Lune Rouge

TRAPEZAS Franck

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Confession

Franck Trapezas

 

Assis, sur un petit rocher en forme de table, j’écris. Ma main tremble. Depuis bien longtemps mes souvenirs sont confus. J’ai toujours évité d’évoquer cette effroyable histoire dans mes innombrables lettres.

Mais arrivant à l’hivers de ma vie, je me devais de laisser une trace de mon passé, afin d’expliquer le comment et le pourquoi aux générations futures.

A l’heure où j’écris cette histoire, il m’est impossible de savoir si mon testament sera lu un jour !

Tant pis, il le faut.

Alors que je commençais à coucher sur une feuille blanche mon histoire, un petit lézard vert argenté vint s’asseoir à mes côtés. Amicalement, il leva la tête, me regardant de ses yeux globuleux. Il donnait l’impression de me poser la question à laquelle aujourd’hui, avec du recul, il m’est impossible de répondre.

"POUQUOI" ?

Si j’ai exécuté ces ordres - je ne cherche pas à me justifier - c’est que je voulais la respectablilité de mon peuple. Jamais pendant ma mission, je ne me suis demandé si cela éait bien ou mal. Les ordres. Toujours les ordres. Rien que les ordres.

Tout débuta le premier Janvier 2001. Ils venaient de fêter leur troisième millénaire, dans la joie et l’assurance qu’une vie peut parfois apporter lorsqu’ elle est généreuse envers son prochain. Tout le monde était là, à mes pieds. Il étaient tellement occupés à s’amuser, qu’ils n’ont même pas détecté mon entrée sur leur territoire, si vaste, mais à présent si ...

J’arrête d’écrire. Je pense aux cinquante années passées dans cet endroit étendument vide. Seules les bêtes sont là, me rappelant, jour après jour, ce que la bêtise et la grandeur d’un peuple peuvent parfois infliger au plus faibles d’entre-eux. Bien entendu, ils ne me disent rien, mais je sais qu’ils me remercient de les avoir délivrés de leurs maîtres, leurs bourreaux.

Me revoilà parti dans ma nostalgie. C’est tout ce qui me reste à présent, mais elle ne vous reconnaît jamais. Quel jour sommes-nous ? Après tout, quelle différence, seules les années comptent. Cinquante ans. En observant de nouveau autour de moi, je ne vois rien. Seule une petite colonie d’oiseaux vient s’abriter sous les tuiles en ardoise du château. Ses grosses pierres dorment depuis des sciècles, cachées dans une luxuriante végétation. L’orage arrive. Je le sens venir. L’odeur de la terre s’est transformée en un enivrant parfun. J’adore cette sensation de calme avant la tempête. Comme le petit lézard, les oiseaux semblent me demander dans un dialecte qu’eux seuls peuvent comprendre :

"POUQUOI" ?

Quand j’ai commencé à faire mon travail, il ne s’agissait, ni plus ni moins, que d’un nettoyage. Il fallait le faire. Je devais le faire. J’avais l’ordre de le faire. Ils avaient compris qui nous étions. Mon Dieu, cinquante ans, cinquante ans que je ne dors plus, par peur de fermer les yeux et de revivre encore et encore ma mission. Ils avaient dit que ce serait facile, que je ne me souviendrais de rien après quelques années, mais cinquante ans plus tard, je les entends encore hurler, torturer ma vie à tout jamais. La pluie commence à tomber, inégalement sur le sol humide du petit jardin. Je recommence à revoir leurs visages sclérosés par la peur, leurs expressions du dernier instant. Leurs regards avant de mourir. Le plus dur fut d’affronter les petits. Ils avaient, dans leurs yeux, une interrogation que les adultes n’avaient pas. Eux désiraient comprendre pourquoi j’allais briser leur jeune vie. Jamais je n’eus de réponses.

Jamais je n’en aurai. Il falais le faire. Je l’ai fait. six mois, pendant tout ce temps, j’ai tué exterminé, rayé de la face du monde cette espèce. Ils savaient qui nous étions. La pluie redouble de violence, à chaque coup de tonnerre.

Marchant sous une pluie d’automne, chaque crépitement de gouttes d’eau tombant sur le sol inégal, me rappelle les atroces cris de ces êtres dont j’ai ôté la vie. Une fois, ma mission achevée, je pensais, à juste titre, recevoir les honneurs. j’avais fait le sale boulot.

J’avais suivit les ordres. J’était un héros Héros, ils avaient dit, que j’en serais un en entrant chez moi Cinquante ans que je n’ai pas revu ma famille. Je ne me rappelle même plus le visage de ma pauvre femme Je suis mort le jour où ils m’ont laissé ici La pluie s’est à présent arrêtée, faisint naître à mes pieds, un arc en ciel. Mon esprit recommence à vagabonder dans mes souvenirs guerriers Six mois, il m’a fallu tout ce temps, afin de parcourir ce vaste territoire Escaladant chaque continent, explorant les océans. Ils avaient une valeur inestimable dans les mains. Mais ils étaient si stupides qu’ils ne s’en rendaient même plus compte. D’une certaine façon, je les ai sauvés d’eux-même. Mon Dieu, cinquante and que je vis seul, sur cette terre, sans jamais voir un autre visage, une personne à qui parler. Ils m’ont abandonné dans ce cimetière, au millieu de nulle part. Ils se sont joués de moi, pour arrivé à leur fin. C’est étrange comme la peur des autres peut parfois faire faire des choses auxquelles on ne pense qu’après les avoir exécutées. Toute ma vie et par-delà la mort, je resterai dans les livres d’histoire, celui qui extermina une race. Une espèce, technologiquement inférieure à la nôtre, mais qui commençait à découvrir, comprendre et savoir trop de choses sur son passé et futur. Il leur fallait un chasseur, j’étais celui-ci. Un petit vent vint balayer les nuages au-dessus de ma tête. Une petite étoile, qu’ils appelaient soleil, commençait à renaître sous mes yeux plein de larmes. pourquoi ai-je tué ces êtres qui ne demandaient qu’à vivre ?

Ils étaient sur le point de connaître la vérité sur leur origine. Mais voilà, j’ai exterminé des innocents qui pouvaient exprimer la sensibilité, la bonté et la charité.

Ces individus du passé s’appelaient homme. Le beau temps réapparut enfin dans les plaines de Dublin. la colonie d’oiseaux s’envola en quête de nouveau rivage, me laissant seul face au château en ruine. Reprenant ma place sur le petit rocher en forme de table, je continuai ma lettre, mon testament.

 

Texte © : Franck Trapezas.

 

Retrouvez d’autres nouvelles de Franck Trapezas et de Danièle Patoux dans leur recueil  :

"Les oubliés du temps" aux editions Zoe.

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