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Méliès : le père des effets spéciaux au cinéma

Par : Lionel Allorge

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Affiches pour le théatre Robert Houdin

Dès l’invention du cinéma par les frères Auguste et Louis Lumière à Lyon en 1895, quelques inventeurs de génie vont comprendre l’intérêt de ce nouveau média et des trucages qu’il permet d’effectuer. L’un des plus inventifs fut Georges Méliès. Né en 1861, fils d’une riche famille de fabriquant de chaussures, il refusa de participer à l’activité familiale et découvrit la prestidigitation lors d’un séjour à Londres. Il fut aussi dessinateur politique pour un journal : La Griffe.

En 1895, il était à l’époque le directeur du théâtre Robert Houdin depuis 1888 où l’on présentait des spectacles de magie. Il avait pu racheter ce théâtre fondé par le célèbre magicien, grâce à de l’argent distribué par son père à ses fils. Et il connaissait le père des deux inventeurs du cinéma : Antoine Lumière. Méliès assista donc à la première projection publique et payante (1 franc français de l’époque soit 1 centime de franc !) du cinématographe le 28 décembre 1895 à Paris. Mais malgré cela, les frères Lumières refuseront de lui vendre leur invention. A lui et à quiconque, pendant des années, préférant la gérer eux-mêmes.

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Une affiche présentant les deux frères Lumière.

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Premier film réalisé : La sortie des usines Lumière.

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La première affiche de cinéma présentant le film l’Arroseur arrosé

En effet, Méliès est immédiatement convaincu de l’intérêt de cette nouvelle forme de spectacle. Au contraire, Antoine Lumière, en refusant de lui vendre son appareil, lui avait dit la phrase devenue célèbre : "Non, cette invention n’est pas a vendre et d’ailleurs, mon cher ami, vous pouvez m’en remercier car pour vous elle serait la ruine.

Elle peut être exploitée quelque temps comme une curiosité scientifique, mais en dehors de cela, elle n’a aucun avenir commercial.". Difficile de se tromper plus que cela sur l’avenir du cinéma ! Et, en effet, les frères Lumières exploiteront leur invention pour réaliser des reportages et des documentaires mais ne comprendront jamais son potentiel créatif. Mais, par contre, Antoine Lumière avais vu juste au sujet de Méliès qui finira ruiné.

C’est donc en Angleterre que Méliès ira acheter l’appareil de Robert W. Paul, l’animatographe, un projecteur. Il fera fabriquer à Paris une caméra appelée Kinetograph. Il commence alors à tourner de petits films qui sont projetés dans son théâtre. Méliès débute son activité cinématographique en mars-avril 1896. En 1897, il fabrique dans sa propriété de Montreuil un studio vitré pour pouvoir filmer des créations de plus en plus sophistiquées et de plus en plus longue. Les premiers films font 3 minutes, puis 6 et plus, jusqu’a 16 mn, ce qui est long pour l’époque. Les acteurs professionnels du théatre de l’époque refusent de jouer dans des spectacles "qui ne sont pas digne d’eux" !

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Méliès jeune

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Le studio de Montreuil

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Dessin de Méliès présentant le décor de 20 000 lieues sous les mers (1907)
d’après Jules Verne

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Méliès dans le rôle du professeur Mabouloff (Voyage à travers l’impossible).
Il jouait souvent dans ses propres films.

Méliès, inspiré par les spectacles de magie dont ces films ne sont, au début, que le prolongement, mettra souvent en scène des récits de fantastique, de merveilleux ou de science-fiction. L’imagination la poésie et le non-réalisme seront ses marques de fabrique.

Sa maison de production : la STAR-FILM, diffuse ses films en France ainsi qu’aux USA, sous la direction de son frère Gaston.

Il fonde, en 1900, la première "Chambre syndicale des éditeurs cinématographiques" dont le siège est à son théâtre.

Mais la concurrence des grandes firmes françaises (Pathé et Gaumont) et américaines ont raison de ses productions. Il ferme la branche américaine et s’associe avec Charles Pathé. Mais il ne contrôle plus ses créations. Il cesse ces activités de réalisateur en 1913 mais continu de travailler dans le théatre avec sa famille jusqu’en 1923 où ils doivent quitter Montreuil, criblés de dettes.

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Méliès après avoir déposé le bilan, tint pendant des années une boutique de jouets
dans la gare Montparnasse à Paris.

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Méliès vers la fin de sa vie

En 1928, Léon Druhot découvre que le cinéaste est toujours vivant et travaille avec sa seconde femme Jehanne d’Alcy dans une boutique de jouets et bonbons gare Montparnasse à Paris.

Un gala Méliès est alors organisé par Paul Gilson et Jean-Pierre Mauclaire à la salle Pleyel. La soirée permet de redécouvrir l’oeuvre de Méliès et il reçoit les félicitations d’Abel Gance (grand cinéaste de l’époque). Un an après c’est un autre cinéaste renommé, René Clair, qui organise une soirée en hommage à Méliès.

Méliès reçoit la Légion d’honneur et s’installe en maison de retraite à Orly où il reçu la visite de nombreux cinéastes et passionnés du 7ème Art.

Il meurt le 21 janvier 1938 d’un cancer. Jehanne d’Alcy s’éteint en 1956 à l’age de 91 ans.

En 16 ans d’activité dans le cinéma, Méliès aura réalisé plus de 500 courts métrages (de 1 à 40 minutes).

Aujourd’hui une école d’effets spéciaux est installée dans son ancienne demeure : l’Ecole Europenne Superieur en Animation (EESA) (Voir notre page Les écoles de cinéma et d’effets spéciaux)

Quelques liens :

-  Filmographie sur IMDB

-  Les amis de Georges Méliès

-  Filmographie sur SF Story

-  Georges Méliès, le père des trucages cinématographiques


Les Trucages expliqués (Cartes postales Liebig datant de 1905) :

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La sirène : L’actrice fait semblant de nager alors qu’elle est couchée sur un décors peint. Cette image est superposée avec des vraies images de poissons pour renforcer l’illusion.
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La fuite des potirons : Les potirons sautent de la charette et roulent jusqu’à la fenêtre par laquelles ils passent pendant que le marchand essaye de les rattraper ! La scène est en fait tournée à l’envers : Les potirons sont jetés par la fenètre dans le rue en pente. L’acteur cours à reculons.
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L’accident d’automobile : Un homme ayant perdu ses jambes est utilisé pour jouer l’accidenté. On lui place des fausses jambes sur lequelles la voiture va pouvoir rouler.
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Rêve de Trottin : Cette jeune fille voit dans le couvercle de son panier un groupe de danseuses. En fait, tout le décors est peint sur une toile avec un trou à la place du couvercle du panier. Par celui-ci, on voit le groupe qui se trouve derrière, devant un fond noir.
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Catastrophe de chemin de fer : Un décor et un train miniature sont utilisés pour simuler un accident de train.
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La dextérité d’un monte en l’air : Sur un principe proche de truc de la sirène, le cambrioleur grimpe en fait à plat sur un décor en relief. La caméra étant penchée de manière à simuler un plan vertical.

On constatera que la plupart des effets spéciaux utilisé au cinéma avant l’arrivée de l’informatique avaient déjà été inventé dès le début du siècle...


Images : Les images qui illustrent cet article sont la propriété de leur auteurs respectifs. Ils sont tirés des ouvrages cités ci-dessous (Voir la bibliographie ci-dessous).

Bibliographie :

-  « Le cinéma, grande histoire illustrée du 7e art », Éditions Atlas, 1984.

-  « Méliès l’enchanteur » par Madeleine Malthête-Méliès, Éditions Ramsay, 1995.

-  « Meurtre au cinéma forain » de Renée Bonneau, Éditions Nouveau monde, 2011, est un roman inspiré par l’univers de Méliès.

Vidéos :

-  Les principaux films de Mélies sont disponibles dans un coffret DVD : "Méliès le cinémagicien" aux Editions ARTE Video.


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