Lune Rouge

LANG John

Sommaire => Français => Fantastique et S.F. => Textes

 

Textes John "Pen of Chaos" Lang :

smiley Attention : ce texte peut choquer les personnes sensibles ! smiley

Dossier 4.1

John "Pen of Chaos" Lang

Bertrand masse son crâne endolori. Ses doigts rencontrent une croûte surmontant une intumescence en haut de sa nuque, son bras amolli retombe sur le béton brut. Il ferme les yeux pour rassembler ses idées, et prend une position un peu plus confortable.

Primo : Qu’est-ce qu’il fout là ? Il avait rendez-vous avec un type respectable pour un entretien professionnel, un travail qui consisterait à assister un chercheur dans une étude basée sur les rats. Après avoir attendu quelques minutes dans un grand local bien propre, il avait gravit quelques marches vers un bureau " 24T " et avait senti une odeur douce, puis avait chuté en arrière.

Secundo : Où est-il ? Il se trouve dans une petite pièce de quelques mètres carrés, sans aucun meuble, fermée par une grosse porte de métal et dans laquelle on a déposé un seau. Aucun bruit ne lui parvient. Un minuscule soupirail au ras du plafond, bloqué par une grille, dispense une lueur fade sur les murs inestétiques.

Tertio : Quel faire ? Attendre...

Bertrand Layeu est un de ceux qui cherchent toujours à voir au-delà du problème avant de le résoudre. Il anticipe, calcule, soupèse avec une logique implacable et excelle dans l’art de soutenir une discussion au centre d’un raisonnement sans faille. Après quelques études en biologie, en physique, en chimie et en lettres, avortées bien avant terme pour " incompatibilité de caractère avec le personnel enseignant

", il saute d’un job à un autre avec une aisance de fauve. Sa réputation n’est plus à faire dans le milieu scientifique de Montpellier, et les pros de la recherche aiment travailler avec lui, même lorsque ses connaissances sont insuffisantes.

Il dresse l’oreille, car un bruit répercuté par l’écho du couloir vient de lui parvenir. C’est celui d’un chariot à roulette qu’on tire. Quelques pas nerveux suivent, puis plus rien.

Le problème, actuellement, est qu’il n’y a rien à faire. C’est après un rapide examen de la porte que Bertrand en est convaincu : elle est épaisse et sans serrure, fermée de l’extérieur apparemment par une barre de fer transversale. Le soupirail, quant à lui, est trop haut et trop petit. De plus, il ne sert probablement à rien d’hurler, car personne n’est assez stupide pour enfermer quelqu’un près d’une habitation. Donc, attendre...

Fort de cet examen des lieux, Layeu se laisse glisser dos au mur jusqu’au sol, et reste assis à méditer. Il se convainc de penser à autre chose qu’à sa situation actuelle, car il n’a que très peu d’éléments pour analyser.

Il fixe ainsi son esprit sur un débat, visionné la veille (ou peut-être il y a deux jours : il ignore combien de temps a duré son inconscience car sa montre a disparu) où plusieurs éminents sociologues devisaient sur le problème du chômage et de la crise en général. Leurs idées sont, sous des dehors différents, à peu près toujours les mêmes : on avance à très petits pas vers des solutions qui entraînent d’autres problèmes et il faut choisir entre mauvais choix ou stagnation à dominante négative. On crie au scandale lorsqu’un illuminé trouve une solution dont les principes sont immoraux, alors même que la société est immorale. Pour Bertrand, le problème reste, avant tout, l’être humain... Quand il devient manifeste que l’être humain est en trop sur la planète, les solutions sont forcément désagréables à envisager. En cette année 1998, tout ne fait qu’empirer chaque mois, la surpopulation s’annonce dans les statistiques prévisionnelles pour les dix années à venir. Le réchauffement de la planète a été accéléré par diverses catastrophes dues à la négligence. Malgré cela, la vie suit son cours comme si de rien n’était, le progrès fait son chemin en emportant avec lui chaque jour un peu de la Terre. Triste avenir qui s’annonce, avec comme choix un contrôle des naissance ou une avancée de la mort (la science a permis d’avancer les espérances de vies jusqu’à 90 ans pour les femmes et 87 ans pour les hommes). Chacun se masque la vérité pourtant, et les dirigeants des plus grands pays continuent leurs affaires mesquines en pensant aux mois prochains, mais jamais aux siècles à venir.

Un bruit de pas. Le même que tout à l’heure, accompagné d’un fredonnement du Boléro de Ravel qui semble coller au rhytme des chaussures. Il se rapproche.

Bertrand se lève, et tente de se calmer. Ne pas crier, ne pas taper dans la porte.

Les pas stoppent devant la porte de fer, et un frottement métallique se fait entendre. La porte joue sur ses gonds, vers l’intérieur.

- Haaa ! Jeune homme, je suis confus !

La silhouette qui s’encadre dans l’ouverture est banale. C’est un scientifique, ni gros ni maigre, ni vieux ni jeune, avec l’air de débarquer de Vénus. Des cheveux clairsemés, vestiges du port d’une panoplie de chirurgien, agrémentent un visage quelque peu ingrat sur lequel on ne peut rien lire.

- Mes plus plates excuses, vous êtes victime d’un malentendu !

- Un malentendu dans un cachot ? raille Bertrand, un rictus animal aux commissures.

- C’est effectivement une espèce de cachot, reprend l’homme après avoir toussoté, mais vous ne devriez pas y être. Mon gardien vous a pris pour un voleur, car je ne l’avais pas prévenu de notre rendez-vous, que j’avais oublié. Je suis le docteur Tzentch. Je viens juste de revenir d’un voyage, et j’ai accouru pour vous délivrer.

Le type à blouse reprend son souffre, attendant de voir sur le visage de son interlocuteur une réaction de soulagement. Mais niet, le jeune homme reste impassible et lache simplement :

- C’est faux.

- Comment ? articule le mec banal, visiblement interloqué.

- Vous êtes venu il y a environ une heure, j’ai entendu votre pas.

" Prend ça dans ta gueule, vieux con " pense Layeu tandis que Tzentch avale sa pilule.

Un court silence se fait, pendant lequel chacun rumine.

- Bon, c’est vrai, je suis venu. Chuchote l’homme. Il fallait que je me change avant de venir vous voir. Vous me suivez ?

- Ça baigne.

" A charge de revanche... "

 

Les deux hommes empruntent le couloir dallé de plastique crème, éclairé au néon. Quelques portes fermées portent des étiquettes étranges, comme " Delta positif ". Des annotations qui ne riment sûrement à rien mais qui font " style science ". Le trajet se termine alors qu’ils pénètrent dans un bureau, où deux sièges en cuir président reçoivent leurs séants. Tzentch repousse un dossier vert et pose ses doigts sur son sous-main carte du monde, puis joue avec son coupe-papier en lorgnant Bertrand.

- Nous allons travailler ensemble. dit-il finalement.

- Il faudrait avant tout m’expliquer ce cirque... rétorque l’autre en désignant du menton la fenêtre étroite (on y voit une campagne verdoyante) J’étais en ville avant de me réveiller dans votre cave.

Le savant est visiblement satisfait.

" Soit il est givré, soit c’est moi... " médite Layeu.

- C’est parfait, ce que vous pouvez être perspicace. Je crois que les expériences vont se dérouler au mieux. Une petite question : dites-moi, en trois mots, ce que vous pensez du monde et de son avenir.

Bertrand ne réfléchit pas longtemps :

- TAS-DE-MERDE.

Tzentch agrandit son sourire :

- Vous êtes bien tel qu’on me l’a dit. Si ça ne vous dérange pas, nous allons commencer demain.

- J’aimerai bien savoir avant de quoi il s’agit. Travailler bêtement ne donne rien de bon...

- J’y viens. confirme Tzentch en croisant les doigts devant son nez. Nos labos ont semble-t-il trouvé un moyen d’éliminer pour de bon la vermine sur cette terre. J’attends de vous que vous confirmiez cette thèse.

- Une thèse et de la vermine ?

Le savant pose ses lunettes et empoigne un petit boîtier, puis fixe le jeune homme :

- Les rats.

 

Opérateur Tzentch, rapport du 10.02.1998 - 17h00

Préparation pour première session d’expériences sur la personne de

LAYEU, Bertrand, né à Toulouse le 12.06.1974 voir dossier 4.1

Sujet présentant les caractéristiques les plus négatives concernant première partie  :

- Vivacité d’esprit, logique, sens de l’observation, facultés d’adaptation, calme.

Caractéristiques positives pour deuxième partie :

- Lucidité face à son environnement, pas de principes moraux, réactions rapides.

Premier enregistrement prévu pour 19h30

 

Bertrand reprend ses esprits. Il se souvient après quelques secondes de la douleur affreuse ressentie quand Tzentch avait appuyé sur un bouton de son boitier. Un pincement ignoble, à l’intérieur de son crâne. La sensation est toujours là, mais pratiquement indolore, comme si elle subsistait seulement dans sa mémoire.

Il lui est impossible de bouger. Des sangles de cuir le maintiennent sur un gros fauteuil robuste, un fauteuil compliqué mais confortable, avec boutons et fils qui dépassent. Des électrodes sont fixées à la peau de Bertrand, qui partent en faisceau vers un trou du mur. Ce dispositif se trouve dans une pièce d’une dizaine de mètres de long sur trois de large, et des éclairages indirects sont installés aux angles des murs, qui donnent un tein jaunâtre aux surfaces blanches immaculées. A part ça, Layeu ne distingue rien. Il faut dire que sa position ne lui permet qu’une vision restreinte, et son angle de vision semble dirigé vers un grand écran de projection qui s’appuie sur le mur du fond.

Bertrand fait fonctionner ses neurones, pour compenser l’inaction de ses membres. Tout d’abord, il se révèle évident qu’on va le forcer à regarder quelque chose ; c’est assez stupide, car il lui suffit de fermer les yeux pour échapper aux visions. C’est donc un point obscur, cette immobilité. Peut-être que Tzentch est seul et qu’il est obligé d’avoir recours à cela pour faire tenir son captif en place. Le savant, lui, a l’air sain d’esprit, si on fait abstraction de cet air un peu allumé qui caractérise les scientifiques de haut niveau. Il va donc réellement faire une expérience, et non pas se livrer à un jeu sadique (bien que cela soit souvent la même chose). Un autre élément serait cette histoire de rats et de vermine qui infestent la planète. Pour l’instant, aucun rapport.

Les lumières baissent, tandis qu’une voix retentit dans deux haut-parleurs juchés de chaque côté du fauteuil. Une voix qui est celle de Tzentch, mais déformée par un circuit audio amateur, et certainement pré-enregistrée.

- Première leçon de choses. Ne dites rien. Tenez vous face à l’écran...

" Ridicule... " pense Layeu en essayant de bouger.

... et regardez bien ce qui va suivre. Des questions vont être posées, et toute mauvaise réponse sera sanctionnée.

Le projecteur émet un chuintement, et le carré de lumière s’inscrit, suivi d’images de qualité médiocre. Ce sont des enfants qui jouent dans un bac à sable, qui rient et se roulent par terre. Au bout de trente secondes, la voix retentit de nouveau, mais cette fois elle n’est pas enregistrée :

- Vous avez sous les doigts des boutons. Celui de l’index gauche est Oui, celui de l’index droit est Non. Maintenant, pressez oui.

Bertrand exécute, voulant voir où ça mène.

- Bien ! Maintenant, pressez non.

CLIC ! (non)

- Bien ! Première question : voyez-vous bien l’écran ?

CLIC ! (oui)

- Parfait ! Voyez-vous des enfants à l’écran ?

CLIC ! (oui)

- Faux ! Sanction !

Layeu reçoit à l’intérieur de son cerveau une onde douloureuse, qui lui fait serrer les dents.

" J’ai du me tromper de bouton en pensant à autre chose... "

- Voyez-vous des enfants à l’écran ?

CLIC ! (oui)

- Faux ! Sanction !

Grimaçant sous la pression cérébrale, Bertrand contrevient à toutes règles :

- Hey ! Vous commencez à me courir avec votre jeu de merde ! J’ai appuyé sur le bon bouton !

- Intervention verbale ! Sanction !

Douleur.

- Bon, assez joué au trouduc maintenant ! On stoppe !

- Intervention verbale ! Sanction !

La voix est enregistrée, maintenant Bertrand en est sûr. C’est un système automatique qui lui pose toutes ces questions, un programme préparé pour fonctionner tout seul, ce qui explique les boutons sous ses doigts. Il se tait en endurant une fois de plus le calvaire. Son front est moite. Il sent sous son menton une protubérance caoutchouteuse, et devine en elle un capteur qui permet de savoir s’il parle ou non. Pour tester, il exhale un râle sans desserer les dents. Le Tzentch-système ne dit rien pendant une vingtaine de secondes.

- Voyez-vous des enfants à l’écran ?

La phrase tire Layeu de sa perplexité. Il se concentre pour bien appuyer sur le bon bouton.

CLIC ! (oui)

- Faux ! Troisième mauvaise réponse ! Double sanction !

La douleur explose comme une grosse migraine aiguë. Bertrand se rend compte à quel point la sanction simple était ridicule à côté de celle-là. Tout en restant silencieux, il compte les secondes. Au bout de vingt, la question revient, tel un leitmotiv lancinant :

- Voyez-vous des enfants à l’écran ?

Layeu ricane en appuyant sur le bouton.

CLIC ! (non)

- Bien ! Bon point !

Cette fois-ci, une onde de plaisir assaille le cerveau du jeune homme. Elle se répercute dans son ventre, puis un frisson parcourt son corps alors qu’elle descend à l’entrejambe. Bertrand pense, alors que les effets s’estompent, que cette technologie est assez révolutionnaire. Il comprend cependant mal pourquoi cette réponse loufoque est la bonne. Se pourrait-il que le programme soit foireux ?

- Préparez-vous pour la prochaine question. Voyez-vous des rats à l’écran ?

CLIC ! (non)

- Faux ! Sanction !

Douleur.

" Mais qu’est-ce-que c’est que ce bordel ? " se dit Layeu en supportant la barre mentale. Puis il pense soudain qu’il a du mal mémoriser la signification des boutons. Ceci expliquerait tout. Pourtant, il avait pris un moyen mnémonique assez simple, en pensant avant d’appuyer sur le bouton voulu " OUI à la gauche, NON à la droite ", procédé qui le fait doucement rigoler étant donné qu’il se moque royalement de ces deux clans ridicules que l’homme nomme " partis ". Il va donc inverser les commandes. " Non à la gauche... "

- Voyez-vous des rats à l’écran ?

" NON à la gauche, OUI à la droite... "

CLIC ! (non)

- Bien ! Bon point !

Il profite des vingt secondes de flottement pendant lequel la sensation bienfaisante lui est offerte : cette fois-ci, son sexe réagit un peu plus vite et esquisse un début d’érection. Le laps de temps semble être toujours le même, vingt secondes, pour les sanctions ou les bons points.

 

20h00

Première session d’expériences sur sujet du dossier 4.1

Premier contact et questions A.1 et A.2 passées.

- Le sujet a raisonné correctement sur la question A.1 (trois mauvaises réponses)

- Le sujet a répondu trop vite à la question A.2 Une seule mauvaise réponse.

Tester pour savoir s’il n’a pas confondu les boutons.

 

- Vous avez sous les doigts des boutons. Celui de l’index gauche est oui, celui de l’index droit est non. Préparez-vous pour la prochaine question. Y-a-t’il une seule espèce vivante à l’écran ?

Bertrand enregistre bien la configuration des boutons, et est étonné de savoir que sa première mémorisation était la bonne. C’était bien " OUI à la gauche, NON à la droite ". Alors dans ce cas, pourquoi sa dernière réponse était-elle bonne  ? Et pourquoi les autres mauvaises ? Sur l’écran, les enfants jouent.

- Répondez !

Craignant une sanction, et connaissant la réponse, Bertrand appuie.

CLIC ! (oui)

- Bien ! Bon point !

Ce sont encore vingt secondes agréables, pendant lesquelles il se grave dans le crâne le fonctionnement des boutons. Son pénis commence franchement à durcir.

- Préparez-vous pour la prochaine question. Voyez-vous des enfants à l’écran ?

CLIC ! (oui)

- Faux ! Sanction !

Certain d’avoir bien répondu, Bertrand pense à une malformation du programme. En endurant la souffrance, il se concentre à fond pour éviter de répondre deux mauvaises réponses à la suite. Il va donc répondre non. Non, il n’y a pas d’enfants à l’écran. Qu’est-ce que ça peut être con !

Voyez-vous des enfants à l’écran ?

CLIC ! (non)

- Bien ! Bon point !

Son érection, qui était retombée suite à la sanction, reprend, tandis qu’il profite des ces secondes bénéfiques.

- Il est donc convenu qu’il n’y a qu’une espèce vivante à l’écran, et que ce ne sont pas des enfants. En conséquence, et suivant toute logique, c’est autre chose. Préparez-vous pour la prochaine question. Voyez-vous des rats à l’écran ?

CLIC ! (non)

- Faux ! Sanction !

Douleur.

- Voyez-vous des rats à l’écran ?

CLIC ! (oui)

- Bien ! Bon point !

Bonheur.

- Il est donc certain qu’il n’y a qu’une espèce vivante à l’écran, que ce ne sont pas des enfants, et qu’il y a des rats. Préparez-vous pour la prochaine question. Êtes-vous d’accord avec l’affirmation précédente ?

" Cette fois-ci, je vais te gruger... " ricane Layeu en enfonçant fort le bouton.

CLIC ! (oui)

- Bien ! Bon point !

Bonheur. Le rhytme cardiaque de Layeu s’accélère, alors que son plaisir s’accroît.

- Préparez-vous pour la prochaine question. Affirmez-vous que les créatures vivantes à l’écran sont des rats ?

Certain qu’un vieux piège pourri l’attend, Bertrand décide de continuer sur sa lancée et de répondre oui. Mais un sentiment l’en empêche : celui de passer pour un débile. Il décide alors d’effacer tout sentiment et de combattre par son arme favorite, la logique. Comme cette expérience est nase, autant filer des réponses nases.

CLIC ! (oui)

- Très bien ! Trois bonnes réponses ! Double bon point !

Bonheur intense. Une sorte d’orgasme interne secoue Bertrand, il ferme les yeux pour savourer cette sensation impossible à produire par les moyens naturels. Une minute se passe, puis, étonné d’avoir la paix, il se remet à carburer des neurones. Une idée de rebellion vient de surgir en lui, car la méthode de cette expérience n’est rien d’autre que celle de la carotte et du bâton. Un procédé qui le répugne, car dans toute l’histoire des hommes de nombreuses applications de cette technique ont fait faire n’importe quoi à n’importe qui. De plus, le sujet de ces questions est vraiment navrant de débilité. Comme souvent les psychologues cachent leur folie derrière des questions stupides, argumentant que c’est inaccessible pour le commun des mortels et que cela recèle un tas de significations, Bertrand commence à se demander s’il n’est pas lui-même le dindon de cette farce qui serait issue d’un cerveau malade.

 

21h00

Second contact, questions B.1, B.2, B.3, B.4, B.5 passées.

- Le sujet s’était probablement embrouillé dans les boutons aux questions A.1 et A.2

- Le sujet a raisonné très vite sur la plupart des questions. Il semble que le choix du dossier 4.1 soit bon, et le programme ne se heurte pas aux problèmes d’indiscipline classiques.

 

Bertrand, après cinq minutes d’attente, en sueur de sa vague de plaisir, ressent un picotement derrière la nuque et sombre dans l’inconscience après avoir quelque peu erré dans un brouillard blanchâtre.

Il s’éveille avec une douleur sourde dans la majeur partie de la tête. Sa nuque est recouverte d’un petit cache en caoutchouc qui tient par un système indolore assez étrange (certainement pour protéger l’implant qui lui envoie les ondes). Il se trouve dans un lit très confortable, dont les draps sentent le frais. La pièce est une petite chambre de dix mètres carrés, aux murs et plafond blancs, dont le sol est garni de ces dalles de plastique crème à l’éclat terne qui revêtent toutes les pièces. Aucun meuble, aucun objet. Une ouverture qui ne comporte pas de porte donne cependant dans la pièce adjacente. Bertrand s’y rend en chancelant, et l’ausculte en se tenant au mur, essayant de faire fuir les fantômes de douleur qui jouent sous ses cheveux.

La lumière provient de grandes baies vitrées au plafond (haut de quatre mètres), protégées par un double treillis métallique très solide. Il y a un tas de matériel dans cette grande salle. D’abord un coin salon, avec son fauteuil de cuir, sa table basse, ses poufs moelleux. Une petite salle de sport, dans un autre coin, a été aménagée. On y voit des bancs de musculation, un rameur, un puching-ball, une bicyclette fixe et quelques bricoles. Quatre grands placards sont adossés au mur. Un synthéthiseur perfectionné, large et recouvert de boutons, trône sur son trépied près du salon, reliè à un ampli de forte puissance. C’est l’instrument de prédilection de Bertrand, qui se livre dessus à des compositions dignes des grands dingues de l’histoire de la musique. Une parfaite salle de détente, donc, avec dans un angle une grande baignoire à bulles.

En faisant le tour de la pièce méticuleusement, Bertrand découvre dans un pan de mur qui semble nu une porte discrète. Un simple sillon rectangulaire de deux mètres de haut atteste de sa présence. Bien entendu, impossible de la pousser, de la tirer, ni d’introduire quoi que ce soit dans l’interstice. La porte est de métal, le mur de ciment vibré. Un peu plus loin et du même genre se trouve une petite ouverture carrée de cinquante centimètres de côté, à hauteur du thorax.

Bertrand décide de se relaxer un moment en attendant de connaître la suite des réjouissances. Il se change, et troque ses vêtements un peu crades contre un bas de jogging noir et un T-shirt sans manche marqué d’un ballon de basquet. Les placards sont remplis de vêtements et de choses utiles. Après quelques mouvements sportifs dans sa salle, il se prend un bon bain parfum lavande, et s’installe dans son fauteuil. Il bondit soudain, effrayé par un fracas venant du mur. La petite plaque carrée a coulissé, et une poignée de plastique sort d’une boîte de métal qui occupe tout l’espace ainsi libéré.

Layeu s’approche et agrippe la poignée, puis tire lentement. La boîte de métal coulisse vers l’avant, révélant une autre poignée placée au-dessus. Prenant le coffret comme une valise, Bertrand le sort de son logement et le pose à terre, en regardant ce qu’il peut bien y avoir dans le trou. Mais il ne distingue qu’une paroi de métal, et à ce moment la petite porte coulisse par le côté et vient se remettre en place dans un chuintement de flexible hydraulique.

Vaguement frustré, le jeune homme se reporte sur l’examen de la boîte. A l’arrière, des charnières et un petit loquet permettent de l’ouvrir. Ceci fait, une odeur délicieuse se met à flotter... Un repas complet et assez fin est contenu dans un plateau de plastique.

Après s’être copieusement restauré, Bertrand remet les couverts dans la boîte et reprend ses activités. Comme il l’avait prévu, la petite porte ne tarde pas à coulisser. Il réintroduit la valise de métal dans son logement, en plaçant la fourchette entre la porte coulissante et le mur, dans un espace juste assez large pour le manche. Puis, les bras croisés, il attend que sa farce fasse son effet. Une minute plus tard, le chuintement se fait entendre, suivi d’un bruit de frottement très grinçant. Le portillon se bloque, un signal retentit derrière le mur, comme une légère sonnerie. Au même moment, Bertrand ressent ce picotement derrière la nuque qui commence à lui devenir familier. Il se laisse tomber sur les dalles de plastique en essayant de ne pas se faire mal, sachant qu’il va s’endormir d’une seconde à l’autre.

 

Opérateur Tzentch, rapport du 12.02.1998 - 9h30

Préparation pour deuxième session d’expériences sur sujet du dossier 4.1

- Une tentative de sabotage des installations par le sujet 4.1 a endommagé une partie de son local de repos. Prévisible, cette manœuvre était attendue plus tard. Il semble que le sujet se soit amusé à produire cette dégradation, sachant que ça ne servirait à rien, pour affirmer sa lucidité ou par simple curiosité.

- Le sujet du dossier-témoin 3.1 a subi la sanction niveau 3, après avoir perdu patience et répondu à plusieurs reprises au hasard. Pourtant pas spécialement fragile, il confirme notre choix pour le 4.1, qui reste sain et calme sans modifications de comportement depuis le début de l’expérience.

 

- Vous avez sous les doigts des boutons. Celui de l’index gauche est oui, celui de l’index droit est non. Préparez-vous pour la première question. Voyez-vous des rats à l’écran ?

Le projecteur passe une séquence où des enfants marchent dans un champ, entre des bottes de paille.

CLIC ! (non)

- Faux ! Sanction !

Douleur. Vingt secondes.

- Voyez-vous des rats à l’écran ?

CLIC ! (oui)

- Bien ! Bon point !

Plaisir. Vingt secondes.

- Préparez-vous pour la prochaine question. Voyez-vous autre chose que des rats à l’écran ?

Bertrand anticipe, commançant à comprendre l’ordre d’idée de Tzentch. Il veut lui faire dire que les enfants sont des rats. Donc, désormais, il fera tout en fonction de cette idée. ENFANT = RAT.

CLIC ! (non)

- Bien ! Bon point !

Plaisir. Vingt secondes.

- Préparez-vous pour la prochaine question. Ces rats sont-ils utiles ?

De son point de vue, Layeu trouve les rats assez sympathiques. Ils sont malins, s’adaptent bien, vivent un peu partout, s’apprivoisent... Ils ont en outre un rôle à jouer dans l’équilibre naturel. L’homme ne joue plus qu’un rôle depuis longtemps, celui de tout foutre en l’air. Prenant compte du fait que les rats de l’écran sont des hommes, Bertrand est tenté de répondre non. Mais il doit garder toujours ce principe : ENFANT = RAT.

CLIC ! (oui)

- Faux ! Sanction !

Douleur. Vingt secondes.

- Ces rats sont-ils utiles ?

CLIC ! (non)

- Bien ! Bon point !

Bonheur. Vingt secondes.

Bizarre, cette question. Il faudrait croire que les rats de l’écran sont en quelque sorte de vrais-faux hommes ? Car peu de créatures sont plus inutiles que l’homme pour la Terre. Il s’agit de rats se comportant humainement, sans aucun doute.

- Préparez-vous pour la prochaine question. Ces rats sont-ils nuisibles ?

Partant de son idée de rats humanisants, Bertrand répond :

CLIC ! (oui)

- Bien ! Bon point !

Bonheur. Vingt secondes.

- Préparez-vous pour la prochaine question. Ces rats doivent-ils être éliminés ?

CLIC ! (oui)

 

12h00

Fin de la deuxième session d’expériences sur sujet du dossier 4.1

Questions C.1 à C.34

- Très peu de mauvaises réponses vers la fin du programme. Les réactions sont parfaites sur tous les points de vue.

- Le sujet du dossier-témoin 3.1 a du être éliminé pour cause de crises d’hystérie. Les dossiers-témoins 1.1 et 2.1 ont été reconduits pour épauler l’expérience.

 

Layeu, installé dans son fauteuil de cuir, sirote un jus d’orange frais, après un bon petit déjeuner. Il garde en mémoire de sa dernière sortie des images d’enfants, puis de rats, puis la mélopée des questions qui se suivent. Une succession de douleurs et de vagues de plaisir au début, puis progressivement de moins en moins de douleurs. Il avait atteint cette fois-ci le " quadruple bon point " après douze réponses successives, et avait éjaculé dans son pantalon à plusieurs reprises. Au réveil, il était toujours dans son lit, propre. La pensée que quelqu’un l’avait lavé des ses souillures le met en rogne. Il se sent complètement pion. Lors du questionnaire, il avait fini par dire qu’il était un éliminateur de rats, et qu’il irait jusqu’à les arroser de napalm pour les exterminer (les rats étant bien sûr les enfants à l’écran). Le ridicule de sa situation le fait ricaner. Il branche son synthé, puis son ampli, et calme ses nerfs sur une musique apocalyptique.

 

Opérateur Tzentch, rapport du 22.04.1998 - 15h30

Préparation pour vingt-et-unième session d’expériences sur sujet du dossier 4.1

- Questions visant à faire travailler inconscient, subconscient et conscient à niveau égal. Voir notes détaillées du dossier 4.1

- Bonnes dispositions physiques du sujet, qui profite de son équipement sportif régulièrement depuis plus de trente jours. Prévoir matériel plus conséquent.

- Du point de vue musical, le sujet a terminé l’élaboration d’un morceau du type symphonique mettant en place plus de soixante instruments. Remarquable de complexité. Le sujet a demandé au cours de la dernière expérience un équipement informatique doté de plus de mémoire. Transmettre.

- Toujours pas de troubles cognitifs.

 

Bertrand se retrouve avec étonnement dans la salle de projection. En effet, depuis un certain temps, il n’y était pas venu. On lui a fait faire différents exercices, jusqu’à des tests de tir sur des silhouette de rats. Les " bons points " ont été très variés, mais il se rappelle avec délectation de ses " bons points niveau 8 " de son dernier stage-fauteuil.

 

- Vous avez sous les doigts quatre boutons. Celui de l’index gauche est Oui, celui du pouce gauche est Tuer, celui de l’index droit est Non, celui du pouce droit est Epargner. Préparez-vous pour la première question. Que faut-il faire à ces rats ?

A l’écran, une dizaine d’enfants se chamaillent dans une cour d’école.

CLIC ! (Tuer)

- Bien ! Bon point !

Bonheur. Vingt secondes.

Bertrand savoure les premiers instants, mais la sensation est bien faible. Il songe en fixant l’écran :

" Merde, ça devient un réflexe. Oh, et puis après tout, c’est seulement des rats... "

- Préparez-vous pour la prochaine question...

 

15h30

Fin de la vingt-et-unième session d’expériences sur sujet du dossier 4.1

- Questions CF.1 à CJ.22 donnant très bons résultats. Le bon point niveau 9 a été atteint pour la première fois. Le sujet semble s’accoutumer aux bons points niveau 1. Prévoir programmation évolutive en mode 2 pour la suite des questions vidéo.

 

Bertrand finit d’écouter le septième mouvement de sa " Symphonie du Chaos " en boxant son sac de sable. Les 300 watts de la sono lui envoient des graves puissants et des aigus agressifs dont il tire une énergie dévastatrice. Ses muscles gonflés luisent de sueur, aussi décide-t-il de prendre un bain. Au passage, il matraque son punching-ball d’un bon coup de pied, sous l’œil pervers des caméras.

- Encore un putain de rat en moins !

 

Opérateur Tzentch, rapport du 07.11.1998 - 9h30

Préparation pour session 232. Dossier 4.1

- Forme physique impeccable.

- Santé mentale habituelle.

En l’absence de dossier-témoin, rien à ajouter. Voir notes précises et analyses de santé sur dossier général.

 

- Ça va, monsieur Layeu ?

- Impeccable, prof. J’ai encore eu une trentaine de rats au lance-flammes. Je pense améliorer la formule du combustible.

- Il est bien, ce nouveau simulateur ?

- On s’y croirait, sans déconner. J’aimerai avoir le même dans la salle de repos.

Le savant lève les bras en signe d’impuissance :

- C’est dommage, mais c’est impossible. On ne doit pas mélanger le repos avec les expériences...

 

Opérateur Tzentch, rapport du 26.01.1999 - 15h30

Préparation pour session 288. Dossier 4.1

- Physique parfait.

- Observer les analyses complémentaires sur le subconscient. Il y aurait un défaut infime dans le programme.

- La santé mentale reste très bonne.

- Commander nouveaux sacs de sable pour salle de repos. Changer banc de musculation (réf. 0221).

- Ajouter mémoire vive sur système informatique musical.

 

Opérateur Tzentch, rapport du 11.04.1999 - 12h00

Préparation pour session 334. Dossier 4.1

- Physique parfait.

- Santé mentale habituelle.

- L’œuvre musicale intitulée " Rêve niveau 12 " vient d’être achevée. Pure merveille.

 

Le gros homme chauve en complet gris invite d’un geste son ami à s’asseoir.

- Prenez place, Stan.

- Avec plaisir ! soupire Tzentch en s’affalant dans un fauteuil de bureau. Il croise les jambes et pose sur le bureau de chêne un dossier rouge en carton, assez volumineux. Puis il ajoute :

- C’est toujours agréable de venir faire mon rapport. Il y a tant de choses à dire sur ce dossier 4.1...

- Donc, pas de problème ?

- Aucun. Le sujet s’est réfugié depuis un moment dans une pseudo-réalité totalement logique, mis à part le fait que les rats sont des enfants et les enfants des rats.

- Et vous êtes certain qu’il n’essaie pas de vous blouser ? C’est quand-même aberrant...

- Pas si on se met à sa place. Il a résisté à tout avec beaucoup de force, mais n’a jamais tenté de contourner les obstacles. Il faut dire que le programme a été mis au point avec beaucoup de minutie...

- Et il nous a coûté assez cher, aussi.

- ... et que tout a été prévu en référence à un individu comme Layeu. Il y a malgré tout beaucoup de gens susceptibles d’avoir la même réaction que lui. Ce sont soit les sujets très intelligents, soit ceux qui sont complètement stupides. Entre les deux, il se crée un trouble, et on obtient les catastrophes des dossiers 1.1, 1.2, 2.2 et j’en passe.

- Vous avez pourtant mentionné plusieurs fois qu’une anomalie s’était glissé dans le programme. Un bug ?

- Non, rien de précis. C’est juste une impression que j’ai eu quelquefois, mais rien de précis. C’est peut-être seulement le fruit de mon imagination. J’ai quand-même préféré le noter, pour le cas où...

- Votre rigueur scientifique m’étonnera toujours. Laissez donc votre dossier, allons déjeuner.

- Ce sera avec joie.

 

Opérateur Tzentch, rapport du 9.02.2000 - 9h30

Préparation pour contact derniere session. Dossier 4.1

- Physique parfait.

- Santé mentale au mieux.

- Prévoir lot dernière expérience (réf. 0355) pour le 10.02 (demain).

 

Le colosse ouvre la porte jaune. Il suit un long corridor, qui aboutit à une autre porte jaune. Les directives de l’expérience sont d’ouvrir toutes les portes jaunes. C’est assez rare, mais pour une fois Bertrand peut aller à sa guise où il veut. Il préfère s’en tenir aux indications pour ne pas risquer une sanction. Après, il avisera.

Il débouche sur un balcon large de deux mètres et long d’une dizaine. Il se trouve au troisième et dernier étage du complexe scientifique. Le long du balcon, à sa gauche, deux autres portes repartent dans les locaux.

Mais pour l’instant, quelque chose frappe Layeu et détourne son attention. D’en bas, dans la cour, montent des cris d’enfants.

Il s’approche de la balustrade et jette un coup d’œil.

Dans un enclos grillagé de deux mètres de haut, d’une vingtaine de mètres carrés, six enfants essaient de s’enfuir. Certains pleurent, d’autres tentent d’escalader en vain la clôture.

- Des putains de rats ! marmonne le jeune homme entre ses dents. Il avise un fusil à lunette, posé le long du muret du balcon. S’en emparant, il se met en joue, et abat l’un après l’autre tous les rats.

Sa besogne accomplie, il inspecte les environs, au moment où la troisième porte s’ouvre sur Tzentch. Le savant a troqué son habituelle blouse contre un vêtement plus habillé, d’assez mauvais goût cependant.

- Magnifique carton, Layeu. Quel effet ça fait de faire du vrai boulot ?

Le colosse, fusil sur l’épaule, s’appuie à la balustrade :

- Ça ne change pas beaucoup.

- Vous savez que vous venez d’accomplir votre dernier test ?

- C’est vrai ?

- Bien sûr. Je n’ai pas pour habitude de plaisanter. C’était la dernière expérience programmée, et vous avez encore une fois prouvé vos capacités.

Bertrand fixe les cadavres d’enfants en contrebas. Il médite ainsi une demi-minute, puis s’adresse à Tzentch :

- Vous savez, je n’ai jamais été dupe. J’ai bien compris que vous vouliez me blouser, prof.

Le savant ne comprend pas. Son visage se décompose, tandis qu’il essaie de savoir ce qui a cloché. Il articule difficilement :

- Qu’est-ce qui ne va pas ? De quoi vous voulez parler ?

- Et bien je suis sûr que ces rats, en grossissant, donnent des rats adultes...

D’un geste précis, Bertrand tire trois balles dans la poitrine de Tzentch. Il contemple pensivement l’homme au sol, puis ajoute pour lui-même :

- ... un gros rat.

Se baissant vers le scientifique défunt, il fouille sa poche droite et en sort le boîtier de commande de l’implant, qu’il fourre dans sa veste. Puis il prend la boîte de munitions par terre, et sort par la porte jaune en soupirant.

Il y a encore tellement de travail... tellement de rats...

 

 

Texte © : John "Pen of Chaos" Lang

Vous pouvez joindre l’auteur à l’adresse suivante : john@penofchaos.com

Et visiter son super site : L’antre de Nurgle


A vous de jouer !

Vous pouvez vous aussi présenter vos oeuvres dans nos pages. Envoyez votre texte ou des photos de vos oeuvres par courriel au webmestre. Nous la présenterons gratuitement dans notre galerie. Seules conditions : vous devez être l'auteur de l'oeuvre et celle-ci doit avoir un rapport avec le Fantastique, la Science-Fiction ou l'Horreur.

Pour nous contacter, envoyez un courriel au webmestre. Copyright ©
Lune Rouge