Lune Rouge

Etoile en fuite

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Etoile en fuite

 

FeuFeu

 

- Il ne faut pas confondre les satellites avec les étoiles filantes.

- Mais, Papet, c’est quoi la différence ? s’inquiète Ranu.

Calmement, Shila explique à son petit-fils préféré :

- Tu vois le point lumineux entre Rigel et Betelgeuse ?

- Là, tout droit ? Oui, Papet.

- Il brille et se déplace régulièrement.

- Oui, je le vois.

- Et bien, ce n’est pas une étoile qui bouge ! C’est un satellite. Un engin artificiel qui tourne autour de nous. Demain, si on avait de la chance, on pourrait le revoir pratiquement au même endroit

- C’est de la magie, Papet, une étoile qui bouge !

- Non, petit mécréant, c’est de la mécanique. Il nous suffit de comprendre les lois de l’univers pour y arriver.

- Et les étoiles filantes, alors ?

- Rien à voir, tu sais. Ce sont des bouts de rocher, de glace, de métal qui entrent dans notre atmosphère et s’y consument rapidement.

- C’est pour ça qu’elles s’éteignent ?

- Oui, quand il n’y a plus rien à brûler, ça s’éteint.

- Ah !

- Mais parfois, les cailloux sont tellement gros qu’ils arrivent jusqu’au sol. La plupart tombe dans la mer. Quelquefois, on en retrouve sur terre : les météorites.

- Tu en as trouvé, toi, Papet ?

- Si tu veux, je vais te raconter ce qui m’est arrivé une nuit, pas très loin d’ici.

Ranu s’installe confortablement pour écouter l’histoire de son grand-père qu’il adore.

- Un soir, en plein été, je m’étais allongé sur ce plateau pour observer tranquillement les étoiles filantes. J’avais de la chance :ciel dégagé, pas trop chaud, pas trop froid. Une pluie de météorites comme je n’en avais encore jamais vu. Toutes plus belles les unes que les autres. Et puis une qui dure, qui dure. Ma parole, elle ne va pas continuer comme ça ! Mais si. Si ! C’est la chance de ma vie ! Je suis la trajectoire et m’aperçois qu’elle n’a pas dû tomber trop loin derrière la colline au bout du plateau. J’étais jeune, insouciant, je me suis mis en tête de trouver cette pierre des étoiles. J’ai marché, marché, marché. Arrivé au site probable de la chute, j’ai commencé à chercher un caillou spécial, encore chaud. Et puis, au détour d’un buisson, le choc de ma vie !

- Quoi, Papet, quoi ?

- Tu ne me croiras jamais : une espèce d’avion brillant. Une impression de légèreté, de fragilité mais aussi de puissance et de résistance à la fois. Comme si des fées avaient construit un avion de guerre.

- Ooohhh !

- C’est exactement ce que j’ai dit. Surtout que la verrière s’est ouverte.

- Tu ne t’es pas enfui ?

- Je n’y ai même pas pensé. J’étais fasciné par ce que je voyais. Un croisement de chat, femme et oiseau est descendu de l’appareil.

- Drôle de mélange, commente Ranu, goguenard.

- Ne te moque pas ! Je n’ai rien vu de plus merveilleux, une femme à fourrure courte, oreilles pointues, de longues plumes en guise de cheveux, je ne sais mieux la décrire. Et sa façon de bouger : la grâce incarnée. J’en ai encore des frissons.

 Nous nous sommes longuement observés avant de tenter quoi que ce soit. Je dois dire qu’elle a vite repris son aplomb. Elle a gazouillé une question incompréhensible. Voyant mon manque de réaction, elle est retournée prendre quelque chose dans son vaisseau. Je n’ai pas tardé à comprendre ce que c’était puisqu’elle me l’a immédiatement posé sur la tête. Et j’ai entendu ses pensées ! Effrayant et captivant comme expérience. Les mots servaient à focaliser l’esprit sur un sujet à la fois. Elle a répété sa question :

- Où pourrais-je trouver du Berraol ?

Ma stupeur devait se lire parce qu’elle a expliqué en montrant l’astronef :

- Pour le faire marcher !

- Je veux bien mais quel carburant vous faut-il ?

- Du Berraol, bien sûr ! Où. répète-t-elle, excitée.

 Constatant que les mots ne serviraient à rien, j’ai rassemblé mes souvenirs de chimie pour visualiser une molécule de butane. Etant donné qu’elle respire de l’oxygène, son moteur marche peut-être comme les nôtres en brûlant des hydrocarbures. Après des heures d’échanges d’images mentales, j’ai enfin réalisé qu’elle respirait de l’azote et que son carburant ressemblerait plus à un métal en fusion qu’à un gaz.

- Bien, on progresse. Il ne nous reste plus qu’à deviner quel métal. Blanc ? Jaune ? Rouge ?

- Jaune, certaines formes sont bleues ou vertes

- Ca devrait être du cuivre.

 Nous nous sommes mis en route vers la maison. Le jour se levait. Pas une âme qui vive alentour pour nous voir. Les autres membres de la tribu occupés aux champs ou partis en ville. Je ne sais pas pourquoi, je ne voulais partager ma rencontre avec quiconque. Pendant que nous marchions, Torec me racontait d’où elle venait, pourquoi elle était là, me demandait mille détails sur notre monde. Rien de plus agréable que de se sentir compris à demi-mot, de partager des pensées, de découvrir de nouvelles planètes, d’autres cultures riches de différences. Son peuple est agressif et conquiert de nouveaux territoires par la force. Mais Torec est pacifique. Elle a été enrôlée contre son gré et ne se bat que pour survivre. Elle rentrera chez elle en masquant son point de départ. Elle racontera qu’elle a trouvé son cuivre dans les débris d’un chasseur errant après la battaille.

 Je lui explique que j’irai seul collecter le précieux métal. Ainsi dit, ainsi fait, j’ai chipé discrètement un rouleau électrique à P’pa et la casserole à confitures de M’man pour faire bonne mesure. Je l’ai rejointe et elle s’est montrée ravie de mon trésor.

 Nous avons passé la journée dans une clairière à éplucher le câble et compacter le confiturier, tout en continuant à échanger des représentations mentales. L’heure de la séparation fut difficile tant nous nous sentions proche l’un de l’autre. Elle m’offrit son collier d’obsidienne avant de décoller et partir à jamais vers cette étoile, au pied d’Orion.

- Tu me fais marcher, Papet. Elle est très belle ton histoire. Comme toujours.

- Rentrons Ranu, il se fait tard, dit Shila en poussant son petit-fils sur le chemin du retour.

Pensivement, il caresse le bijou sous sa tunique.

 

Texte © : FeuFeu.


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