Lune Rouge

Entretien avec Jean Michel Cornu

Par : Lionel Allorge

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Jean Michel Cornu est le président de la télévision de proximité associative Vidéon.

Lionel Allorge : Peut-tu te présenter ?

Jean Michel Cornu : Je suis le président de l’association Videon qui fait de la télévision de proximité. A titre professionnel, je suis consultant sur les nouvelles technologies de l’information et directeur scientifique de la fondation Internet nouvelle génération ce qui veut dire que je m’intéresse beaucoup aux nouveaux usages de l’Internet.

L.A. : Qu’est-ce que Vidéon ?

J.M.C. : Vidéon est une association qui fait de la vidéo avec deux grands domaines d’activité : la production de contenus et notamment des émissions régulières jusqu’a ce que l’on va appeler des télévisions de proximité avec les habitants de la ville d’Evry. La seconde partie est un centre de ressources pour aider toutes les télévisions de proximité qui existent en France (il y en a à peu près 80) dont nous même.

L.A. : Qu’est que c’est qu’une télévision de proximité ?

J.M.C. : En deux mots c’est une télévision faite par les habitants eux-mêmes. Une définition plus officielle, donnée par la première université européenne des télévisions de proximité européenne : c’est une télévision qui permet aux gens de s’approprier une partie de l’animation locale, pour développer du lien social.

L’objectif n’est pas forcement de diffuser beaucoup, comme une chaîne commerciale, on ne produit pas beaucoup non plus mais on cherche à créer du lien social. Cela ressemble à l’impliocation des habitants dans un son et lumière : tout le monde travaille ensemble parfois pendant plusieurs mois et le résultat est présenté à la fin au public . La diffusion peut être de 1 heure par mois, 1 heure tous les 3 mois, voir tous les 6 mois pour certaines télévisions. Par exemple, Mozaik TV, que nous réalisons sur Evry, diffuse une heure 2 fois par an.

L.A. : Quels sont les moyens de diffusion pour une télévision de proximité ?

J.M.C. : Il y a 4 diffusions classiques : la diffusion hertzienne comme pour la télévision classique. Actuellement, il y a des autorisations temporaires données par l’ART. Deuxièmement, la diffusion via la future télévision numérique terrestre, qui devrait remplacer nos 6 chaînes par 33 chaînes, pourra accueillir plus facilement de nouvelles chaînes dont des télévisions de proximité. Il y a 3 canaux réservés pour les chaînes locales et régionales. Cela comprend des télévisions professionnelles locales, liées par exemple à la Presse Quotidienne Régionale, certaines télévisions locales existantes comme Télessonne au niveau départemental, et puis pourquoi pas des télévisions faites par les habitants eux-mêmes. Même s’ils ne vont pas remplir à eux seuls un canal coimplet de télévision 24h/24, Ils peuvent très bien le partager avec d’autres. Troisième solution : Le câble. Si la ville est câblée, c’est une façon assez simple de diffuser une chaîne de plus, même de temps en temps. On peut diffuser par exemple sur le canal mosaïque, le canal où l’on voit toutes les chaînes en même temps. Si une fois par mois on le décroche pour présenter des émissions régulières, c’est peut être plus simple que de bloquer un canal pour cela.

Et puis on peut imaginer la télévision par satellite, il y a eu des expériences comme cela bien que la télévision de proximité par satellite cela puisse sembler un peu étonnant.

Ce sont les 4 façons conventionnelles au sens où elles sont reconnues par le CNC comme une façon de faire de la télévision et donc la possibilité d’obtenir des financements pour les productions qui y sont diffusées. Mais notre façon un petit peu particulière de faire de la télévision nous permet 4 autres façons de faire les choses de manière plus originale. Une télévision de proximité, ce n’est pas une télévision qui diffuse le plus largement possible avec le plus d’argent possible. Elle permet au contraire que les gens se rencontrent alors qu’ils le font de moins en moins aujourd’hui du fait des lieux de rencontre qui n’existent plus : la veillée, la fête du village. On peut les recréer, de façon étonnante, avec le média qui isole le plus les gens.

La première façon est de diffuser sur une antenne collective, dans un immeuble. On se branche dessus et on rajoute une septième chaîne aux 6 chaînes actuelles. Une des premières télés de ce type à été le fait d’un gars qui a piraté son antenne collective. Il invitait sa voisine du dessus à faire des recettes de cuisine, son voisin du dessous à expliquer comment on débouche les toilettes et le gros intérêt, c’est que des gens qui ne s’étaient jamais parlé dans l’ascenseur, ont commencé à se parler.

On donne également des cassettes à des gens qui s’engagent à la montrer à 10 de leurs voisins. Cela peut être des associations ou des particuliers. Quant on fait cela tous les trois ou six mois, ce n’est pas un problème de faire 100 ou 200 cassettes en espérant qu’elles circuleront le plus possible.

Une troisième façon un peu amusante, c’est la diffusion publique. On parle de télé-brouette ! On arrive avec une télé, un magnétoscope sur la place de village ou un lieu public comme un bar. Les gens sortent de chez eux pour venir regarder la télévision ensemble et discutent ensemble.

La huitième possibilité, c’est Internet. On pourrait se dire que pas grand monde va regarder sur Internet, mais c’est de moins en moins vrai. Aujourd’hui, si on regarde Mozaic TV, la télévision d’Evry, on a jusqu’à cinq cents personnes qui regardent l’émission sur Internet. Donc ce n’est pas négligeable.

Il existe une neuvième façon, cachée derrière tout cela, c’est de tout mélanger puisque la meilleure façon de diffuser pour un public très ciblé, c’est d’essayer d’avoir le maximum de moyens possibles pour que le maximum de gens puissent en profiter.

L.A. : Peut-tu nous parler de la banque de programmes de Vidéon ?

J.M.C. : Nous avons monté un centre de ressources pour aider à ce que des télévisions de proximité émergent et se développent. La première télévision à laquelle on pensait, c’était la nôtre, mais en aidant les autres, on s’est aidé nous-même. La réflexion que nous avons menée, c’est de constater que le service juridique d’une télévision de proximité est à peu près nul. Rien à voir avec les chaînes nationales. Donc comment faire pour échanger des films ou des émissions ? On ne peut pas se les vendre car nous n’avons pas de réalité économique forte entre associations. Il est difficile de remplir les papiers d’autorisations de diffusion...

On s’est demandé si on ne pouvait pas prendre une autre logique, celle des logiciels libres, où l’on donne à priori aux autres l’autorisation d’utilisation. Donc, je fais un film, je donne à tout le monde l’autorisation d’utiliser, de regarder ce film. La seule chose qui est interdite, c’est de se l’approprier, par exemple en retirant mon nom du générique pour y mettre le sien. Cela permet des échanges entre télévisions. On a monté une banque de programmes basée là-dessus avec 4 choses : un moteur de recherche pour trouver un programme, la licence qui permet son utilisation, le film visualisable directement dans une qualité "Internet" pour permettre aux gens de vérifier si le film les intéresse ou pas. Et une version téléchargeable de bonne qualité pour la rediffusion. Bien sûr l’Internet à haut débit type ADSL est recommandé.

Evidement, les films échangés ne sont pas la remise des prix au conservatoire du coin mais des sujets qui font écho aux nôtres. On peut ainsi diffuser un sujet local sur le marché puis ensuite passer un reportage équivalent venu du pays basque par exemple et cela peut alimenter un débat sur le plateau. Le but n’est pas de remplir une grille avec les programmes des autres mais d’enrichir notre réflexion en l’ouvrant sur le reste du monde.

L.A. : Qui participe à Vidéon, des professionnels, des amateurs ?

J.M.C. : J’ai envie de dire tout le monde. Lorsque nous faisons des plateaux multi-caméras pour faire une émission de télé, participent des gens qui n’y connaissent rien et qui vont faire le café, des gens qui viennent pour se former et apprendre petit à petit. Des professionnels nous rejoignent de temps en temps parce qu’ils trouvent cela amusant de faire une émission sans les contraintes d’argent. Par comparaison, une heure d’émission en télévision classique professionnelle, c’est 150 000 Euros alors qu’a Vidéon, c’est le prix des sandwichs ! Et avec cela on essaye de passer un bon moment. Donc on se retrouve avec des participants les plus variés du plus débutant au plus professionnel, du plus jeune au plus agé et avec des origines sociales les plus diverses.

L.A. : Merci et bonne continuation.


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