveur de sang laissa ses bras le long du corps et fit signe à son adversaire d’approcher.

La réaction de celui-ci ne se fit pas attendre. Il s’avança et décrocha une droite vers la figure de Jardel...qui esquiva avec une surprenante facilité. L’homme en face de lui, voyant qu’aucune contre-attaque ne venait, envoya une série de coups vers le visage et les côtes du vampire. Jardel esquiva encore, s’abaissant, se tournant à droite, à gauche ou faisant un pas de côté. Son adversaire, déconcerté, revint à l’assaut, plus rapidement cette fois. Les autres hommes observaient la scène, faisant cercle autour des combattants. Cette fois ci, l’immortel para tous les coups, et termina en lançant son poing gauche dans le ventre de l’humain. La puissance du coup envoya s’écraser l’homme contre le mur, à trois mètres de là. A cet instant, les cinq autres mortels, jusqu’à maintenant passifs, se jetèrent sur Jardel afin de venger leur ami, qui avait peine à se relever. Le vampire bougea si vite qu’il put détourner cinq coups en même temps. Il fit un saut périeux et se retrouva derrière ses opposants. Il entreprit alors de les mettre à terre un par un. Il s’accroupit et balaya les jambes du premier à se retourner vers lui. L’homme s’étala de tout son long. Les quatre autres lui sautèrent dessus...et refermèrent leurs bras sur du vide. Ils regardèrent autours d’eux et virent Jardel qui les attendaient à cinq mètres de là. Cette fois, il les prendrait un par un. Complètement fous de rage, ses adversaires coururent vers lui. Il enfonça son genou dans le ventre du premier à arriver sur lui. Le deuxième lui lança une droite qu’il para pour ensuite donner un coup de pied derrière la rotule du mortel, le forçant à tomber à genoux. Jardel n’eu plus qu’à abattre son avant bras sur la nuque de l’humain, qui s’affaissa sur le sol. Les deux derniers arrivèrent en même temps. Le vampire les pris chacun par le cou, les soulevant de terre. Il les projeta tous deux contre le mur, à coté de leur acolyte, qui était maintenant debout, armé d’un canif. Jardel attendit que l’homme approche. Celui-ci tenta d’atteindre la gorge du vampire avec sa lame. Le buveur de sang passa son bras sous celui du mortel puis lui aggripa le biceps. Il força le canif à éviter son cou d’une dizaine de centimètres. A ce moment là, l’humain qui avait reçu le coup de genou dans le ventre enfonça son poing gauche dans les côtes de Jardel. L’immortel se retourna prestement, envoyant son coude dans la tempe de l’homme qui s’écroula, inconscient. Jardel sentit soudain le canif du mortel dont il s’occupait entailler la chair de son cou. Il fit volte face. Le grand barbu le regardait, attendant sûrement que Jardel tombe à terre, la gorge à demi tranchée. Cependant, la blessure se résorba, jusqu’à disparaître complètement. L’humain recula, décontenancé par ce qu’il venait de voir. Jardel ne pouvait le laisser vivre. Il s’avança vers lui, lui agrippa la tête à deux mains puis la fit pivoter sur son cou jusqu’à ce que les vertèbres de l’homme cèdent dans un craquement sourd. Le corps s’écroula.

Le vampire regarda autour de lui. Un homme mort et cinq assommés. Ses pouvoirs surnaturels l’avaient encore étonné, ce soir. Cette bagarre avait ravivé sa soif.

Laissant le cadavre et les humains inconscients derrière lui, Jardel reparti vers le centre ville, en quête d’une dernière victime avant de rentrer chez lui. Il trouva sa proie une heure et demi plus tard. Alors qu’il marchait tranquillement sur le quai du métro, son esprit capta la plainte muette d’un clochard malade.

Seigneur, achevez mes souffrances, j’ai froid, j’ai mal, je veux mourir, je veux mourir.

Jardel se dirigea vers la source de cet appel, et la trouva, au coin d’un couloir, enveloppé de guenilles. Le clochard étai couché sur une vieille couverture grise. Il avait environ soixante dix ans et portait un bonnet noir, un manteau brun crasseux et un pantalon bleu foncé à carreaux. Le vampire observa les joues creuses du vieillard, sa peau plus claire qu’elle ne devrait l’être, et son front où perlaient des gouttes de sueur. Le vieil homme avait sans aucun doute une grippe sérieuse. Cela ajouté à sa sous-alimentation apparente, Jardel ne lui donnait pas une semaine. Le buveur de sang se mit à genoux près du clochard et lui caressa la joue.

" -Vous êtes là pour moi ? Demanda l’homme d’une voix faible.

- Oui, lui répondit l’immortel, je suis venu abréger vos souffrances. Laissez moi faire. "

Jardel fit s’asseoir le sans-abri, lui posa les mains sur les épaules, et mordit dans la chair de son cou. Le vieillard se raidit mais ne tenta pas d’échapper à l’étreinte du vampire, qui déchira son artère avec ses crocs. Encore une fois, le sang se répandit dans la bouche et sur la langue de Jardel. Il en apprécia chaque gorgée, voyant défiler la longue vie de sa victime dans sa tête. Quand enfin il entendit le cœur s’arrêter de battre, il relâcha le vieil homme. Jardel refit couler son sang sur la gorge du cadavre afin d’effacer toute trace de morsure, puis enveloppa soigneusement le corps dans la couverture grise.

Voilà, se dit-il, un clochard de plus décédé à Paris. Rien d’exceptionnel.

Le vampire laissa le sang brûlant irriguer toutes les veines de son corps, puis se dirigea en courant aussi vite qu’il le pouvait vers sa voiture afin de rentrer chez lui. Il était déjà cinq heures du matin.

Il arrêta le moteur de son bolide, sortit puis referma la portière. Il activa l’alarme et marcha d’un pas tranquille vers sa petite maison. Il entra comme il était sorti, pas la porte de derrière. Jardel alla s’allonger sur son canapé et se mit à pleurer.

Une nuit de plus, pensa-t-il, une nuit à rajouter aux milliers qui sont déjà passées. Et une nuit précédant les milliers qui m’attendent.

Ses larmes de sang ruisselaient le long de ses joues, tachant de rouge le coussin contre lequel il pressait son visage.

Jardel se leva péniblement et descendit d’un pas lourd les marches menant à sa cave, à sa crypte.

Il fit glisser le couvercle en bois de chêne de son cercueil puis s’allongea à l’intérieur. Il referma enfin le couvercle, confortablement installé dans son lit de vampire.

Quand les premiers rayons du soleil apparurent à l’horizon, Jardel le vampire dormait profondément d’un sommeil sans rêves.

 

Texte © : Damien FRENZEL.


A vous de jouer !

Vous pouvez vous aussi présenter vos oeuvres dans nos pages. Envoyez votre texte ou des photos de vos oeuvres par courriel au webmestre. Nous la présenterons gratuitement dans notre galerie. Seules conditions : vous devez être l'auteur de l'oeuvre et celle-ci doit avoir un rapport avec le Fantastique, la Science-Fiction ou l'Horreur.

Pour nous contacter, envoyez un courriel au webmestre. Copyright ©
Lune Rouge