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Les poches gonflables ou bladders

Par : Lionel Allorge

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smiley ATTENTION : technique dangereuse !

Les "bladders" (vessies en anglais) sont de petites poches de plastique que l’on peut gonfler par un tuyau et qui, placé sous un maquillage, permettent de créer des déformations spectaculaires ! Exemple : les transformations en loup-garou du film " Hurlements" sont basées sur ce procédé (qui a été mis au point par Dick Smith pour le film " l’Exorciste").

Le but de cet article est de vous permettre d’utiliser le procédé des bladders pour vos films et, à moindre frais, d’obtenir des résultats de pro !

Ce sont ceux qui viennent de l’utilisation du latex. Voir la page sur le latex

I) Matériel de base

-  1) Du latex : c’est la base de tous. C’est avec du latex que nous allons réaliser nos poches gonflables.

-  2) Des durites : comme celles utilisées en modélisme. Elles sont très souples et très fines (donc facilement camouflables) mais assez chères, on peut les remplacer par des tuyaux pour aquarium.

-  3) Des produits d’usage courant.

II) Principe

Sur une plaque de verre ou de plastique (pour éviter que le latex y adhère) on coule 2 fines couches identiques de latex, par exemple en rond, qu’on laisse sécher. Sur une des couches, on pose, avec la pointe d’un couteau, un filet de latex sur tout le bord. On pose alors le bout de la durite en travers du filet de latex puis on prend un peu de coton que ou l’on imbibe de latex. Et que l’on pose sur la durite. En effet, le latex étant très liquide, il ne peut tenir de lui-même sur des surfaces verticales ou rondes comme la durite. On le mélange donc avec du coton pour pouvoir lui donner la forme voulue.
Après cela, vous décollerez la seconde couche de latex que vous poserez sur la première et sur la durite. Appuyez sur les bords pour que le latex encore liquide s’aplatisse et forme un joint continu entre les 2 couches. Veillez notamment à faire un joint continu autour de la durite : c’est souvent le point faible du bladder. Si besoin est, rajoutez du coton plus latex.
Après séchage, notre poche est prête : soufflez dans l’autre bout de la durite, la poche doit se gonfler comme un ballon !
Si votre poche se dégonfle, c’est que le joint est mal fait, il faut colmater le trou par du coton plus latex. Si vous avez du mal à la gonfler, c’est que vous n’avez pas assez de souffle ou que les couches de latex ne sont pas assez fines, il faut alors en refaire d’autres, en mettant moins de latex pour la même surface. Pour vous aider à la gonfler, utiliser de grosses seringues en plastique (en vente dans les pharmacies).
Il arrive que les 2 couches adhèrent fortement l’une sur l’autre ce qui empêche la poche de se gonfler. Il faut alors, avant de les coller l’une sur l’autre, les tremper dans de l’acétone qui leur fera perdre leur adhérence.
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III) Premier exemple Légende des dessins :
1) Moule en plâtre
2) Couche de latex
3) Durite
4) 1ère couche du bladder
5) 2ème couche du bladder
6) Ballon
Un de vos personnages est mordu par un serpent géant (ou par E.T. !) son bras se met alors à enfler à vue d’oeil !
Ce trucage est une application directe du chapitre précédent : il vous suffit, sur une plaque de plastique, de tracer le contour de la main de l’acteur, puis de couler une couche de latex à l’intérieur du contour (il vaut mieux laisser une marge d’un bon centimètre). Lorsque la première couche est sèche, placer au-dessus une plaque de verre, couler dessus la seconde couche de latex. Il faut que cette dernière ait la même forme que celle du dessous mais avec des bords légèrement plus larges, ceci pour que le raccord avec la peau soit le plus fin possible et donc le moins visible possible.
Vous refermer alors votre poche comme vu plus haut, puis vous collez le tout sur la main de l’acteur avec un peu de latex et vous camouflez les bords avec de fines couches de latex étalées sur la peau et sur la poche. Lorsque tout est sec, votre acteur enfile une chemise dont la manche va cacher la durite qui resort dans le dos de l’acteur.
Il ne reste plus qu’à filmer l’effet : au moment opportun, un assistant soufflera dans la durite (hors champ, de préférence !), et le bras de se déformer devant vos yeux.
Pour encore plus d’effet, on peut rajouter une autre poche sur la paume de la main. Attention à ne par trop souffler quand même car les bords de la poche risquent de se décoller...
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IV) 2ème exemple

Votre acteur, après un repas dans un fast-food, est pris d’un violent mal au ventre, il ouvre sa chemise et découvre, avec horreur, de grosses cloques qui gonflent et palpitent sur son beau torse musclé ! Déjà plus dur ! bladder2p.jpg
Il faut refaire en latex le dessus du corps de votre acteur, pour cela deux solutions : mouler le torse de votre acteur avec des bandes plâtrées ou refaire le torse en terre glaise dont on prend un moulage en plâtre à modeler.

La seconde solution à l’avantage que la glaise peut rester plusieurs jours sous le plâtre, permettant un meilleur séchage, mais pas l’acteur (en général !). On obtient alors un moule négatif en plâtre.

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Puis, dans le moule en plâtre, on coule une fine couche de latex. Il faut veiller, en remuant votre moule, à ce que le latex ne se dépose pas dans le fond du moule mais sèche uniformément (utiliser un séchoir). torse2.jpg
Puis trois méthodes au choix :
1) vous utiliser une poche faite comme plus haut, que vous collez directement sur la couche de latex du moule. Pour coller, utiliser soit une colle plastique forte, soit, plus simple, une fine couche de latex.
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2) vous n’utilisez plus qu’une plaque de latex, la seconde épaisseur vous est fournie par la couche de latex coulée dans le moule. Avantage : vous éliminez une épaisseur, donc votre poche se gonfle mieux et plus, mais vous ne pouvez pas tester votre poche avant que tout ne soit collé. blades3.jpg
3) vous utiliser comme bladder un simple ballon de baudruche que vous collez bien à plat sur le latex dans le moule. Avantage : pas de poche à construire, mais le raccord entre la durite et le ballon risque de fuir (vous pouvez le ligaturer avec un élastique). blades4.jpg
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Puis, dans les trois cas, on couvre le tout d’une bonne épaisseur de coton + latex.
Une fois le tout sec, on le décolle délicatement du plâtre.

Il ne reste plus qu’à poser et coller le tout sur le corps de l’acteur, les bords étant cachés par les pans de la chemise et le bas glissé dans le pantalon, seul le haut doit être collé sur le cou de l’acteur par de fines couches de latex. On fait alors passer les durites dans son dos et on les relie par des seringues. Enfin on maquille le tout avec du fond de teint pour donner au latex la même couleur que la peau de l’acteur (à moins que l’on ait coloré son latex à l’avance mais il est très dur d’obtenir la bonne couleur).
Il ne reste plus qu’à filmer la scène, des assistants pourront, grâce aux seringues, gonfler et dégonfler les poches, donnant l’impression de palpitations.
Au lieu d’un torse, vous pouvez utiliser, par exemple, un masque en latex à l’intérieur duquel vous placerez vos poches.

V) 3ème exemple

Votre acteur se bat contre un télépathe : soudain une veine sur son front se met à gonfler, gonfler et se perce : le sang jaillit ! Encore plus dur ! Car il faut réaliser un bladder très long et très fin (n’hésitez pas à faire plusieurs essais).
De plus, il ne faut pas coller les deux extrémités de la poche : en effet, cette fois, au lieu de l’air, vous injecterez du faux sang qui gonflera la poche et, en arrivant à l’extrémité, réouvrira le bout non collé de la poche et jaillira hors de la fausse veine. Il suffit alors de coller cette poche sur le front de l’acteur, avec du latex, de cacher la durite dans ses cheveux et de maquiller le tout avec du fond de teint. Pour le tournage, un assistant injectant le faux sang, par une seringue, dans la durite. Là aussi, plusieurs essais seront sûrement nécessaires ainsi que de bons éclairages pour mettre en valeur la veine et amplifier sa déformation.
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Il ne vous reste plus qu’à développer d’autres applications de ce procédé, selon vos propres besoins.

Merci à Greg Madison pour ses dessins.

Textes et photos : © Lionel Allorge
Dessins : © Greg Madison

La première version de cet article est parue dans le magazine Mad Movies No 35.

A vous de jouer !

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