Lune Rouge

THANAPHÉ

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Texte de Thanaphé :

Deux coups de tonnerre

Thanaphé

 

Six heures quarante cinq du matin, la lumière passe discrètement à travers les rideaux, suffisamment en tout cas pour qu’il soit possible de voir le mobilier de la chambre. A la qualité de cette lumière on peut juger que dehors le temps est plutôt pluvieux, ce qui n’est guère plaisant et augure un réveil du mauvais pied. Encore à demi endormi il réalise qu’il lui reste encore un peu de temps pour se reposer et il entend bien profiter de ce temps pour replonger dans un paisible sommeil. Tout un coup un énorme coup de tonnerre résonne faisant trembler les fenêtres, comme si un avion venait de passer le mur du son. Le fracas est si soudain qu’il ne peut réprimer un sursaut à la suite duquel il reste comme abasourdi dans son lit. Remis de la surprise il tend l’oreille guettant le moindre bruit, il n’entend pas le bruit familier de la pluie tombant sur la maison. Si il y un orage au loin il doit être réellement puissant pour que la foudre se fasse entendre aussi fort jusqu’ici. Mieux vaut prévenir que guérir, le dormeur sort définitivement de sa torpeur dans le but de débrancher les appareils électriques les plus sensibles de la maison. Lentement, tout en étirant les muscles de son corps encore endormi, il se lève, se mettant debout comme un automate victime de la rouille. Puis il fait quelques pas au fur et à mesure desquels il retrouve toute sa souplesse sans pour autant se sortir totalement de la torpeur dans laquelle il était plongé. Aussi c’est un peu hésitant qu’il se dirige vers la porte, d’ailleurs il en est certains, lorsqu’il se lèvera après s’être recouché il se souviendra à peine de cet épisode.

 

Brutalement il s’arrête, une idée vient de lui traverser l’esprit, autant jeter d’abord un petit regard sur le ciel par la fenêtre. Cette fenêtre est à quelques pas et il suffira d’entrouvrir à peine le rideau pour voir ce qu’il en est du temps. Pourvu qu’il n’y ait pas à nouveau un coup de tonnerre comme celui d’il y a quelques minutes, si la fenêtre vibre de la sorte au moment où il se trouve près d’elle c’est la frousse assurée. Décidément qu’est ce qu’on peut être impressionnable au levé, aller un petit effort. Il se rapproche de la fenêtre non sans une vague hésitation, il sent en lui ce vague sentiment d’inquiétude, qui venu du plus profond de notre être, nous fait craindre l’orage comme l’obscurité. Cet héritage des époques les plus reculées où il n’y avait guère de différence entre l’homme et les autres animaux, il le sent à ce moment bien présent aux tréfonds de son esprit. Cette peur qu’il juge pourtant irrationnelle le fait hésiter, les gestes redeviennent moins alertes, une sensation de froid monte dans son dos, son estomac se contracte sur du vide. Quels souvenirs enfouis dans la mémoire collective peuvent bien être à l’origine de ces angoisses face à cette manifestation de la nature ? Nos ancêtres les plus primitifs ont ils ressenti une peur si vive qu’elle en est restée à jamais gravée dans nos gênes ou est ce notre instinct qui nous hurle encore aujourd’hui la présence d’un danger effroyable lié à ces phénomènes ? Toutes ces réflexions alors que des siècles se sont écoulés depuis l’époque où l’on croyait à la présence de créatures monstrueuses dans les fonds marins et dans la haute atmosphère. Pourtant il est commun de penser que toute légende et basée sur des faits réels, dans quelle mesure est ce le cas de celles ci ? Qui nous dit que ses êtres monstrueux n’ont pas réellement existé et existent encore, quelque part ailleurs, là où l’emprise de l’humanité sur la planète ne les dérange pas ?

 

Finalement tout en essayant de rire des ses propres inquiétudes, mais sans pouvoir les réprimer totalement, il fait les quelques pas nécessaires pour parvenir à la fenêtre et s’arrête. Il marque une pause reprend son souffle et approche lentement sa main du rideau puis l’entrouvre pour jeter un regard vers le ciel. Tout d’abord il est ébloui par la faible lumière émanant de ce ciel gris, puis au fur et à mesure que ses yeux s’habituent à la lumière il lui semble distinguer quelque chose d’anormal dans ce même ciel. Une fois sa vue au maximum de son efficacité il ne peut s’empêcher de hurler plus fort que jamais, saisi par une frayeur sans nom. Une frayeur si grande qu’il reste comme paralysé à la fenêtre, incapable toute autre action que de crier de terreur. Ce hurlement il le pousse pendant un temps dont il ne sait si il s’agit de secondes ou de siècles, avant d’aller se terrer dans son lit en tremblant et geignant, alors que résonne à nouveau un puissant fracas semblable à celui qui l’avait éveillé.

 

Il faudra un certain temps, plus d’une semaine à vrai dire, pour que quelqu’un s’inquiète de Cédric Crespin, ce célibataire discret d’une trentaine d’années. En effet cela fait plus de sept jours que les volets et rideaux restent fermés et que personne ne l’a vu, pas même à son travail. Alors enfin un groupe de proches et de voisins renforcé par le maire de la commune et quelques pompiers volontaires se décide à entrer dans la maison non sans craindre le pire. Au premier abord les lieux ne présentent rien d’anormal et c’est en arrivant dans la chambre qu’ils trouvent Crespin tremblant, caché sous ses couvertures. Ses cheveux sont devenus gris et son visage porte les stigmates de plus d’une semaine de privation de nourriture et de sommeil et surtout d’on ne sait quelle épreuve horrible. Pire que le reste son regard et ses paroles, des balbutiements inintelligibles, indiquent clairement qu’il a perdu l’esprit. Les divers examens médicaux ne parviendront pas à expliquer de façon satisfaisante l’état de Crespin, pas de trace de stupéfiant, pas de problème physique outre la dénutrition et le manque de sommeil, tout semble indiquer qu’il aurai reçu un choc psychologique énorme dont la nature échappe à tout le monde. Une chose seule est certaine pour les médecins, il est nécessaire de faire interner ce patient pour une durée indéterminée dans le but de tenter de soigner ce traumatisme qui lui fait, semble-t-il, craindre le ciel.

Texte © : Thanaphé


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