Lune Rouge

La Galerie de Peintures

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La galerie de peintures

Lionel Allorge

 

Le Conservateur avait toutes les raisons d’être réjouit mais il ne pouvait s’empêcher d’être inquiet. Inquiet, car s’était aujourd’hui que l’on devait lui livrer sa nouvelle acquisition : une peinture qu’il attendait depuis des années et qui serait le couronnement de sa Galerie de Peintures consacrée à l’artiste maudit Gérôme HOSCH. Inquiet aussi, car depuis quelques temps, le nom de ce peintre était lié pour lui avec celui d’un étudiant. Ce jeune homme, particulièrement instable avait causé de graves problèmes dans le Musée. On l’avait envoyé à Delsé pour y finir ses études artistiques, mais aussi, il en était conscient, pour l’éloigner de sa ville natale, où personne n’en voulait plus.

Il était venu au Musée pour y étudier les toiles exposées mais il était tombé en admiration devant l’oeuvre de Gérôme HOSCH, ce qui était normal, car c’est une oeuvre forte et originale, que moi-même j’apprécie beaucoup se dit le Conservateur. Seulement cette admiration avait tourné à la contemplation puis à la folie lorsque le jeune homme avait tenter de lacérer les toiles dans un accès de démence. Depuis, il l’avait chassé de Musée mais il se doutait que l’annonce de l’arrivée de la nouvelle toile le ferait revenir. 

***** 

La peur m’avait peu à peu quittée. Mais je savais que rien n’était fini, que là-bas dans le Musée trônait toujours les oeuvres démoniaques qui avaient failli me faire sombrer dans la folie, aussi avais-je décidé de prendre sur moi-même et de retourner au Musée, et cela malgré l’interdiction que m’en avait faite le Conservateur. Il fallait que je conjure ma peur.

Ce jour-là, en arrivant au Musée, j’y fus accueilli par une grande agitation : plusieurs notables étaient là ainsi que la plupart des habitués du Musée. Au début, je crus qu’un vol avait été commis où qu’un accident était arrivé, aussi me pressais-je vers le pied du grand escalier qui menait au frontispice. Je me permis d’aborder un jeune homme que j’avais remarqué depuis quelque temps, car il venait souvent au Musée. Il m’apprit que le Musée venait d’acheter un nouveau tableau dont l’importance dans l’histoire de la peinture était réduite mais qui était l’oeuvre du trop fameux pour moi Gérôme HOSCH.

A la seule mention du nom maudit de cette oeuvre maudite, je frissonnais de tout mon corps dans une sorte de spasme silencieux comme si la Mort elle-même m’avait frôlée la nuque de sa main décharnée !

Heureusement, mon interlocuteur ne s’était rendu compte de rien, car il s’était retourné vers la porte du Musée qui venait de s’ouvrir, laissant passer le Conservateur. Durant le long silence qui suivit le claquement mât de la porte, tous les regards restèrent figés sur lui. Cette pose me permit de récupérer quelque peu ; mais la grande peur latente était réapparue alors même que je croyais m’en être définitivement débarrassé.

-  "Mes chers amis et fidèles visiteurs " commença le Conservateur, "Je tiens d’abord à vous remercier d’être venu si nombreux pour accueillir avec moi cette toile de l’enfant prodigue mais maudit qui, je le rappelle, est né dans cette ville, j’ai nommé Gérôme HOSCH !"

Plusieurs personnes applaudirent alors que je me sentais de plus en plus mal.

-  "Comme vous le savez, ce Musée que j’ai l’honneur de diriger, à fait une place de choix à cet auteur dont nous recevons aujourd’hui la treizième toile !"

D’autres applaudissements fusèrent dont la frénésie augmentait à mesure que croissait mon malaise. Au prix d’un terrible effort sur moi-même, luttant contre mon désir d’en savoir plus, je finis par m’éloigner quelque peu du groupe que l’orateur semblait exhorter.

Un fiacre noir de la police se fraya un chemin entre les calèches et autres véhicules qui circulaient sur la place du Musée et vint s’arrêter au pied de celui-ci. Pour une fois la police allait se rendre utile en dispersant la foule ce qui, je l’espérais, me permettrait de reprendre mes esprits. Mais mon espoir se désagrégea soudain lorsque je vis deux policiers ouvrir la porte arrière de leur fourgon et en sortir méticuleusement un grand rectangle de toile blanche : le treizième tableau venait de nous rejoindre !

Dans un sursaut de peur et de dégoût, je détournais la tête et partit en courant comme quelqu’un qui a vu le Diable et c’était bien le cas !

*****

J’échouais lamentablement dans un tripot des bas-fonds de la ville. Pendant plusieurs minutes qui suivirent mon entrée, tous les clients me regardèrent comme un étranger porteur de la peste. Ma peur devait se lire sur mon visage en sueur comme sur un livre. Puis, voyant que je n’étais pour eux d’aucun danger, ils détournèrent le regard et revinrent à leurs occupations. Mon coeur battait la chamade et je voulais me faire le plus petit possible, me faire oublier.

Je pris un remontant fortement alcoolisé puis, après quelques temps, je me mis à essayer de faire le point sur le pourquoi de ma peur incontrôlable mais mon esprit était encore tout embrumé. Je décidais de quitter cette taverne dont l’étroitesse et la faible lumière me rendait claustrophobe.

Je fis quelques pas dehors histoire de me remettre les idées en place. Ma peur panique commençant à s’estompée, remplacée par une douleur sourde, je décidais de rentrer chez moi avec la ferme intention de quitter cette ville au plus vite lorsque je m’aperçu que par une incroyable compression du temps et de l’espace, j’étais revenu sur la place Igor Delivna : la place du Musée !

La peur m’envahie de nouveau. Une partie de mon cerveau malade avait guidée mes pas jusqu’à ce lieu de cauchemars ! Une force indicible m’attirait vers le Musée au mépris de ma volonté et de ma peur qui m’ordonnaient de prendre la fuite. Il fallait que je voie cette treizième toile et le Musée me tendit les bras comme pour m’accueillir en son sein.

Le Musée avait depuis longtemps fermé ses portes mais ce n’était pas un problème pour moi. En vieil habitué, je savais que des invités pouvaient résider dans le Musée et qu’il y avait donc une porte de service toujours ouverte qui donnait sur le parc Alexandre Poganoff. J’entrai dans les entrailles du Musée, composées d’une multitude de couloirs et de coursives sombres qui donnaient sur d’innombrables pièces dans lesquelles devaient être entreposés tous les trésors du Musée et leur aura de mystère. La force qui me poussait inexorablement vers mon destin grandissait en moi et je faillis courir jusqu’au grand couloir réservé aux oeuvres de Gérôme HOSCH.

Je me tenais une nouvelle fois devant la collection de ces oeuvres diaboliques et l’impression d’horreur qui s’en dégageait d’emblée, avant même que l’esprit n’en ait analysé le sujet, me reprenait à la gorge. Malgré la révulsion que me causait leur vue, je ne pouvais m’empêcher de regarder à nouveau ces toiles alors que je passais le long d’elles. La pénombre qui régnait ne faisait que croître mon malaise mais ne m’empêchais pas de voir les corps torturés, les monstres et autres abominations qui s’étalaient sur les toiles du peintre fou.

J’arrivais enfin devant la treizième toile dont le voile blanc protecteur lui donnait un air fantomatique. Mon corps était parcouru de frissons et c’est d’un geste tremblant que je me saisis du voile et le fit tomber.

Devant moi il n’y avait rien, qu’une toile noire et vierge de toute inscription !

Je m’en approchais encore et je sentis mes muscles se crisper. C’était comme si des mains m’avait accroché les bras puis les jambes et dont les ongles griffus me pénétraient les chairs mais je ne voyais rien autour de moi !

Des griffes s’abattirent sur ma tête et je les sentais me déchirer la peau. Je tentais de me débattre avec la force du désespoir mais les prises se faisaient plus fortes alors que ma raison sombrait dans l’abîme de ma folie. Ma chair se distendait, mes ligaments tentaient de résister à la force qui tordait mes membres. Des doigts décharnés virent se planter dans mes yeux dont le liquide se répandit sur mon visage.

Puis je sentis ma peau se fissurer et se fendre, ma chair s’éparpillée, mon sang gicler de mes artères sectionnées ; je sentis mes membres se séparer de mon corps et ma tête être arrachée de mon cou.

Puis je ne sentis plus...

***** 

Alors qu’il arrivait au Musée tôt ce matin-là en vue de l’inauguration de sa nouvelle acquisition, le Conservateur fût accueillit par Johnkin, son assistant, affolé. En effet, quelqu’un c’était introduit dans le Musée cette nuit et avait arraché la toile qui protégeait le tableau de Gérôme HOSCH. Heureusement la toile était intacte et Johnkin avait déjà tout remis en place.

Les spectateurs étaient venus nombreux pour la première et le Conservateur ne pouvait que s’en féliciter. Après un discours sensiblement identique à celui improvisé de la veille, il se plaça près du tableau et d’un geste vif, il arracha la toile de protection.

Ce treizième tableau représentait sur un fond noir le corps nu d’un homme dont la tête et les membres étaient en train d’être arrachés de son torse ! Des dizaines de monstres tels de petits démons à la peau boursouflée, rouge et purulente s’étaient saisis de ses membres qu’ils tiraient de tous cotés et sa tête, dont les yeux étaient crevés par leurs doigts crochus, était encore rattachée au corps par quelques tendons et dont le sang s’écoulait abondamment.

Sur le côté de la toile une plaque de cuivre gravé y avait été celée. On pouvait y lire le titre de l’oeuvre : l’écartelé.

L’assistance médusée regardait ou plutôt dévorait des yeux ce tableau, certainement le plus impressionnant de tous, se dit le Conservateur, surtout le visage de l’homme avec son rictus de douleur et ses yeux crevés.

C’était tellement réaliste que le Conservateur aurait bien cru pouvoir mettre un nom sur ce visage...

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