Lune Rouge

Les Antiquités Egyptiennes

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Les antiquités Egyptiennes

Lionel Allorge

 

Le petit matin se levait sur la ville de Delsé. Triste et blême comme toujours en cette période transitoire entre l’hiver rigoureux et le printemps ensoleillé. Un matin qui ne donnait pas envie de se lever. Il avait bien fallu se lever quand même cela lui était désagréable, pensait le Conservateur, pour recevoir un invité de marque en la personne du Professeur Von Braun.

Un fiacre s’arrêta devant le Musée et l’on pouvait y entendre en discussion des plus animées entre le chauffeur et son passager. A entendre le ton guttural avec lequel s’exprimait ce dernier, le Conservateur n’eut pas de mal à deviner l’arrivée de l’hôte attendu.

Le visage rouge et grimaçant du Professeur Von Braun se propulsa hors du fiacre suivit d’un corps massif et tout en muscles, ce qui n’était pas l’aspect que l’on prête d’ordinaire aux savants se dit le Conservateur en saluant le Professeur d’un geste de la main. Le Professeur monta les marches quatre à quatre en bougonnant quelque insulte en Allemand et lança un :

-  "Bonjour, mon cher Conservateur !" rendu presque comique par son accent germanique prononcé.

-  "Décidément ces cochers de fiacre sont de plus en plus voleurs ! Celui-ci essayait de me soutirer un pourboire colossal alors que je n’en donne jamais ! " dit-il avec autorité.

Le Conservateur salua son hôte dont le manque de manières devait être excusé par les dix années qu’il venait de passer dans des pays aussi primitifs que l’Egypte et la Nubie pour y rechercher les traces de l’Antique civilisation Egyptienne depuis longtemps disparue.

* * * * *

Heureusement, ce désagréable épisode avec ce voyou de cocher n’avait pas entamé mon humeur joyeuse et après avoir salué le Conservateur, je me précipitais à sa suite dans l’enceinte du Musée que je rêvais de découvrir depuis si longtemps.

En fait et à mon grand désespoir, je ne pus visiter la galerie de toute la journée, car ce maudit Conservateur avait prévenu de ma venue les autorités locales qui n’avaient par résisté au plaisir de fêter l’arrivée dans leur ville d’une célébrité scientifique comme la mienne. Bien que j’appréciasse généralement les honneurs que je recevais comme fruit de mon labeur sous des cieux inhospitaliers, ils m’étaient aujourd’hui insupportables et je pestais en mon for intérieur contre tous ces notables et autres personnalités politiques qui ne pensaient qu’à gueuletonner et ne s’intéressaient pas plus à la Science qu’à leurs employés ou leurs électeurs !

Les mondanités terminées, le Conservateur me ramena au Musée ou m’attendait ma chambre et bien qu’il soit déjà tard je décidais de visiter le Musée par moi-même, profitant de l’absence de visiteur pour le parcourir à ma guise.

L’ensemble de la galerie des Antiquités Egyptiennes était noyée dans la pénombre et je ne distinguais que mal les grandes statues des gardiens du temple qui trônaient à l’entrée de celle-ci. Soudain, alors même que je passai le seuil de la galerie, une lueur sembla se répandre dans l’immense salle comme une traînée de sable du désert portée par le vent. La Lune avait vraisemblablement décidée de m’aider de ces bons offices ce qui m’évitait d’avoir à recourir à une lumière artificielle. À mesure dont je progressais dans la galerie, la lueur se densifiait au point d’éclairer les principales statues qui composaient l’impressionnante collection d’Art Egyptien que recelait le Musée. Je découvrais ainsi de nombreux trésors dont je n’avais eu jusqu’ici connaissance que par les livres et qui me remplissaient d’admiration.

C’est alors que j’arrivai à la hauteur de la plus importante statue de la collection, celle du Dieu Osiris, principale divinité du panthéon Egyptien et maître des Morts. Un halo de lueur claire l’entourait et détachait sa silhouette du fond resté dans l’ombre, rendant sa stature encore plus impressionnante. J’étais fasciné par la perfection de cette oeuvre où se lisait tout le pouvoir du Dieu et la crainte qu’il devait inspirer à son peuple. Je ne sais combien de temps dura ce face-à-face entre l’homme rationnel que j’étais sensé être et cette divinité à laquelle je ne croyais pas mais qui m’inspirait le respect par le pouvoir qu’elle avait eut sur ses sujets.

Mais alors que je tentais de détacher mon regard, je cru sentir comme une présence derrière moi, et comme je voulais me retourner, je m’aperçu que je ne pouvais plus bouger ! Qu’une force supérieure à la mienne me maintint ou que mes muscles ne répondent plus aux ordres de mon cerveau, le résultat était le même : je ne pouvais plus faire un geste et mes efforts pour me dégager restèrent vains. Je sentais autour de moi comme une présence invisible qui me cernait de toutes parts et une peur sourde se fit écho en moi comme lorsque je pénétrai pour la première fois dans le sanctuaire d’Amon-Râ à Thébès. Je relevais la tête vers la statue d’Osiris et je vis deux yeux qui me fixaient !

Devant moi, sortit de sa gangue de pierre, se tenait Osiris, Dieu de la Mort et sa compagne Isis. Derrière eux se tenait leur fils Horus, Vainqueur de Seth et Anubis à la tête de chacal, Juge des morts. Tout autour d’eux, des éclairs d’énergie bleutés striaient l’espace de la galerie, partant des Divinités et frappants les autres objets de la salle, comme pour leurs transmettre leur énergie. Mais l’horreur de la situation ne m’apparue que lorsque le Dieu Osiris me saisit au cou de sa main glacée et, alors que je tendais de lui résister en vain, se mit à me parler d’une voix puissante et caverneuse :

-  " Tu dois nous offrir des corps humains si tu veux survivre à cette entrevue ! Entrevue que nous ne devrions même pas t’accorder, pilleur de sépultures sacrées que tu es ! "

Mon sang s’était glacé dans mes veines. La réalité on ne peut plus tangible de l’apparition du Dieu défiait toutes mes convictions scientifiques, mais je ne pouvais que m’incliner à sa volonté. Comme je ne lui résistai plus, Osiris relâcha son étreinte et tout en massant ma gorge meurtrie, je m’interrogeai sur le pourquoi d’un sacrifice humain. Il sembla lire dans ma pensée en disant :

-  " Nous ne pouvons plus supporter de rester enfermés dans ses statues de pierre comme nous y ont condamné les prêtres de l’ancienne Egypte. Il nous faut des corps neufs que tu momifieras, sous le contrôle d’Anubis, pour que nous puissions les utiliser en temps voulu. "

Je ne pouvais douter de la véracité de l’étrange cérémonie qui se déroulait devant mes yeux et contrairement à ce que j’aurai pu croire, mon esprit ne sombrait nullement dans la folie mais bien plutôt observait là scène avec émerveillement comme si quelle partie de mon cerveau avait toujours cru à une possible résurrection des Dieux que j’étudiais depuis plus de vingt ans !

Je ne me souviens pas bien de la manière dont je sortis de la galerie et je ne retrouvais pleinement mes capacités que lorsque l’air frais et vif de la nuit vint mordre ma peau et réveiller mes sens. Peu à peu, le cauchemar que je venais de vivre me revenait à l’esprit alors que la partie rationnelle de mon être cherchait à en enfouir le souvenir au plus profond de ma mémoire. Mais la lutte était inégale et mon admiration pour le monde de l’Egypte Antique fit pencher la balance du côté de l’irrationnel. Je devais obéissance à ces Dieux que je vénérais en moi depuis vingt ans. Il me fallait une victime !

Je n’avais pas eut de mal à convaincre la prostituée de me suivre jusqu’au Musée, car je m’étais fait passer pour le Conservateur et ce nom semblait pour elle comme auréolé de mystère bien qu’elle ne devait rien comprendre à ce métier pas plus qu’au reste de la Science.

Pour endormir sa méfiance, je m’étais mis à lui raconter toutes sortes de balivernes sur les trésors secrets que recelait le Musée et cela avait excité sa curiosité au point que c’était elle qui me tirait littéralement vers son destin.

Je la fis rentrer par la porte arrière du Musée et je la fis monter directement vers la galerie des Antiquités Egyptiennes où elle ne sembla pas insensible au charme de l’Art Egyptien. C’était aussi bien me dis-je, car elle ferait bientôt partie intégrante de cet Art !

Derrière moi, je sentais la présence des Dieux et je faisais tout pour ne pas les décevoir. Aussi mis-je la réprobation de ma conscience à l’écart dans les oubliettes de ma ferveur religieuse et alors qu’elle était en contemplation devant la superbe collection de scarabées sacrés, je l’assommais d’un geste sec avec un gourdin dont je m’étais muni. Je la rattrapai dans sa chute et la transporta sur un sarcophage de grès qui nous servirait comme autel et je la déshabillais. Je dévissais, à l’aide d’un tournevis également prévu, la plaque de verre qui protégeait le présentoir des ustensiles d’or. Je me saisis d’une épingle à cheveux d’or et d’argent et l’enfonçai dans l’oeil de la prostituée jusqu’au cerveau la tuant sur le coup. Puis Anubis vint à mon côté pour surveiller la suite rituelle des opérations :

A l’aide d’un couteau très aiguisé, j’ouvris la paroi abdominale et, plongeant les deux mains dans la plaie béante, j’en retirais tous les viscères, d’abord les intestins puis le foie, les reins, les poumons pour finir par le coeur et les plaçaient dans des vases à viscères prévus à cet effet et que j’avais emprunté à la collection de Musée. Il fallu ensuite briser la cloison nasale avec un petit burin, puis le Dieu Anubis me passa un crochet d’argent que j’introduisit dans le nez jusqu’au cerveau et tirais pour retirer l’ensemble de la masse cervicale.

Après cette dissection, je dus traîner le corps enveloppé d’un linge vers le grenier du Musée où j’avais prévu une grande cuve de formol pour faire macérer le corps.

La police avait débarquée en fin d’après-midi et un inspecteur avait demandé à voir le Conservateur. Ayant peur qu’ils aient fait le lien entre moi et la prostituée disparue, je vins discrètement me placer près de la porte arrière du grand bureau qu’occupait le Conservateur et je tentai de percevoir des brides de la conversation. A ma grande surprise, je compris qu’ils croyaient que le Conservateur lui-même était lié à cette disparition, car la prostituée avait prévenue une amie qu’elle partait avec le Conservateur du Musée !

Mon subterfuge se révélait donc encore meilleur que je ne l’aurai cru ; et pendant que la police perdait son temps à interroger le vrai Conservateur sur son emploi de temps, j’avais les mains libres pour finir d’obéir aux ordres de mes Maîtres.

Il me fallait convaincre une nouvelle prostituée et je dus me faire passer pour un visiteur étranger, car j’avais peur que l’histoire du Conservateur ait déjà fait le tour des maisons closes et des bars. La future dépouille mortelle de la Reine Isis me suivit avec quelques réticences dont vint à bout une prime supplémentaire pour le déplacement. Mais en arrivant dans le Musée, elle commença par dire qu’elle n’aimait pas ce lieu et qu’elle voulait repartir, aussi je dû prendre une décision rapide. Je venais à peine de l’assommer que surgirent des hommes en armes : la Police ! La Police, qui devait me surveiller depuis le début de la nuit, se mit à m’intimer l’ordre de stopper, moi qui ne faisais qu’obéir aux Dieux. Je réussi à prendre la fuite et alors qu’ils commençaient à faire feu, je couru me réfugier dans la galerie des Antiquités Egyptiennes. Je m’étais mis à raser les murs pour échapper à leurs regards quand je sentis un souffle rauque sur ma nuque ! Le Dieu Anubis se pencha vers moi au point que son haleine fétide me fit frissonner et me dit avec un sourire macabre :

-  " Toi, l’Egyptologue, tu dois bien connaître la façon dont mon Maître, Osiris, le Dieu des morts, à été lâchement assassiner par son frère Seth alors qu’il était le premier Pharaon d’Egypte. Apprête toi à connaître le même sort ! "

En subissant sa face rongée et nauséabonde qui me dévisageait, je tentai de me remémorer la légende de la fin d’Osiris :

Osiris était le Dieu Pharaon de l’Egypte quand son frère, par jalousie, l’assassina et éparpilla ses membres sur la surface de la Terre ! C’est sa femme Isis qui parcouru le monde pour retrouver les morceaux de son mari qui devint Dieu des morts et leur fils Horus vengea son père en tuant Seth et en régnant sur l’Egypte. Et ils voulaient me faire subir le même sort : m’éparpiller aux quatre coins du globe !

J’étais pris en tenaille par la Police d’un côté et des Dieux Egyptiens de l’autre et la fuite était impossible mais c tout je me débattis de toutes mes forces alors que les Dieux se penchaient sur mon sort et m’agrippaient pour m’écarteler ! 

* * * * *

Le Conservateur n’en revenait pas. D’abord accusé d’être responsable de la disparition d’une prostitué ce qui portait atteinte à sa réputation et donc à celle du Musée, il était le lendemain disculpé par la police qui lui apprenait que le responsable en était son hôte, le Professeur Von Braun et que, de plus, il l’avait tuée et embaumée !

Ces deux jours étaient les plus funestes qu’il ait connu depuis qu’il avait pris ses fonctions de Conservateur et il repensait au matin où il avait accueillît le Professeur et où décidément il aurait mieux fait de ne pas se lever.

Malheureusement, le Professeur Von Braun avait pu échapper à la police locale et ce criminel pouvait maintenant être caché aux quatre coins du globe !

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