Lune Rouge

FEUILER Laure

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Nous sommes légion

(Confession)

Laure FEUILER

 

 

-1-

Je m’appelle Laure. J’ai vingt-quatre ans. Je suis une putain.

Oh, je ne suis pas une putain ordinaire, je n’arpente pas les trottoirs, la nuit tombée, prête à me vendre pour un ou deux billets à n’importe quelle bite qui me ferait cadeau de son Sida. Je ne racole pas dans les bars et les macs, connais pas. Je ne suis pas non plus une pute de luxe à une plaque la nuit qui fréquente les palaces. Non, moi, je suis la fille d’un seul client, d’un seul habitué qui me saute là et quand il veut. En contrepartie, il pourvoit à mes besoins et désirs, quels qu’ils soient.

Évidemment, il a bien fallu que tout ça commence un jour, me direz-vous, et vous aimeriez savoir comment on embrasse cette magnifique carrière. Détendez-vous, je vais vous raconter. Laissez-moi seulement rassembler mes souvenirs... Voilà, je me remémore les faits tels qu’ils sont survenus. Oh, ce n’est pas si loin... C’était au mois d’octobre, il y a à peine deux ans...

 

-2-

Je marche lentement dans ce parc où pourrissent déjà les premières feuilles d’automne. L’après-midi tire vers sa fin, il y a peu de visiteurs. Je sors un livre de ma poche. Je m’assieds sur un banc, ouvre le volume à la première page et commence la lecture.

Bien qu’absorbée par l’ouvrage, je décèle peu à peu une présence et lève les yeux. Je découvre en face de moi une jeune femme qui reste là à m’observer d’un air étonné. Elle s’adresse doucement à moi :

"Ce livre doit être passionnant : vous ne voyez plus ce qui se passe autour de vous !

-Je vous demande pardon ?

-Oh, je suis désolée. Pardonnez mon intrusion. Je m’appelle Héloïne Martin.

-Laure Feuiler. Venez donc vous asseoir."

Je l’ai invitée à se joindre à moi sans réfléchir. Je ne sais rien d’elle, bien sûr, mais c’est une manière comme une autre de lier connaissance. Elle est très belle, sans doute à peine plus âgée que moi. Je la regarde s’avancer et prendre place à côté de moi. Elle croise ses jambes et plonge son regard dans le mien.

Nous restons là plus d’une heure. Elle prend très vite la parole, me réduisant au rôle muet de l’auditrice captivée. Que me raconte-t-elle ? Peu importe. Je ne fais qu’admirer son visage, pâle mais joyeux, ses yeux noirs, sa bouche, dont les lèvres maquillées rouge vif ont la couleur et la texture du péché. Je m’abîme dans la contemplation de cette femme, me laisse noyer par le flot de ses paroles. Sans que j’y aie pris garde, ma main s’est posée sur sa cuisse. Elle me fixe intensément.

"Et si vous dîniez chez moi, ce soir ? J’ai très envie de votre compagnie, et j’ai un ami que j’aimerais vous présenter..."

Sans méfiance, envoûtée, j’accepte.

Nous faisons le trajet dans sa voiture. Son comportement a changé. Elle ne prononce plus un mot, l’œil rivé sur une route qui traverse une forêt sombre et lugubre. Un malaise me saisit : je suis en présence d’une inconnue, fonçant dans le crépuscule vers une destination dont j’ignore tout. Le temps s’étire à n’en plus finir, amplifiant un silence qui me crève les tympans et me met au supplice. Pourquoi suis-je là ?

Une très belle demeure apparaît enfin au bord de la route. Héloïne gare la voiture dans la cour, près de la porte d’entrée. Toujours sans mot dire, elle descend du véhicule et me fait signe de la suivre à l’intérieur. Je m’exécute sans requérir d’explication, sans dévoiler l’inquiétude que son attitude m’inspire. Cette femme se révèle si étrange... Je la suis dans le bâtiment.

Obscurité... Humidité... Odeur de pourriture... Héloïne ne m’a précédée que de quelques secondes et, pourtant, je ne la vois plus. Que se passe-t-il ? J’appelle : pas de réponse. Ce que je peux sentir, respirer et discerner m’indique que, sous son apparence cossue, la résidence dissimule un intérieur en ruines. On ne peut pas vivre là, à moins d’être un cafard ou un rat. Où est Héloïne ? Pourquoi m’a-t-elle amenée ici ?

Je me hasarde à faire quelques pas, cernée par les ténèbres. Un bruit furtif derrière moi : il y a quelqu’un tout près. Héloïne ? Non : cette présence n’est pas féminine. Je risque un regard dans mon dos... Une forme imprécise, sombre, massive. Je me retourne dans un sursaut et vois un être innommable se tenir devant moi, une chose dont l’odeur infecte insulte mes sens et me donne la nausée. Une pensée atroce me déchire l’esprit : il ne me reste que quelques secondes à vivre, je vais crever là, jetée en pâture à cette chose qui s’apprête à m’engloutir. Je tente un pas en arrière mais il est déjà trop tard : la masse puante de la créature me submerge. Elle s’est jetée sur moi et va me dévorer...

Le froid... Mon dos est glacé, ma tête me fait très mal. Je ne suis pas morte, non, mais il vaudrait sans doute mieux. On imprime un mouvement de va-et-vient à mon corps tétanisé. Mon échine dénudée frotte et tape contre la pierre. J’ouvre les yeux, achevant de revenir à moi, et perçois alors l’épouvantable douleur qui saccage mon ventre.

La créature se tient sur moi, puissante, invulnérable. Je hurle, me débats. Peine perdue. Un rire éclate à côté de moi : c’est Héloïne. Cruauté et plaisir se mêlent sur son visage. Elle m’a amenée là pour m’offrir à la chose qui me viole. Que peuvent-ils être, sinon des entités infernales à la recherche de victimes, d’âmes à damner, de corps à souiller.. ? Je suis l’une de leurs proies, subissant mon calvaire, endurant mon martyre. Peut-être cette épreuve n’est-elle que le préambule à mille autres, à une infinité de sévices auxquels je ne pourrai survivre. Suffocante de désespoir, je m’évanouis à nouveau, empoisonnée à en périr par la semence d’une créature qui savoure son extase.

 

-3-

À nouveau le froid qui me paralyse et me torture. Je suis en train de m’éveiller, et ne perçois que le silence autour de moi. J’hésite quelques instants puis ouvre les yeux, l’esprit encombré d’un vide immense qui m’empêche de penser.

Le jour est revenu, les volets fermés laissent filtrer quelques rayons de lumière qui suffisent à éclairer la pièce. Seul le mur qui me fait face présente une porte. Il n’y a personne avec moi, je suis toujours dans cette maison en ruines. On m’a allongée (jetée ?) là, à même le sol, au milieu de gravats, parmi des merdes de rats et d’autres immondices, le visage dans la poussière. Le souvenir de mon agression me revient peu à peu, je revois l’image de ce qui vit en ces lieux et ressens à nouveau la douleur indicible qu’il m’a infligée. J’ai eu mal, si mal... Et Héloïne qui riait et riait encore...

Je m’inspecte de haut en bas, craignant de trouver marques et blessures. Les rares vêtements encore sur moi sont en lambeaux. Curieusement, mon corps ne présente aucune trace de violence. Pourquoi, alors, ai-je si mal ? La douleur, dirait-on, afflue et circule dans tout mon être aussi sûrement que le sang court dans mes artères. Je suis comme en proie à une maladie, à un virus vicieux qui tourmente les os et la chair. Suis-je en train de mourir ?

J’entends des pas qui s’approchent... Quelqu’un arrive et va ouvrir. On vient me chercher. L’angoisse, soudain, m’étouffe les tripes et me donne envie de dégueuler. Je ne peux subir à nouveau le supplice d’hier soir et préfère même crever sur-le-champ. La porte s’ouvre et laisse apparaître Héloïne. Elle est seule. Je me recroqueville en ne la quittant pas du regard. Elle avance et s’accroupit à mon côté. Elle tend sa main et la passe dans mes cheveux. Elle dit :

"Tu as peur, n’est-ce pas ? Qu’est-ce-que tu crois ? Que je vais te battre ou même te violer à mon tour ? C’est une idée... Mais non ! Alors quoi ? Que je vais te tuer ? Ça ne me déplairait pas non plus, tu sais. Je prendrais mon temps, je trouverais des moyens pour que ton agonie soit longue... Après oui, pourquoi pas, je pourrais te violer. Tu ne serais pas la première que je baiserais après l’avoir butée  !"

Héloïne est démente, complètement folle. Elle me terrifie. Mon envie de vomir croît et je m’apprête à succomber à la nausée. La salope s’aperçoit de mon état et s’en réjouit. Elle poursuit :

"Oh oui, je pourrais t’en faire subir des saletés, des outrages dont tu n’as même pas idée... Mais tu vas vivre, tu sais. Oui, tu vas vivre. Je ne l’ai pas choisi, sois-en sûre. Tout ne dépend pas de moi, Laure, et il y a une raison à ta présence ici, comme il y en avait une, hier soir, à t’offrir à la bête. Tu te souviens de la bête, Laure ? Tu as aimé, je le sais... !"

Elle part dans un rire exubérant et discordant, un rire de tarée en proie à un délire qui ne voudrait pas la lâcher. Je ne comprends rien à ce qu’elle me dit. Une raison à ce que je sois là ? Tout ne dépend pas d’elle ? De quoi veut-elle parler ? Le malaise est devenu insupportable, je dégueule tripes et boyaux, ce qui ne fait que décupler la crise de rire d’Héloïne. Comment concevoir une telle cruauté ? Comment pense-t-on et vit-on lorsqu’on est à ce point mauvais ? Et surtout comment échapper à un tel être ? Je ne vais pas tarder à le savoir, ou en tout cas je vais essayer. Faisant de mon mieux pour oublier ma douleur ainsi que les crampes abominables de mon estomac, je me dresse en giflant au passage le visage tordu par l’hilarité d’Héloïne. Elle perd l’équilibre et chute lourdement sur le sol, plus surprise par mon action que blessée par la violence bien modeste de mon coup. Je profite de son instant de confusion pour me précipiter vers la porte.

Mais Héloïne est déjà sur moi. Ses ongles labourent la chair de mon dos et me font hurler. Elle-même gueule comme une chienne enragée, furieuse de ma tentative d’évasion, heureuse de pouvoir me blesser encore. Le tranchant de ma main part et l’atteint à la gorge. Elle s’arrête net et émet un gargouillis, le souffle coupé, alors que la pâleur envahit son visage. Elle tombe à genoux. De la salive s’écoule en mince filets de sa bouche. Elle me fixe avec des yeux exorbités, je devine la peur sur son visage, ainsi que son indicible haine. Je lui décoche un coup de pied, le plus violent qu’il m’est possible de donner, et l’atteint une nouvelle fois à la gorge. Un flot de sang jaillit de sa bouche et éclabousse le mur. Elle perd connaissance et tombe face contre terre. L’ai-je tuée ? Je m’en fous. Je vais me contenter de tourner les talons et de me tirer en courant. Je passe la porte et me retrouve en face d’un grand escalier. En contrebas, le rez-de-chaussée et la porte d’entrée. Je m’élance, ne pensant plus qu’à ma liberté prochaine. L’idée de trouver la porte verrouillée et de rester prisonnière m’effleure un instant mais, là aussi, je m’en fous. Je dévale les marches. Je me jette sur la poignée, la tourne et tire la porte. Je suis libre. La voiture d’Héloïne est toujours là, devant l’entrée. Je me précipite vers le véhicule et constate que la portière est bien fermée. Quelle conne ! J’aurais pu fouiller le cadavre de cette ordure qui m’a amenée jusqu’ici... Je reste immobile une poignée de secondes. Que faire ? Partir en courant, ou retourner à l’intérieur pour trouver les clefs ? Je me souviens alors de la "bête", de cette chose atroce qui, il y a seulement quelques heures, m’a mise au supplice. Elle est encore dans la maison, j’en suis sûre, et il est hors de question que j’y retourne...

 

-4-

Je marche le long de la route qu’Héloïne avait prise pour quitter la ville et m’emmener chez elle. La forêt est toujours là, avec ses conifères, un endroit sombre où n’importe quoi pourrait se cacher. Pas une voiture ne passe par ici. Quelle heure peut-il être ? Je scrute le ciel enflé de pluie. Un vent froid s’est levé et cingle mes jambes nues. Merde, même si une bagnole me croisait, est-ce qu’elle s’arrêterait ? Je dois avoir l’air d’une cinglée, d’une pauvre cloche qui déambule à moitié à poil sur une route déserte. Mes mains, mes bras et mes jambes, d’une pâleur violacée, doivent être assortis au teint de mes joues et de mon front. Je ne suis plus qu’une zombie perdue en pleine nature, un cadavre ambulant en proie au vent... J’ai toujours très mal, surtout au ventre. Je suis malade, je le sais. Les ordures ! Que m’ont-ils fait ?

Plusieurs heures ont dû passer depuis que j’ai quitté la maison. Je ne sais même plus où je suis. Toujours cette route et ces arbres noirs. La pluie s’est mise à tomber tout à l’heure, elle s’est arrêtée à présent. Qu’importe, je suis trempée et chaque rafale de vent manque de me faire crever. J’aurais pu échapper à la flotte en entrant dans la forêt, mais j’ai préféré continuer à marcher, poussée par l’envie désespérée de rentrer chez moi. Je crois que j’ai dû pleurer, aussi.

Soudain, un bruit de moteur, au loin, devant moi, et une voiture apparaît au sommet de la côte qui me cache l’horizon. Il avance à une allure rapide, et j’ai peur que le conducteur ne me voie pas. Je me poste au milieu de la route et attends son arrivée.

Crissement de pneus, portière qui claque. L’homme est sorti de sa voiture : il a manqué de peu de me heurter et paraît furieux. Il s’avance vers moi, puis s’arrête pour me dévisager. Crainte et dégoût, voilà ce qu’il semble éprouver en me regardant. Je suis donc aussi moche ? Je porte une main à mon visage et touche ma peau froide et mouillée, je sens les mèches de cheveux collées sur mon front. Le regard de l’homme m’inspecte de bas en haut. Je baisse les yeux et m’efforce de comprendre pourquoi mon apparence le rebute tant... Mes fringues déchirées, mes pieds et mes jambes nus et trempés, ma pâleur... Je découvre enfin des taches de sang sur ma poitrine. Des taches du sang d’Héloïne. C’est curieux, je ne les avais pas remarquées jusqu’ici... Oui, après tout, cela doit suffire pour déconcerter le type en face, et j’éprouve soudain une honte intolérable à devoir m’exhiber ainsi. J’essaie de parler mais n’y arrive pas. L’homme ne s’en donne même pas la peine. Son expression a changé. Il s’approche, me prend par le bras et me fait entrer dans sa voiture. Je me laisse choir sur le siège, ferme les yeux, l’entends ouvrir sa portière et s’installer au volant. Je sens la voiture démarrer avant de tomber dans le sommeil....

 

-5-

À nous côtoyer autant, nous allons finir par devenir bonnes amies. C’est en ces termes que j’en viens à désigner mes rapports avec la douleur... C’est elle qui me réveille, m’extirpant de l’inconscience pour me cracher dans une réalité sordide et souillée par le malheur.

Il y a encore des loups dans les forêts, ainsi que sur les routes qui traversent ces forêts. J’en ai rencontré un, tout à l’heure, et je l’ai suivi. En dépit des apparences, ce n’était pas un solitaire. Il appartient à une meute, et il m’a amenée à elle. Oh, ce n’est pas une grande meute, certes, tout juste une poignée de mâles en rut. Et je suis leur femelle.

Nue, à plat ventre sur un sol crasseux, je perçois trois types à travers les larmes qui embuent mes yeux. Ils sont devant moi, la queue en l’air, à mater le triste mais néanmoins bandant spectacle qui leur est offert. Le salaud à la voiture est arc-bouté sur moi et se fore un passage dans mon anus. Depuis combien de temps s’acharne-t-il ainsi sur moi ? Est-ce le premier sur la liste, ou les autres sont-ils déjà venus prendre leur pied ? À en juger de leurs splendides érections, ils savourent l’attente, alors que leur pote me fait profiter de toute sa délicatesse.

C’est étrange, hormis la souffrance que m’inflige ce con, je ne ressens plus rien de celle qui, tout à l’heure, faisait hurler mon ventre et chacun de mes membres. J’étais malade, avais-je cru. Á présent et à ma grande surprise, je me sens plutôt bien. Je décèle une force nouvelle dans mes muscles, et goûte à une chaleur singulière qui irradie mon corps. J’en éprouverais presque de plaisir si, encore une fois, il n’y avait pas cette bite qui m’écrase au plancher.

Je pense alors à Héloïne, et à la facilité avec laquelle je l’avais tuée... Je n’avais éprouvé aucun scrupule sur le moment, et aucun regret après coup. Je n’avais écouté que mon désir de la voir morte pour pouvoir m’enfuir. J’y avais même savouré un certain plaisir, ne m’apercevant même pas du sang de la garce sur moi.

Je contemple les hommes en face de moi et de mon hôte, et me dis que je pourrais sans peine m’en débarrasser. Ce ne sont que trois paumés qui se branlent... Oui, je pourrais les crever tous, facilement, à commencer par celui qui me baise et qui a tellement de peine à atteindre l’orgasme. Je vais passer à l’acte...

Mon sauveur de la route forestière est dans un premier temps surpris de se retrouver renversé par la belle salope qu’il avait ramassée dans un coin de bois. J’ai réussi à plier ma jambe et à prendre appui sur mon talon pour nous faire basculer. Il tombe sur le côté, pousse un cri débile d’étonnement et de frustration. Le temps de me relever, le mec se met à m’injurier et tente de saisir une mèche de mes cheveux pour me ramener à terre. Pas de chance, fumier, je suis plus rapide que toi. J’évite ta pogne de crétin, jette un regard bref autour de moi et trouve sans peine ce qu’il faut pour t’amocher du mieux que je peux : une bouteille de vodka à moitié vide que toi et tes ordures d’amis ont aussi dû mettre à contribution pour que la fête soit une réussite. Tiens, prends toujours ça, de sa part et de la mienne.

Le verre éclate sur le crâne du mec. Son front et son cuir chevelu sont ouverts à plusieurs endroits. Le sang gicle. Il gueule comme un perdu. T’inquiète, pourriture, ce n’est qu’un début. Les autres types, anesthésiés pas l’alcool, restent plantés là comme trois cons soudain dépassés par les événements. J’ai été bien généreuse, tout à l’heure, quand je les ai comparés à des loups. Ce ne sont que des porcs que je vais saigner l’un après l’autre.

Il y en a tout de même un qui bouge et se jette sur moi pour me ceinturer. Le tesson de la bouteille de vodka est toujours dans ma main mais il n’y fait pas attention. L’instant d’après, il s’écroule en poussant un cri de stupeur au vu de l’excroissance de verre qui dépasse maintenant de son bas-ventre. Pour un peu, connard, et je te châtrais. Tant pis, chaque chose en son temps, je vais d’abord m’occuper des deux autres encore sur pieds. Ces deux-là sont pétrifiés et profondément choqués par la tournure sanglante qu’à prise leur journée. Amusée, je remarque furtivement qu’ils ont débandé.

Je m’avance et plonge sur la gorge du premier. D’un profond coup de dents, je lui ouvre la carotide et provoque une marée de sang qui inonde ma bouche, trempe mes cheveux et macule de rouge mon visage et mes seins. Le type s’affaisse dans un gargouillis infâme aux pieds de son ami, lequel se met à chialer et pisser de terreur. Je m’interromps quelque secondes pour le dévisager alors qu’il reste là, inerte, à s’oublier sur le cadavre. N’éprouvant pour lui qu’un insondable mépris, je passe dans son dos et, par une pression sur les épaules, le force sans mal à s’agenouiller puis s’allonger, le visage dans le sang de l’égorgé.

Les vêtements des types sont posés par terre, juste à côté. Ils n’avaient pas perdu de temps et avaient dû se déloquer à la seule vue de mon cul. Je m’empare d’un pantalon et en retire la ceinture. Fixant de nouveau ma prochaine victime, je tâte le cuir noir, prends mon temps pour le caresser et en respirer l’odeur. Excitée par cette matière animale autant que par le pouvoir brutal que je me suis octroyée, je passe pour finir ma langue sur la boucle et cède à la tentation de flageller la malheureuse pomme que j’ai fait s’allonger. Le gars crie, se tortille et implore. Qu’est-ce que j’en ai à foutre ? Je poursuis le supplice et lui lacère le dos de long en large, le fouettant jusqu’au sang encore et encore, jusqu’à ce qu’il succombe. Après tout ce que j’ai subi depuis hier, je méritais bien ça...

Celui que j’ai surpris à m’enculer est toujours assis par terre, aveuglé par le sang qui s’écoule de ses plaies. L’autre est déjà mort, il s’est vidé tranquillement par sa blessure profonde au bas ventre. Je finis donc le boulot par l’exécution de mon violeur. Je m’agenouille près de lui et passe le ceinturon autour de son cou. Il semble résigné. Je passe l’extrémité de cuir dans la boucle et commence à serrer. La strangulation prend quelques minutes, le temps nécessaire au condamné pour cracher un peu de salive, de bile, de changer plusieurs fois de couleur et, pour finir, de crever. Je me relève, lance un regard circulaire sur les quatre cadavres autour de moi. Quatre tas de viande sanguinolente que personne ne regrettera. Amen.

 

-6-

J’ai passé quelques rapides instants dans la salle de bains du type. Une douche, pas mal de litres d’eau et encore plus de savon. L’idée d’enfiler leurs frusques me répugnait pas mal, mais mes affaires étaient introuvables. Me voilà donc vêtue d’un vieux jean, d’un pull noir et d’une paire de baskets, le tout, bien sûr, faisant deux ou trois tailles de trop. Je fais les poches de toutes les fringues, dégote trois ou quatre cents balles qui me suffiront amplement à rentrer chez moi. Au fait, je ne sais même pas où je suis ! Dans quel bled ai-je atterri ? Je colle mon nez à une fenêtre en espérant reconnaître la vue. Pas de panique : c’est bien ma ville. Je dois me trouver au dernier étage d’un immeuble des vieux quartiers. Sur la gauche, je reconnais la grande avenue que j’empruntais chaque matin quand j’étais gamine pour aller à l’école. À droite, tout près, je vois le marché couvert et devant moi, au loin, le parc dont j’arpentais les allées hier encore, y faisant la rencontre d’Héloïne. Je suis presque chez moi, c’est déjà ça.

Je sors de l’appartement, inspecte la cage d’escalier afin d’être sûre de n’y rencontrer personne. Je descends les marches, à l’affût du moindre bruit en provenance des appartements. Je passe devant chaque porte sans encombre et atteins la porte d’entrée de l’immeuble. Je m’engage tête basse dans une rue voisine, espérant que personne ne m’a remarquée.

Le conducteur du bus m’a tiré une sale gueule quand je lui ai tendu un billet de cent pour régler mon ticket à six balles. En revanche, il n’a pas tiqué sur mes nouveaux habits qui, franchement, me sont dix fois trop grands. De toute manière, il faudra que je m’en débarrasse une fois rentrée. Je les taillerai en pièces et les balancerai dans une poubelle le plus loin possible de chez moi.

Le trajet en bus devrait durer un bon quart d’heure, et j’ai donc le temps de ressasser les événements de ces deux derniers jours. J’ai tué cinq personnes depuis hier. Cinq personnes ! Merde, et pourtant qu’est-ce que j’ai aimé ça ! Je me dis que ce sont des ordures que j’ai butées, quatre salauds et une pute qui avaient largement gagné leur droit à finir ainsi. Mais non, il y a autre chose, j’ai vraiment éprouvé du plaisir à les saigner tous. J’ai du mal à me l’avouer, mais j’ai joui en massacrant les quatre types. Oui, je me suis envoyée en l’air en étranglant, égorgeant et fouettant au ceinturon. J’ai pris mon pied lorsque j’ai enfoncé un morceau de verre dans un ventre et bu des gorgées d’un sang qui s’écoulait d’une veine. Que suis-je devenue ?

Mon appartement, enfin, au premier étage. Je ne rencontre personne dans les escaliers. Je n’ai plus la clef.

De rage, je balance mon poing contre la porte. Pauvre conne, tu vas t’ouvrir ? Salope, laisse-moi entrer chez moi, j’en ai le droit !

Je ne l’ai pas remarqué, mais j’ai gueulé tout ça haut et fort, histoire, malgré moi, de mettre le monde entier au courant de mes aventures. Les conséquences ne se font pas attendre : le vieux con d’en face, dont je suis incapable de retenir le nom, émerge de son appart et se risque dans le couloir.

"Mlle Feuiler ! Que vous arrive-t-il ? Un problème ? Je peux vous aider.. ?

-Je me suis fait agresser dans la rue. On m’a volé mon fric et même mes clefs : tout était dans mon sac à main. Je ne peux même plus rentrer chez moi."

Le vieux m’a fait entrer chez lui et a téléphoné à un serrurier. Il m’a également bassinée pour appeler les flics afin de porter plainte pour vol. J’ai bien dû insister un quart d’heure pour lui expliquer que ce n’était pas nécessaire et que j’irais moi-même, dès le lendemain, au commissariat. Entre-temps, le serrurier s’est pointé et m’a rendu l’accès à mon appartement. J’ai remercié le vieux pour sa courtoisie et me suis enfermée chez moi.

 

-7-

Il est dix-huit heures trente. En gros, vingt-quatre heures se sont écoulées depuis ma rencontre avec la garce qui, à présent, va se faire tringler en Enfer et à longueur de journée par Satan et sa cour de démons. Aujourd’hui, je devais aller à mon boulot, comme tous les jours, je devais passer à ma banque en fin d’après-midi pour régler une histoire de découvert. Je devais enfin rejoindre mon amant, Marc, pour une sortie et peut-être un resto. Il n’est pas trop tard, mais je n’ai pas envie de le voir. Ce soir, vous l’aurez deviné,je ne suis guère d’humeur à ça...

J’ôte mes vêtements et les bourre dans un grand sac-poubelle. Je m’occuperai demain de les tailler en pièces. Pour l’heure, je vais enfiler un peignoir et me mettre au pieu. Non... Je ne vais pas aller me coucher, et je ne vais pas non plus enfiler quoi que ce soit. C’est drôle, mais je ressens le besoin de rester comme ça, à poil, à attendre... À attendre quoi ? Je ne sais pas encore, c’est trouble, confus, embrouillé. Je m’installe devant la grande glace de ma salle de bains et examine mon corps, l’interrogeant sur cette envie de nudité. Mes mains se mettent à me caresser, passant sur mes joues, mes épaules, mes seins, mon sexe... Je m’absorbe peu à peu dans ma propre contemplation, suivant du regard, dans le miroir, la danse de mes doigts et de mes paumes sur ma peau. J’éprouve la sensation de ne plus m’appartenir.

On m’arrache à cette rêverie en sonnant à la porte. Je sors de la salle de bain et consulte l’horloge au mur du salon. Vingt heures. Merde, je suis restée plus d’une heure à me reluquer dans la glace ! Vingt heures... J’espère que ce n’est pas Marc qui s’amène, furieux de s’être fait poser un lapin. Si, bien sûr que c’est lui... Je vais ouvrir.

"Ça t’arrive souvent d’ouvrir quant tu es à poil ?"

Il est choqué. Je le savais en m’approchant de l’entrée, mais je répugnais encore à enfiler le moindre habit. Je ne peux toujours pas, pas plus que je ne peux me l’expliquer.

"Alors là, franchement non ! À la limite, tu me dégoûtes  !"

C’est marrant, mais je le croyais moins coincé que ça. Je ne l’ai tout de même pas couché sur le palier, devant l’appart, pour le violer. Je le regarde s’agiter en me sermonnant.

"Non mais, tu m’écoutes ? Et tu restes comme ça, sans rien sur toi ?"

Décidément, il commence à me fatiguer. J’ai encore le droit de me trimballer à poil chez moi si ça me chante, et ce petit con n’a pas à me donner de leçon. Soudain, à nouveau, comme cet après-midi, je sens une chaleur s’insinuer dans ma chair, mes os, mes muscles. Je me fous de ce que Marc me dit, je ne m’ouvre qu’à la perception que j’ai de moi-même et de mon propre corps. Mes mains reprennent le ballet qu’elles avaient entamé devant le miroir tout à l’heure. Marc s’arrête net de parler. Il me fixe, éberlué, scandalisé, mais aussi excité de me voir me masturber ainsi et en silence devant lui. Quelques minutes passent. Je m’arrête et m’approche. Il n’ose pas bouger. Subitement, je me prends à le mépriser, à le dénigrer, à le détester. Il est si petit, mesquin, faible et laid. Une image me revient à l’esprit : celle de la créature d’Héloïne, qui m’avait si puissamment dominée, et si bien baisée... Oui, j’en suis maintenant persuadée, et Héloïne n’avait pas plaisanté : j’avais aimé ça, dans ma douleur et mon dégoût, j’avais pris plaisir à être violée par cette chose infernale, cette bête, mais j’avais joui, comme elle, lorsqu’elle se déversa en moi. À côté de cette créature, que peut, à mes yeux, représenter Marc ? Il n’est rien de plus qu’un crachat et je vais devoir le punir pour sa médiocrité et son inexistence.

Il est collé contre le mur, effaré et terrifié par mon comportement. Ne bouge pas, mon amour, je vais te régaler... Je m’agenouille devant lui et, sans lui jeter un regard, baisse son pantalon et avale son sexe. Il pousse un petit cri mais ne fait rien pour me repousser. J’entame mon mouvement de va-et-vient et le sens grossir dans ma bouche. Petit enfoiré, je te choque moins maintenant... Tu prends ton pied, alors tu laisses la morale de côté ? La lâcheté de l’individu me répugne et supprime en moi toute l’excitation qu’une telle situation pourrait engendrer. Je me contente de le sucer, mécaniquement, sans le regarder, en me souvenant qu’hier encore, il y a une éternité, un tel moment avec lui m’aurait plus.

Il ne va pas tarder à jouir, je le sens. Je jette enfin un œil sur son visage et sens croître mon dégoût. Il se tient là, quasi-immobile, les yeux plissés, prenant son plaisir. J’interromps soudain la fellation, m’arrêtant à la base du sexe et découvrant la surprise sur sa gueule de con. Il est ridicule. Il ne comprend pas ce qu’il va lui arriver.

Mes dents se resserrent sur sa queue. Il essaie de bouger et se met à protester. J’attrape ses poignets et les plaque contre le mur, alors que mes mâchoires se rapprochent encore plus l’une de l’autre. Il ne proteste plus, n’ose pas davantage ébaucher le moindre mouvement mais gémit de peur et de douleur. Là, je sens monter l’excitation. Je mouille, j’attends encore un peu, savourant sa terreur et la pensée de mon orgasme prochain. Il a sérieusement débandé depuis le brusque changement de cap de mes caresses buccales, et sa verge n’est plus qu’un petit paquet de chair molle qui repose connement sur ma langue. Je lui lance un ultime regard droit dans les yeux, comme pour m’assurer une dernière fois (et comme si besoin était) de sa bassesse. Sous-merde, sous-homme, zéro absolu, autant de qualificatifs qui te collent à la peau, bonhomme. Tu n’es même pas foutu de te tirer d’affaire dès que tu es pris aux couilles. Sans volonté ni cran, tu n’es qu’un tas de merde guidé par ta vue basse, persuadé que la vie t’appartient parce que tu as un boulot, du fric et que tu baises une nana correcte. Mais je ne suis plus une nana correcte, je suis devenue l’outil de ton humiliation, la preuve de ton échec. Qu’est-ce-que j’attends, alors ? D’un coup d’incisives, je sectionne ton membre dont le sang emplit ma bouche. Je libère tes poignets et te regarde t’écrouler, les deux mains sur ton pénis absent et tes burnes ensanglantées. Tu ne gueules même pas, recroquevillé, la bouche figée dans un rictus grotesque, alors que je goûte pleinement à mon orgasme en faisant rouler ton morceau de barbaque sur ma langue. Crève lentement, triste con, profite bien de ton hémorragie...

 

-8-

Il est très tard maintenant. La pendule indique trois heures vingt. Marc est mort depuis presque deux heures. Son agonie a été si longue, il a mis tant de tant à se vider. La moquette du salon est complètement salopée, mais je m’en cogne. J’espère seulement que le voisin d’en dessous n’a pas eu droit à une douche de ce liquide rouge que j’aurai pris tant de plaisir à répandre aujourd’hui. Non, je ne pense pas. Si ç’avait été le cas, les flics m’auraient déjà rendu visite.

Je suis toujours nue, allongée sur mon lit, à attendre je ne sais quoi ou je ne sais qui. Je sens confusément que quelqu’un doit venir, qu’un rendez-vous a, pour moi, été fixé. Je ferme les yeux, revois Héloïne, qui affirmait vouloir me tuer pour me sauter ensuite. J’entends à nouveau ses paroles qui m’apprenaient qu’une raison existait à ce que je sois là-bas, avec elle, et qui justifiait mon viol par la bête immonde. Alors que je plonge insensiblement dans le sommeil, je crois comprendre et entrevoir dans un épais brouillard la suite et fin de mon initiation...

Une présence à mes côtés m’éveille plus tard dans la nuit. Je sens une paire de mains courir sur mon corps, ainsi qu’une langue râpeuse qui descend lentement le long de mon ventre jusqu’à mon pubis. L’intrus a écarté mes cuisses et darde à présent sa langue dans mon sexe. Sans ouvrir les yeux, je commence à éprouver du plaisir. Je sens l’extrémité de cet appendice que je devine pointu frotter mon clitoris et les parois humides de mon vagin. Je redresse un peu le torse, tend les doigts vers la tête de mon visiteur. Son crâne chauve, plus rugueux encore que ses mains, confirme mon idée sur son identité. Deux cornes percent son front, deux cornes de bouc que Satan lui seul peut posséder. J’ouvre enfin les yeux, et distingue l’apparence de la Bête dans la pénombre de ma couche.

Il a retiré sa langue et s’est redressé. Je reste muette devant la largeur de ses épaules, devant la puissance des muscles qui saillent sous son torse. Ses yeux, amandes jaunes dans l’obscurité, fixent mon visage, ma gorge et mes seins. Je ne peux soutenir son regard. Il perçoit mon trouble angoissé et éclate d’un rire étonnamment clair et humain, un rire presque angélique qui me pousse à plus de confiance. Je lève à nouveau les yeux vers lui.

D’un geste ferme et rapide, il me retourne sur le ventre. Je ramène mes jambes vers mon bassin et, offerte, lui présente ma croupe. Ses mains se posent sur mes fesses, la griffe de son index s’arrête sur mon anus. L’image du type à la voiture me revient à l’esprit. La Bête va-t-elle l’imiter ? Je n’en doute pas mais, cette fois, j’attends cela avec impatience.

La douleur, abominable, me fait hurler : j’ai reçu dans mon fondement un phallus d’une taille inavouable, une verge monstrueuse qui s’emploie à aller et venir entre mes fesses. Appâtée trop vite par une jouissance nouvelle, je me mords à présent les lèvres et libère quelques larmes, essayant vainement de ne plus crier. Sans autre choix, je me résigne à endurer ce nouveau supplice.

Après quelques instants, malgré tout, je m’efforce d’oublier la souffrance et d’accompagner le mouvement plutôt que de le subir. Les coups semblent alors moins durs et, à ma grande surprise, je commence à éprouver du plaisir. Satan s’aperçoit de mon changement d’attitude et semble s’en réjouir. Son allure se fait plus lente, plus voluptueuse, son étreinte sur mes hanches se relâche. Insensiblement, inéluctablement, nous nous précipitons dans une phase de pleine communion physique.

Des cris de jouissance ont remplacé mes hurlements de douleur, et je déguste sans retenue la volupté. La sueur perle sur mon front et court le long de mon dos. Je lèche le sel sur le pourtour de mes lèvres et caresse la pointe de mes seins. Dans l’obscurité de ma chambre qui n’avait jamais vu se succéder que de médiocres queutards du style de Marc, j’éprouve enfin délice et euphorie, et enfile les orgasmes comme des perles sur un collier. Satan, roi des Enfers, est aussi le prince des amants, le pape du sexe, le "coup du siècle" comme avait dit une de mes stupides amies en parlant de son chef de bureau. Sans peine, je me persuade que Lui et Lui seul sera dorénavant et à jamais le seul mâle à occuper mon lit.

Satan jouit à son tour, libérant un flot de sperme glacé dans mes entrailles. Il se retire ensuite et masse Son pénis. Il m’observe de Ses prunelles jaunes, rit en découvrant mon épuisement et la satisfaction béate sur mon visage. Je me tourne vers Lui, encore trempée de sueur et infestée de Sa semence. Il m’informe de mon nouveau rôle dans ce monde, de ma tâche de prostituée démoniaque. Un jour, peut-être, aurai-je le privilège et l’honneur de porter Son fils. Dans l’attente de cette éventuelle perspective, je ne serai qu’un cul qu’Il viendra honorer quand bon Lui semblera. Sans rien ajouter, Il ferme mes yeux de Ses doigts griffus et disparaît. Je m’affale sur le lit et sombre dans un sommeil sans fond, sans rêve, ne m’éveillant que deux jours plus tard, affamée, mais lumineuse et fière de mon appartenance au Monarque des démons.

 

-9-

Il y en a des milliers d’autres comme moi, disséminées de par le monde et prêtes à tendre leur cul au Diable dès qu’Il lève le petit doigt. Nous sommes légion, nous attachant, comme feue Héloïne, à recruter chaque jour celles qui viendront grossir les rangs de notre cohorte de putains. Hier encore, j’ai repéré une jolie proie, l’ai séduite, ramenée chez moi puis baisée. Ainsi baptisée, elle était prête pour, plus tard, recevoir le Client...

Mais je dois vous quitter. J’en ai bien assez dit. Par la fenêtre, j’aperçois une jeune fille qui attend un bus, à l’arrêt qui se trouve devant l’épicerie. Je regarde son visage encore juvénile, ses cheveux coupés court, ses jambes fines gainées de nylon. Oui, elle est très belle, très attirante... Elle plaira à mon Seigneur et Maître.

 

Laure Feuiler,
octobre 1999

 

Texte © : Laure FEUILER.


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