Lune Rouge

Rêves de papier

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Rêves de papier

Lionel Allorge

 

- "Salut Billy ! Tu vas bien ce matin !"

C’était la voix si reconnaissable de ce salaud de Chuck. Il allait encore lui soutirer de l’argent, c’était sûr ! se dit Billy MacBanne.

Chuck s’approcha de lui. Le couloir de l’école était long, très long et Billy savait qu’il ne pouvait pas distancer un gars comme Chuck à la course. Chuck était un vieux, l’un des membres de l’équipe de football de l’école. Il était grand, costaud, et rapide. Billy, quant à lui, avait toujours été du genre maigrelet et de plus il n’était pas du tout courageux. Il attendit que Chuck arrive à sa hauteur.

- "Alors Billy ! Tu as pensé à ma commission ?" 

- "Heu ... Non ..." fût tout ce que Billy trouva à répondre.

Une claque magistrale s’abattit sur sa figure et il tomba à la renverse. Sa joue le brûlait et des larmes vinrent poindre à ses yeux qu’il tenta de contenir.

- "Alors Billy ! A quoi tu penses ?! " lui cria Chuck d’un air courroucé.

- "Comment je suis sensé boucler ma semaine si tu oublies ma commission, hein Billy ?!"

- "J’y penserai pour demain ! Promis !" lui répondit Billy tout en tentant de se relever.

- "T’as intérêt à pas oublier cette fois !" lui lança Chuck alors qu’il s’éloignait.

Billy se releva. Sa joue le brûlait toujours autant. Autour de lui, le petit groupe qui s’était crée autour d’eux lors de l’incident se dissolvait lentement. Quelques filles étaient en train de ricaner en le regardant. Lorsqu’il croisa leurs regards, elles tournèrent la tête puis s’en allèrent tout en continuant à se gausser. Il ne savait pas ce qui lui faisait le plus mal : la claque ou le fait que ces filles prennent parti pour le plus fort au détriment du plus faible qu’il était. Décidément, les filles de l’école sont toutes des connes, se dit-il.

*****

Billy entra dans sa chambre. Il fouilla sous son lit pour en extirper la revue qu’il avait acheté si chère la semaine précédente à Tom, le grand frère de son ami John. Comme Tom avait 17 ans, il pouvait acheter facilement des revues compromettantes que le libraire aurait refusé de vendre à des pré-adolescents comme Billy ou John. Au passage, Tom lui avait quand même fait payer le double du prix normal pour cette fichue revue, mais Billy ne regardait pas trop à la dépense pour s’offrir une telle rareté.

Il s’allongea sur son lit et il se mit rapidement à feuilleter les pages de papier glacé et dont il commençait à connaître le contenu par coeur. Il s’arrêta sur son passage favori. Il s’agissait d’un reportage photographique qui mettait en scène une jeune fille à la plastique parfaite, blonde et bronzée, qui se prélassait, complètement dévêtue, sur une plage de sable blanc ombragée par quelques palmiers. Elle s’appelait Lissa. Elle ne pouvait avoir plus de vingt ans mais pour Billy c’était déjà une dame. Elle était si différentes des jeunes idiotes qu’il côtoyait à l’école.

Il rêvait chaque nuit qu’il la rejoignait sur sa plage immaculée et qu’ils s’y livraient aux plaisirs interdits que vilipendait le curé chaque dimanche à l’église. Il ne comprenait pas bien d’ailleurs de quoi étaient constitués ces plaisirs, car sa connaissance de la sexualité se limitait à de pauvres masturbations, le soir, seul dans son lit. Mais il ne doutait pas que la jeune fille sur son île saurait le guider vers d’infinies extases ...

Le problème était qu’il ne savait pas quoi faire pour arriver jusqu’à elle. C’était encore un de ces trucs qu’on ne vous apprend pas à l’école et qui sont pourtant les seuls vraiment importants. Il se doutait bien qu’il faudrait qu’il trouve seul la solution à ce problème. Il ne pouvait obtenir d’aide ni de ces copains qui se seraient moqué de lui, ni des professeurs qui ne pensaient que travail ni encore moins de ses parents qui ne s’apercevaient de sa présence que pour le réprimander. Il trouverait un moyen ! Un moyen pour quitter ce monde de brutes et de salauds, ce monde de parents et de professeurs, et de rejoindre cette fille qui l’attendait sur sa plage déserte. Il se promit ce jour-là de n’avoir de cesse de trouver un moyen de s’enfuir pour la rejoindre...

*****

Une réponse à ces questions lui vint le lendemain même par le biais du journal que son père avait laissé traîner sur la table du salon, devant la télé. Billy y était vautré dans le canapé, comme chaque soir en rentrant de l’école. Et comme c’était l’heure des informations et que Billy se moquait de ce qui se passait dans le monde comme de sa première couche-culotte, il avait laissé traîner son regard sur la table, sur le journal et sur une accroche publicitaire en particulier. Il se redressa et pris le journal sous son bras et décida d’aller étudier ça de plus près dans sa chambre.

*****

Il n’ajoutait que peu de foi à cette annonce parue dans le journal local et qui vantait les pouvoirs surnaturels de Mme Ingrid qui se targuait de pouvoir apporter une aide efficace à tous ceux qui avaient des problèmes financiers, de santé ou d’amour. Mais il s’en voudrait à jamais de ne pas avoir tout tenté pour pouvoir rejoindre cette fille qui hantait ces nuits.

Il avait cassé sa tirelire et en avait retiré ses maigres économies, c’est-à-dire pas grand-chose : quelques dollars tout au plus sous la forme de petite monnaie qu’il y jetait, car cela encombrait ces poches. Il avait toujours été dépensier et l’idée de laisser traîner dans un cochon rose des billets de 1 voir parfois de 5 dollars alors qu’il en avait déjà tellement peu lui avait toujours semblé idiote. Epargner c’est bon pour les riches s’était-il toujours répété pour se donner bonne conscience. Il regrettait maintenant cette légèreté mais il était trop tard. Aussi se décida-t-il en dernier ressort à aller chercher de l’argent là où il savait qu’il en trouverait tout de suite.

Il descendit subrepticement les escaliers, le bruit qu’il pouvait faire était heureusement couvert par la machine à laver qui ronronnait dans la cuisine ; là où se trouvait sa mère. Il traversa le couloir et se rendit dans la chambre des ses parents. A une époque pas si éloignée, où il lui arrivait de venir les espionner le soir par le trou de la serrure pour comprendre la raison des râles et des gémissements qu’il entendait parfois depuis sa chambre, il avait repéré la planque où son père cachait de grosses liasses de billets verts. Il se dirigea vers un placard et fouilla au milieu d’une pile de vêtements pour sentir soudain le contact sec des billets. Il prit une liasse et en retira doucement un billet tout neuf de cent dollars qu’il mit dans sa poche. Un de plus, un de moins, ils ne s’en apercevront jamais, se dit-il. Puis il remit en place la liasse, referma le placard et sortit de la chambre. Vérifiant que sa mère ne s’y trouvait pas, il traversa le hall d’entrée et remonta rapidement jusqu’à sa chambre.

*****

Le lendemain matin, il n’alla pas à l’école. Il savait déjà qu’il lui faudrait trouver une très bonne excuse pour expliquer son absence à sa mère mais il avait encore toute la journée pour y réfléchir. Il avait prit dans sa poche le billet de cent dollars plus toute sa menue monnaie. C’est avec elle qu’il paya son billet de car pour rejoindre l’autre côté de la ville, là ou précisément, il devait pouvoir trouver le repère de la fameuse Madame Ingrid.

Le trajet dura bien plus d’une heure. Il avait d’abord vu défiler tout le quartier résidentiel où il habitait, puis les faubourgs et enfin le centre ville où les flots de véhicules aux couleurs bigarrées s’écoulaient entre les tours de verre tels les bras d’un fleuve contournant des rochers de verre. Il reconnaissait certains endroits où il était parfois venu avec ses parents pour faire des courses, le samedi après-midi. Puis de nouveau le car traversa d’autres faubourgs pour s’enfoncer dans les banlieues tristes du nord de la ville. Il tentait de chasser l’appréhension qui lui tordait le ventre en pensant à la fille sur la plage. Elle valait bien tous les sacrifices. Tout à ses pensées, il faillit raté l’arrêt où il devait descendre et se précipita entre les portes qui se refermaient. Il atterrit sur un trottoir jonché de détritus. Couché sur le banc de l’abri-bus, un clochard vêtu de loques finissait sa nuit. Le quartier était sordide et ne lui inspirait guère confiance. D’horribles doutes l’assaillirent et il se traita de fou de venir se perdre dans un tel taudis avec cent dollars en poche. C’était le meilleur moyen de tomber dans un traquenard et de se faire tailler en pièces. Il passa tout doucement le long du clochard pour ne pas le réveiller et se pressa de prendre la première rue à sa gauche où se trouvait sa destination.

Arrivé devant le 666 Salem street, il savait qu’il ne s’était pas trompé d’adresse. Au-dessus de la porte un écriteau vieillit annonçait en lettres jaunes sur fond noir : "Madame Ingrid, la voyante venue du froid ! " et en dessous un second panneau encore plus sale que le précédent qui disait : "Madame Ingrid : la seule héritière des secrets de Raspoutine !". Sur la porte couverte de suie noire et que personne visiblement ne nettoyait jamais, un ornement en cuivre représentant un oeil regardait Billy avec en dessous une plaque de cuivre : "Sonnez et attendez". Ce que Billy fit. Il attendit. Il s’apprêtait à resonner lorsque la porte s’ouvrit lentement avec un craquement sinistre. Une vieille femme se tenait dans l’embrasure de la porte et le regardait. Il risqua :

- "Madame Ingrid ?".

- "Non" lui répondit la vieille, "Que lui voulez-vous ?"

- "Je ...". Billy ne savait trop quoi dire et ne voulait pas annoncer de brûle-pourpoint la raison de sa venue de peur que l’on ne se moque de lui. Il perdit un peu de temps pour formuler sa phrase :

- "Je viens pour une consultation." annonça-t-il fier d’avoir trouvé le mot juste.

- "Vous avez rendez-vous ?" lui demanda la vieille.

Billy n’avait absolument pas pensé qu’il faille prendre rendez-vous pour venir consulter une voyante. Pour un dentiste, oui, mais pour une voyante !

- "Heu ... non ..." finit-il par avouer.

La vieille le regarda d’un air sévère :

- "Alors il faut prendre un rendez-vous et revenir !"

Billy n’en croyait pas ses oreilles. Il ne pourrait jamais trouver une autre occasion de faire le voyage ! Il fallait qu’il la voie aujourd’hui !

- "S’il vous plaît Madame, je viens de l’autre bout de la ville pour voir Madame Ingrid, laissez moi entrer !" supplia-t-il avec une voix larmoyante qu’il savait si bien utiliser lorsqu’il demandait quelque chose à son père.

- "Puisque je te dis que c’est impossible ! "

- "Mais j’ai ceci pour elle ! " répondit-il en agitant le billet de cent dollars qu’il venait de sortir de sa poche.

La vieille femme réfléchie quelques instants et lui dit :

- "Soit ! Entre et attend dans le hall, je vais voir si Madame Ingrid peut te recevoir entre deux clients ..."

Et elle lui ouvrit la porte.

Il se retrouva dans un grand hall aux murs sales auxquels étaient accrochés de nombreux objets ésotériques dont Billy ne comprenait ni la signification ni l’usage ainsi que de nombreuses bêtes empaillées, des renards, des chouettes, un corbeau noir et d’autres bestioles répugnantes qui semblaient toutes le regarder de leurs yeux morts. Un frisson lui parcourut l’échine et une fois de plus, Billy regrettait d’être venu.

Enfin une porte s’ouvrir et la vieille lui fit signe de la suivre...

*****

La vieille poussa une tenture et il entra dans une salle très sombre dont il ne distinguait pas les murs. Au centre, éclairé par quelques bougies, se tenait une petite table ronde. Etalé sur cette table, tout un fatras d’objets et de colifichets dont il ne connaissait pas la fonction et posée sur un trépied, une boule de cristal. La voyante était assise en face de lui. Madame Ingrid était une femme entre deux âges, ni vraiment vieille ni vraiment jeune. Ce que nota Billy c’était qu’elle avait des yeux bizarre, des yeux de folle. Et aussi qu’elle avait une énorme poitrine... Mais ce n’était pas cette poitrine-là qui l’intéressait.

Elle s’exprimait avec un fort accent Russe :

"Que veux-tu, mon petit. Je n’ai pas beaucoup de temps à t’accorder ..."

Billy déglutit et bien que mal à l’aise se lança dans le récit de sa quête. La vieille lui souriait. Il pensait qu’elle se moquait de lui. Mais elle finit par dire : "Je connais bien ton problème ! Tu as bien fait de venir me voir !"

Elle se leva et alla fouiller dans une sorte d’armoire derrière elle que Billy n’avait pas remarqué, car elle était cachée dans la pénombre. Elle revint se rasseoir avec une fiole à la main.

"Voici un filtre d’amour. Tu verseras la potion sur la page de la revue qui t’intéresse, tu te concentreras bien fort et ainsi, la fille de la photo te rejoindra ! "

Billy n’en croyait pas ses oreilles ! C’était donc aussi simple que cela ! Et lui qui avait tant hésité à venir !

Billy tendit la main pour prendre la bouteille mais la voyante la retira d’un geste sec.

"Cette fiole n’est pas gratuite, mon garçon ! Il t’en coûtera 100 dollars !"

Billy s’empressa de fouiller dans sa poche et d’en ressortir le billet qu’il lui tendit. Il reçu la fiole en échange et la prit doucement entre ces mains comme quelque trésor inestimable. La voyante lui donna congé et la vieille le raccompagna jusqu’à la porte. Il sentit celle-ci claqué dans son dos et il poussa un soupir de soulagement. Il réalisa qu’au fond de lui-même, il ne pensait pas réussir lorsqu’il était partit de chez lui ce matin. Il était tellement habitué à rater tout ce qu’il entreprenait...

Il était fier de lui-même aujourd’hui.

Pendant que Billy s’auto congratulait, la vieille femme revint dans le bureau de la voyante. Celle-ci arborait un grand sourire. Et d’une voix exempte de tout accent elle dit à la vieille : "Je n’avais encore jamais vendu une bouteille de citron pressé aussi chère ! "

Et elle partit d’un grand éclat de rire !

*****

Il revint chez lui vers la fin de l’après-midi.

Après être sortit de chez la voyante, il avait passé le reste de son temps à flâner dans le centre commercial et à jouer aux jeux d’ arcades tout en rongeant son frein. Il voulait essayer au plus vite la potion de la voyante mais il ne pouvait par revenir chez lui avant l’heure de la fin des cours.

Il rentra, dit bonjour à sa mère et monta rapidement dans sa chambre. Il se jeta sur son lit et retira la revue de sous le sommier puis se mit à en parcourir frénétiquement les pages. Il trouva enfin la photo qu’il lui fallait, la plus représentative selon lui. Il étala la revue sur le lit, devant lui. Il prit la fiole de dans la poche de sa veste. Puis il se prépara mentalement, priant pour que sa tentative réussisse.

Il voulut déboucher le flacon, mais celui-ci opposa une résistance inattendue. Billy avait beau s’échiner des deux mains sur ce maudit bouchon : rien n’y faisait ! Le bouchon de métal blanc qui fermait la bouteille y semblait bel et bien soudée !

Il était fou de rage et son visage avait viré au rubicond. Il ne pouvait échouer si prêt du but ! Pas après toutes les épreuves qu’il lui avait fallu surmonter ! Il prit le flacon à deux mains et mit le bouchon entre ses dents, tout en tournant la bouteille. Mais le bouchon semblait toujours collé au flacon. Il mordit avec rage le bouchon et donna une violente rotation des deux mains. D’un seul coup, le bouchon s’arracha du goulot et par inadvertance, Billy avala une grande goulée de la potion !

Il sentit un goût acide lui brûler la gorge et la langue. Il tenta d’en recracher le plus possible mais la brûlure s’intensifia l’obligeant à porter ses mains à sa bouche. Il cria, mais seul un râle étouffé sortit d’entre ses doigts. Il était sûr maintenant qu’il venait d’avaler un horrible acide, car il se sentait fondre. Il se rappela avec dégoût le jour où, lors d’un cours de biologie, le professeur avait plongé un bout de viande dans un bac d’acide pour n’en ressortit qu’un lambeau de chair fumante ! Il voulait appeler de l’aide mais il ne pouvait plus parler ! Il tenta de se lever du lit, mais il ne pouvait plus bouger ! Il tomba en avant la tête la première.

Il tomba et se mit à tournoyer comme une feuille. Il tombait comme dans un puit dont il ne voyait pas le fond. Il tenta de se débattre, d’agripper quelque chose pour freiner sa chute mais ses mains ne rencontrèrent que le vide ...

Il finit par entre apercevoir une lumière qui fonçait vers lui. Il la voyait se rapprocher toujours plus, grandir toujours plus et elle finit par le happer comme la bouche d’un monstre géant !

Billy avait mit les mains devant ses yeux. La peur l’empêchait de penser. Il priait pour que tout cela s’arrête.

Son voeu fut immédiatement exaucé ! Son corps s’affala sur un sol meuble. Le choc lui remit les idées en place. Au moins n’était-il pas mort. Ou tout du moins, il se sentait toujours en vie. Sa gorge continuait de le piquer mais sans plus. Il attendit quelques secondes avant d’ouvrir les yeux. Lorsqu’il le fit, il vit une lumière aveuglante qui filtrait entre ses doigts. Il enleva doucement les mains de sur son visage, donnant le temps à ses yeux de s’habituer à la vive lumière.

Il réalisa alors où il se trouvait :

Il était sur l’île déserte de la photo !

Sous lui, le sable blanc crissait alors qu’il tentait de se relever. Au-dessus de lui, un palmier lui faisait de l’ombre et au loin, devant lui, la mer bleu turquoise traçait la ligne de l’horizon. Et, là-bas, sur le sable chaud se tenait la fille de ses rêves !

Il avait réussi ! Malgré tout, il avait réussi à la rejoindre ! Qu’importe que se soit lui qui est fait le voyage et non pas elle ! Il ne tenait pas spécialement au monde dont il venait ...

Il se leva d’un bond et se mit à courir en sa direction, mais il glissa et s’affala de tout son long. Il remarqua alors que le sable n’en était pas ! Cela ressemblait à du sable, cela crissait comme du sable, mais c’était lisse ! Le sol était lisse et lorsqu’il y passa la main, il n’y sentait aucune aspérité. Il se releva et repartit vers la fille mais sans courir cette fois, de peur de re glisser.

Il arriva à sa hauteur. Billy sentait son coeur battre contre sa poitrine. Elle lui souriait !

Elle n’était pas bien grande mais elle était d’une beauté parfaite. Sa peau de bronze luisait sous le soleil tropical. Sa nudité totale n’était nullement choquante. Il détailla ses seins, petits rond et fermes puis il descendit sur son pubis, petite touffe de poils entre ses jambes délicates, qui promettait tous les plaisirs.

Mais elle ne bougeait pas et continuait de le regarder avec son sourire figé. Billy fut soudain pris d’un horrible doute. Il posa la main sur l’épaule de la fille. Et celle-ci s’écrasa dans ses doigts comme une feuille de papier ! Il tourna autour d’elle. Elle n’avait pas d’épaisseur ! Son arrière était uniformément noir. Il était bien entré dans la revue se dit-il, mais la revue est restée ce qu’elle était : une revue de papier ! Il avait été trompé par cette maudite sorcière !

Il revint devant la fille et constata que le sourire figé qu’elle arborait jusque-là avait fait place à un rictus de douleur. Billy était ahuri de constater qu’elle semblait ressentir la froissure de son épaule. Il tenta de redresser celle-ci. Le contact froid du papier glacé qui crissait sous ses doigts lui faisait horreur. Mais il sentit alors que le papier vibrait sous la pression comme pour lui échapper. Il eut un mouvement de recule. Le rictus s’était transformé en une bouche grande ouverte poussant un cri inaudible ! Billy ne savait plus quoi faire. Il se sentait responsable de la souffrance de cette fille même s’il ne l’avait pas voulue et s’il ne savait quoi faire pour réparer sa faute ! Il s’approcha d’elle doucement tout en lui disant qu’il était désolé et qu’il ne lui voulait aucun mal. Mais il doutait qu’elle puisse le comprendre, Billy était désemparé devant la souffrance de cette fille dont il ne voulait que le bien. Tout à sa compassion, il avais oublié de faire attention au sol glissant sur lequel il se trouvait et trébucha. Il tenta de se redresser mais rien n’y fit et il tomba de tout son poids sur sa beauté en papier glacé. Il se releva aussi vite que le lui permettait un sol glissant comme de la glace. Mais il ne restait plus sous lui qu’un amas de papier froissé, parcourut de quelques spasmes qui bientôt disparurent ...

Billy avait la nausée. Il ne voulait plus qu’une chose : fuir ce monde où visiblement, il n’avait pas sa place !

Mais le monde où il avait sa place n’était plus là !

Quand il regardait à l’opposé de l’océan, vers l’endroit où il était tombé, il ne distinguait rien qu’un grand vide noir comme le dos de la fille qui gisait maintenant à ses pieds. Il scruta l’horizon autour de lui. Il fallait bien qu’il y ait une issue quelque part ! Il commença à paniquer et à courir comme un dératé vers le fond noir. Il espérait bien que ce fond cachait la sortie d’une manière ou d’une autre. Il glissa, tomba, mais cela ne fit que décupler sa panique et il se précipita droit devant lui pour finir par se cogner la figure contre le fond noir qui se révéla de la même texture que le sol : lisse, froid et légèrement élastique. Il se retourna et couru vers l’océan.

Il passa les restes de la fille ainsi que les palmiers sans épaisseur. Il désirait tomber dans l’eau bleue pour enfin ressentir un contact normal mais là encore il ne fit que se cogner contre un fond lisse et glacé, sur lequel était comme peint 1’océan et le ciel. Il tenta de gratter cette surface sans résultat. Il tapa dessus de toutes ses forces mais en vain. Ses points ne faisaient que rebondir sur cette étrange texture. Il laissa sa main suivre cette surface comme il marchait le long d’elle. Il fit ainsi rapidement le tour de cet univers en miniature pour revenir au fond noir. Au-dessus de lui le ciel d’azur et le soleil resplendissant ne pouvait pas être d’une autre nature. Il était prisonnier d’une boîte en papier glacé de quelques dizaines de mètres de diamètre en tout. C’était à devenir fou !

Désespéré, il trouva rien de mieux à faire que de pleurer et d’appeler sa mère ... 

*****

 Sa mère qui était au rez de chaussé, en train de hurler :

"Billy ! Billy ! Descend faire tes devoirs ! Et plus vite que ça !"

Comme Billy ne répondait pas, elle se décida à aller le chercher dans la chambre et entama la montée de l’escalier d’un pas pesant tout en maugréant après son fils.

Elle ouvrit la porte d’une main qu’elle voulait énergique et s’apprêtait à crier lorsqu’elle s’aperçue qu’il n’y avait personne dans la chambre !

Passé un instant de surprise, elle se mit à pester :

"Ce sale môme ! Il a dût profiter que j’étais dans la cuisine pour s’éclipser et aller rejoindre les petits vauriens de son espèce !"

Elle fit un rapide tour d’horizon de la petite chambre qu’elle jugeait toujours aussi sale et mal rangée malgré ses ordres réitérés et son regard finit par s’arrêter sur le magazine ouvert, posé sur le lit. Elle s’en saisit et le retourna pour voir la couverture. Elle réalisa alors avec dégoût qu’il s’agissait d’une revue érotique. Elle se mit à maudire son fils :

"Un bon à rien ! Et en plus, obsédé comme son père !"

Elle roula la revue avec rage et redescendit l’escalier tout en pestant contre les hommes. Elle se dirigea vers la cuisine et jeta la revue dans le vide-ordures puis elle pressa sur le bouton rouge et écouta avec un certain délice le bruit sourd du broyeur, qui, dans leur cave, déchiquetait la revue en lambeaux...

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